Démocratisation ou mercantilisation de la politique

, par Emir Sader

Le néolibéralisme se propose de transformer tout ce qui existe en marchandise. Que tout ait un prix, que tout puisse être acheté et vendu. Cette prolifération du règne de l’argent a atteint de plein fouet la politique. Et le financement privé des campagnes politiques est la grande porte d’entrée qui permet au pouvoir de l’argent de dominer la politique.

Source : Blog do Emir Sader – 4 février 2012

Traduction : Roger Guilloux pour Autres Brésils

Des données précises montrent comment les campagnes politiques disposant des financements les plus élevés ont le plus de chances d’élire les députés et les sénateurs. Et que le Congrès est plein de groupes de pression de type corporatiste – tels que les ruralistas [1], les propriétaires d’écoles privées, de médias ou d’assurances santé privées et beaucoup d’autres encore – qui représentent des intérêts minoritaires et qui se font élire grâce aux campagnes électorales disposant de grandes ressources financières.

Le pouvoir exécutif représente le vote de la majorité de la société. Le Congrès devrait représenter sa diversité, aussi bien la majorité que la minorité et que les différents secteurs de la société. Il suffit de voir la taille du groupe ruralista qui ne représente qu’une infime minorité de la population des campagnes, les grands propriétaires terriens, et le comparer à celui des travailleurs ruraux – trois élus pour représenter la grande majorité de la population rurale – pour se faire une idée de l’incidence de la distorsion des moyens financiers sur la représentation parlementaire. Le Congrès en arrive ainsi à ne représenter que la minorité qui dispose de moyens financiers pour élire ses représentants, il n’est pas représentatif de la réalité effective de la société. On se retrouve ainsi dans une situation où les élus décident au nom de la société alors qu’ils sont si peu représentatifs de celle-ci.

C’est pour cela qu’ils défendent, bec et ongles, le financement privé des campagnes politiques lequel représente la traduction au niveau de la représentation politique de ceux qui ont le plus d’argent et non pas la volonté politique souveraine de l’ensemble de la société. Le PMDB [2] en est arrivé à dire qu’il ne serait pas contre le financement public pour les postes les plus importants mais ne veut rien lâcher en ce qui concerne les élections parlementaires d’où il retire sa force de marchandage.

Le prétexte avancé est celui du droit de chacun à apporter son soutien financier à qui il veut. Mais c’est le droit de celui qui a de l’argent – le droit des banques, des grandes entreprises nationales et internationales, des médias traditionnels – et non de l’écrasante majorité de la population, qui se trouve ainsi exclue.

Le financement public des campagnes électorales est une revendication démocratique, une condition pour qu’il existe un Congrès représentatif de la société brésilienne, de la volonté populaire. Lutter pour ce financement public, c’est lutter pour que pour que nous ayons une vie permettant d’arriver à une société véritablement démocratique au Brésil


Notes du traducteur :

[1] A la fin de l’année 2011, le Brésil comptait 29 partis reconnus par le Tribunal Electoral. Il n’existe pas, à ce jour, de parti ruralista mais un groupe de pression parlementaire - l’un des mieux articulés – , la bancada ruralista qui peut compter sur l’appui de 120 à 150 élus des partis de droite au Congrès.

[2] PMDB. Parti politique « centriste » ayant le plus grand nombre de représentants au Congrès, ce qui lui permet de faire partie des gouvernements de droite (Fernando Henrique Cardoso) et de gauche (Lula et Dilma Rousseff)


Annonces

Suivez Autres Brésils

Newsletter

Inscrivez vous
Entrez votre adresse mail pour vous abonner à notre lettre d’infos.

Vous-pouvez vous désinscrire à tout moment en modifiant vos paramètres sur votre compte et à travers le lien de désinscription.

La dernière newsletter :

>>> Esclavage et Quilombos au Brésil : une histoire toujours d’actualité Rencontre autour de la sortie du livre « Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil ».

Réseaux sociaux

Flux RSS

Abonnez-vous au flux RSS