Championne du travail esclave, une famille perd ses terres au Pará (3)

 | Par Leonardo Sakamoto

Ceci ouvre un important précédent, non seulement pour le combat contre l’esclavage et contre la surexploitation du travail, mais également pour rendre réelle la fonction sociale de la propriété au Brésil, ainsi que la réforme agraire elle-même. D’après M. Carlos Henrique Kaipper, consultant juridique auprès du Ministère du Développement Agraire, pour la première fois de l’Histoire a été invoqué, à des fins d’expropriation, le non respect des fonctions sociales environnementales et sociales travaillistes de la propriété rurale.

L’article 186 de la Constitution brésilienne affirme en effet que la fonction sociale de la propriété est respectée lorsque la propriété rurale répond, simultanément, aux exigences suivantes :

I) exploitation rationnelle et adéquate ;

II) utilisation adéquate des ressources naturelles disponibles et préservation de l’environnement ;

III) respect des dispositions qui régulent les relations du travail ;

IV) exploitation qui favorise le bien être des propriétaires comme celui des travailleurs.

Jusqu’à présent, la justification de l’expropriation était celle de la productivité (exigence I). Dans le cas de Cabaceiras, il a été constaté que, à maintes reprises, les propriétaires ne préservaient pas l’environnement (exigence II) et utilisaient le travail esclave (exigences III e IV).

Avec la publication du décret de déclaration d’intérêt social de la propriété Cabaceiras, le Pouvoir Exécutif Fédéral inaugure un instrument qui - en même temps - promeut la Réforme Agraire, agit préventivement pour la préservation de l’environnement, et régule les relations de travail dans les champs, de manière à réellement appliquer les normes constitutionnelles relatives à la réforme agraire et, en particulier, le fondement - lui aussi constitutionnel - de la dignité de la personne humaine”, explique M. Kaipper.

Le 26 mars 2004, cela faisait cinq ans que les familles du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre avaient occupé une partie de la propriété Cabaceiras et menaient une bataille auprès du propriétaire et du gouvernement pour son expropriation. D’après Maître Valdimar Lopes Barros, qui, jusqu’en février 2004, était l’avocat du Mouvement dans la région, les travailleurs produisaient déjà depuis des années dans les terres occupées, avec des cultures de riz, haricots rouges et maïs. Le Mouvement revendique également d’autres propriétés des Mutran dans la région pour la réforme agraire.

M. Evandro Mutran, responsable de l’entreprise qui possède les terres, a affirmé qu’il fera appel contre le décret d’expropriation de la propriété. Mais ce qui lui est d’ores et déjà arrivé est bien la preuve que le travail esclave est en train de se transformer en une mauvaise affaire au Brésil. Et que, s’il ne change pas son comportement, ce genre de propriétaire commencera a perdre du terrain. Au sens propre.

* Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’intégrité des travailleurs


Source : Repórter Brasil - octobre 2004

Texte et photos : Leonardo Sakamoto

Traduction : Marcelo Karaguilla pour Autres Brésils - janvier 2006


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