Ce que revendiquent les élèves qui occupent les écoles de l’Etat de São Paulo

, par Ana Freitas

Le faisceau des revendications a une portée plus vaste que le programme de restructuration de l’éducation du gouvernement de l’État. Mais en résumé, ce que les élèves demandent, c’est davantage de dialogue.

Source : NEXO - 06/09/2015
Traduction pour Autres Brésils : Piera Simon-Chaix
Relecture : Zita Fernandes

La Cour d’appel a décidé, ce lundi 23 [novembre], que les élèves pouvaient continuer à occuper les écoles de l’État de São Paulo pour protester contre le programme de réorganisation de l’éducation proposé par le gouvernement de São Paulo. Les magistrats ont compris que l’objectif du mouvement est d’établir un dialogue avec les dirigeants de l’État.

Les occupations ont commencé le 9 novembre. Aujourd’hui, plus de 100 écoles sont déjà occupées [environ 200 écoles le 8/12/15 – NdT]. Pour résumer, les élèves réclament ce que les magistrats ont rendus explicite dans leur décision : ils veulent davantage de dialogue.

Le secrétaire de l’éducation de l’État [qui a démissionné depuis – NdT] affirme qu’il est disposé à ouvrir les négociations autour du programme à condition que les élèves quittent d’abord les écoles. Le gouverneur Gerlado Alckmin (PSDB) suggère que le mouvement manifeste des motivations politiques destinées à entacher sa gestion.

Les élèves revendiquaient l’arrêt de la restructuration, mais les revendications se sont étoffées. Photo : Guilherme Prado / Nexo.

Les élèves exigent non seulement davantage de dialogue, mais aussi de meilleures infrastructures dans l’enseignement et une restructuration du Saresp. Ce système d’évaluation de la productivité alloue des gratifications aux professeurs dont les élèves ont de bons résultats. Lundi 23, le gouvernement a annoncé qu’il n’allait pas mettre en place l’évaluation cette année. Elle devait avoir lieu le mardi 24 et le mercredi 25 dans les écoles occupées.

Le programme du gouvernement sépare les écoles par cycles

Le programme annoncé par le gouvernement d’Alckmin en octobre a pour objectif de transformer 43 % des collèges du réseau en unités de cycle unique. C’est-à-dire que les élèves seront regroupés en fonction de leur classe d’âge. Les cycles que le gouvernement veut instaurer correspondent à la division entre le primaire, le collège et le lycée telle qu’elle existe en France.

La réorganisation aurait pour conséquence la fermeture de 93 écoles, la promesse officielle étant de les transformer en crèches ou en collèges techniques. Le projet affecte le fonctionnement de près de mille écoles de l’État, parmi les 5 147 qu’il compte, et touche près de 10 % des élèves du réseau.

Dans l’école Ana Rosa, à Vila Sônia, dans la zone ouest de São Paulo, des voisins sont venus voir la pièce de théâtre.Photo : Guilherme Prado / Nexo.

Quatre arguments contre le changement

Des critiques adressées au programme avancent que les élèves y perdent s’ils cessent d’entretenir des relations avec des élèves plus âgés et plus jeunes. De plus, en changeant d’école, ils abandonnent les relations qu’ils avaient mis en place avec l’institution.

« Notre société devient plus pauvre et bornée lorsque les adolescents et les enfants plus âgés n’apprennent pas à prendre soin des plus jeunes, à être patients, à organiser des activités communes pour leur apprendre des choses, à adapter les jeux dans la cour de récréation pour accueillir des camarades de tous les âges. » Rosely Sayão, psychologue et conseillère en éducation, , dans un article de la Folha de São Paulo.

« Le secrétariat à l’éducation, sans qu’aucun dialogue n’aie eu lieu avec les principaux concernés, refuse à l’éducation le statut de droit fondamental en la considérant selon une logique de marché et en mettant les élèves et les professionnels directement atteints dans la position de citoyen de seconde zone […] » Faculté d’éducation de l’université de São Paulo (USP), dans une note officielle.

Une assemblée devant l’école E. E. Fernão Dias Paes, à Pinheiros, dans la zone ouest de São Paulo. Photo : Guilherme Prado / Nexo.

« Si vous prenez un élève qui a étudié dans une école et y a tissé des liens, il va avoir du mal à s’identifier à une autre école, qu’il n’a pas choisie mais où on l’a forcé à aller parce que le secrétariat [à l’éducation – NdT] l’a décidé, sans en discuter ni avec le conseil de l’école, ni avec les parents, ni avec les élèves » Maria Izabel Noronha, présidente de l’Apeoesp, dans une interview à G1.

« [L’absentéisme scolaire peut être] un effet collatéral de la mesure. Les enfants d’une même famille qui étudient dans la même école devront aller dans deux ou trois écoles, si cela ne produit pas d’absentéisme, un inconfort et une désorganisation de la vie des personnes peut en découler » Ocimar Munhoz, diplômé en éducation et professeur de la Faculté d’éducation de l’université de São Paulo (USP), dans une interview au site Rede Brasil Atual.

Quatre arguments favorables au changement

Le gouvernement affirme que le cycle unique améliorera le processus d’apprentissage des élèves. Les directeurs et les professeurs, soutient-il, auront la possibilité de se concentrer sur les besoins de chaque tranche d’âge spécifique.

« Le modèle pédagogique […] où les jeunes enfants, les adolescents et même les adultes se côtoient dans la salle de classe ne tient pas compte de leurs différences biologiques, cognitives et psychologiques. Cela compromet la possibilité d’une atmosphère d’apprentissage adéquat, rend difficile le travail de l’équipe et empêche l’amélioration de la qualité de l’enseignement. » Rose Neubauer, présidente de la chambre de l’enseignement supérieur du conseil de l’état à l’éducation de São Paulo et de l’institut Protagonistés, dans un article de la Folha de São Paulo.

« Les professeurs vont faire des projets centrés sur un cycle, ils vont se spécialiser et auront pour centre d’attention principal les enfants de cette tranche d’âge, et ceux-ci pourront côtoyer des enfants du même âge. » Ana Maria Diniz, Directrice de l’institut Península, dans une interview au site du secrétariat à l’éducation.

Des policiers surveillent l’occupation de l’école Fernão Dias Paes. Photo : Guilherme Prado / Nexo.

« L’importance des écoles à cycle unique est que vous pouvez parvenir à vous concentrer sur les tranches d’âge et sur les besoins des enfants dans l’école. Ainsi, par exemple, vous préparez le mobilier et la salle de façon adéquate, vous parvenez à conserver le professeur davantage de temps dans l’école. »
Miguel Thompson, directeur de l’institut Singularidade, dans une interview accordée au site du secrétariat à l’éducation.

« La société post-moderne a été atteinte d’une anxiété maladive la poussant à diluer des spécificités identitaires et à anticiper la maturité de ses enfants, en voulant les transformer irrationnellement soit en génies précoces, qu’ils ne sont pas et ne seront jamais, soit en adultes anticipés » José de Souza Martins, sociologue et membre de l’Académie Brésiliennes de Lettres, dans un article du journal O Estado de São Paulo.

Annonces

Suivez Autres Brésils

Newsletter

Inscrivez vous
Entrez votre adresse mail pour vous abonner à notre lettre d’infos.

Vous-pouvez vous désinscrire à tout moment envoyant un email à l’adresse suivante : sympa@listes.autresbresils.net, en précisant en sujet : unsubscribe infolettre

La dernière newsletter :

>>> Appel à dons : 2019, année de tous les défis

Réseaux sociaux

Flux RSS

Abonnez-vous au flux RSS