COP 30 à Belém : La société civile veut porter les espoirs de la lutte climatique

 | Par Patrick Piro

La COP 30 sur le climat s’est ouverte ce lundi 10 novembre. Alors qu’aucune négociation d’envergue n’y est prévue, l’hôte brésilien entend saisir l’occasion pour relancer la dynamique de l’Accord de Paris, signé il y a dix ans. Sans illusion, la société civile réunit des milliers de personnes à Belém pour réclamer des actions radicales, en particulier pour sauver les forêts.

La "contre-COP du peuple" s’est ouverte à Belém avec le spectaculaire défilé de 200 bateaux occupés par des milliers de militant·es du monde entier (12-11-2025). Photo Patrick Piro

Il y a deux manières d’envisager la COP, qui tient ses travaux jusqu’au 21 novembre à Belém. Soit en professant un classique pessimisme — les avancées de cette grand’messe climat onusienne sont si souvent homéopathiques… Ou bien en espérant que cette trentième édition gratifie à nouveau la communauté internationale de cet effet de surprise vécu dans la ville brésilienne de Rio en 1992, lors d’un sommet de la Terre mémorable : il avait débouché sur l’adoption inattendue d’une Convention climat internationale qui constitue depuis le cadre de toutes les grandes négociations multilatérales sur le sujet.

Et si la déception n’est pas garantie, c’est aussi en partie parce que la COP de Belém ne comporte pas de négociations notables en chantier. Le menu des délégations affiche pourtant bien des sujets ardus.

10 ans après, l’Accord de Paris toujours hors d’atteinte

Tout d’abord, la COP 30 se tient dix ans après la COP de 2015 de Paris, où fut signé l’Accord du même nom, le plus important des instruments multilatéraux de la courte histoire des luttes climatiques. L’Accord de Paris imposait notamment de réévaluer, tous les cinq ans les engagements de réduction des gaz à effet de serre pris par chacun des quelque 200 pays signataires. En 2015, la somme des efforts alors consentis ne couvrait qu’un tiers du chemin calculé par les modèles climatiques pour maintenir la dérive des températures planétaires à 2°C d’augmentation « seulement ». Depuis, de nombreux pays ont rehaussé leurs ambitions. Si bien que le réchauffement, projeté à 4,5°C à la fin du siècle il y a dix ans, serait ramené à 2,5°C dans l’état actuel des engagements, selon le dernier rapport périodique des Nations unies sur le sujet.

Ce qui reste considérable : selon un consensus scientifique régulièrement raffermi, de grands équilibres planétaires risquent d’être bouleversés de manière irréversible dès 2°C de réchauffement global. L’Accord de Paris s’était fixé cette limite comme objectif collectif. Et même de ne pas dépasser 1,5°C « si possible ». Or, le rapport de l’Onu cité l’admet aujourd’hui sans fioriture : cette ambition est désormais « physiquement » hors de portée. Les 11 dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées depuis que l’on mesure les températures à l’échelle de la planète. Les catastrophes climatiques « exceptionnelles » — inondations, ouragans, sécheresse… —, le sont de moins en moins.

Les ambitions de réduction des États pour les dix prochaines années restent très insuffisantes. C’est même le cas pour l’Union européenne, qui revendique pourtant, encore et toujours, d’être le bon élève de la lutte climatique : c’est in extremis qu’elle a actualisé leur copie, juste avant Belém, et elle est médiocre. Il y manque environ 35 % d’effort pour que les Vingt-sept se rangent dans les clous de l’Accord de Paris « à 2°C ».

Une COP boudée par les grands pollueurs

Dans le but de donner un peu d’impulsion stratégique à cette COP plutôt technique et de mise en œuvre, Lula avait invité les chefs d’État et de gouvernement à se réunir à Belém, les 6 et 7 novembre. Mais alors que le monde bruisse de conflits et de tensions, une soixantaine d’entre eux à peine ont répondu à l’appel. Entre autres sommités absentes, pas de Xi Jinping ni de Trump — qui a d’ailleurs retiré les États-Unis de l’Accord de Paris.

Ce qui n’a pas empêché le président brésilien de jouer crânement son rôle d’hôte. Il a proposé que soit définie une feuille de route de sortie des énergies fossiles. Il n’y a cependant guère de chance qu’un document aussi disruptif émerge de Belém le 21 novembre : l’appel à une transition hors fossiles n’est apparu pour la première fois au sein des COP qu’en 2023, à Dubaï. Historique, mais guère plus qu’une simple intention.

Lula, qui la reprend au bond, incarne lui-même le fossé de difficultés et de contradictions qui la sépare d’une application concrète : deux semaines avant l’ouverture de la COP, il autorisait une exploration pétrolière à l’embouchure de l’Amazone — à quelques encablures de Belém ! Justification : l’immense chantier de la justice sociale, au Brésil, a besoin de financement.

Plusieurs parlementaires et ministres brésilien·nes sont intervenus à l’ouverture de la 4è rencontre internationale des personnes affectées par les barrages. Ici, la députée de l’État du Pará Lívia Duarte (PSOL). (08-11-2025). Photo Patrick Piro

Trouver de l’argent pour les forêts tropicales

L’argent est un sujet très irritant, dans les COP. Il est admis (au moins en théorie) que les pays industrialisés, massivement responsables du dérèglement climatique depuis 150 ans, doivent aider les nations pauvres à faire face aux conséquences qui les affectent. Mais leurs contributions financières sont ridiculement hors sujet. Un autre très récent rapport de l’Onu montre qu’il manque de l’ordre de 350 milliards de dollars par an pour couvrir décemment les besoins des pays du Sud : les contributeurs devraient multiplier par près de 15 leurs apports pour combler le gouffre… Le rapport suggère des pistes : impôt sur les grandes fortunes, taxes sur les transactions financière et le transport aérien entre autres. On expérimente en direct en France, avec les débats sur le budget « recettes » de la nation, combien l’accès à ces mannes reste hypothétique.

Qu’à cela ne tienne : le Brésil a souhaité tirer parti du potentiel symbolique considérable porté par la forêt amazonienne, écosystème majeur gravement menacé, pour lancer un Tropical Forest Forever Facility (TFFF), soit « Fonds pour des forêts tropicales éternelles ». Annonçant avec fierté un recul de 11 % en un an de la déforestation de l’Amazonie, après les ravages de la présidence Bolsonaro, il envisage la collecte à terme de 125 milliards de dollars, dont les dividendes seraient attribués aux pays tropicaux protégeant leurs forêts (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est en particulier). Quelques milliards de dollars ont déjà été promis pour le TFFF, mais le mécanisme ne rallie pas tous les suffrages.

Rituel d’accueil de représentant·es de peuples autochtones d’Amérique latine à l’ouverture du Tribunal des droits internationaux de la Nature (11-11-2025). Photo Patrick Piro

Mobilisation historique des peuples autochtones

COP des forêts, COP amazonienne ? Chiche ! De son côté, la société civile a rebondi avec force sur des slogans gouvernementaux à la tonalité greenwashing pour concocter une « COP des peuples » qui devrait faire date dans l’histoire des mobilisations climatiques citoyennes. Et pas seulement parce que les trois dernières COP (Égypte, Dubaï, Azerbaïdjan) ont été des éteignoirs sur ce plan. Belém va accueillir, pendant dix jours, des dizaines de milliers de militant·es.

Quelque 3 000 représentant·es des peuples autochtones — une présence historique par son importance — tiendront un village avec de multiples activités. Certain·es ont convergé vers Belém en une caravane fluviale depuis l’Équateur. Une flottille à voile la rejoindra, partie d’Europe et de Nouvelle-Zélande. Une caravane climatique, partie du Nord du Mexique, est arrivée à Belém début novembre en passant par l’Amérique centrale et la Colombie.

Des dizaines d’initiatives pour la justice climatique et la préservation de la biodiversité, parfois localisées à l’échelle d’un quartier, ont fleuri dans la ville amazonienne. Une rencontre internationale des personnes affectées par les barrages et s’est tenue du 7 au 12 novembre. Des centaines de délégué·es de 43 pays dans le monde ont débattu avec la volonté d’établir un mouvement international luttant contre les politiques énergétiques destructrices de la nature et de la vie des gens.

Point culminant des mobilisation, un Sommet des peuples est organisé du 12 au 17 novembre, auquel participeront quelque 1 100 organisations de la société civile dans le monde. Une forme de contre-COP radicale, qui dénoncera la main-mise des intérêts industriels et économiques sur les politiques climatiques. Inspirée par les approches autochtones pour la protection de la forêt, de l’eau, des territoires, elle sera chapeautée par la volonté constante d’obtenir justice pour les populations affectées par la destruction des écosystèmes.

(cet article a été initialement publié sur le site https://basta.media/)

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