Bref aperçu des violences et violations de droits contre les Tupinambas

, par Nathalie Le Bouler Pavelic

La Terra Indígena (TI) Tupinamba de Olivença s’étend sur environ 47 mille hectares, entre les municipalités de Buerarema, São José da Vitória, Una, Ilhéus e Olivença au sud de l’Etat de Bahia (Brésil), à près de 500km de Salvador. Bien que différentes sources documentaires attestent de la présence historique des Tupinambas dans la région, ce fut seulement en mai 2002 que le gouvernement brésilien les a officiellement reconnu et en 2004, la Fondation Nationale de l’Indien (Funai) a commencé les processus d’identification et de délimitation de la TI. La même année, les Tupinambas ont entrepris un processus de retomadas, c’est-à-dire, des actions de récupérations de parcelles du territoire traditionnellement occupées par les autochtones et envahies par les non autochtones. Etant donné que l’Etat n’a pas respecté les délais préconisés concernant la conduite de la procédure de démarcation du territoire, en mars 2012, le procès a été transféré au ministère de Justice (MJ) dont le cabinet de conseil s’est prononcé favorablement à l’étude réalisée par la Funai (finalisé en 2009). Cependant, aucun ministre n’a encore signé l’arrêté administratif de la TI [1]. En avril 2016, le ministre Napoleão Nunes Maia Filho, de la Cour supérieur de justice (STJ), a déterminé la suspension du processus de démarcation, suite à une demande de recours intentée en 2013 par l’Association des Petits Agriculteurs, Entrepreneurs et Résidents de la Prétendue Aire Atteinte par la Démarcation de la Terre Autochtone de Ilhéus, Una et Buerarema qui va jusqu’à nier la présence historique des Tupinambas dans la région. Celle-ci a été annulée par la même instance le 14 septembre 2016, permettant ainsi la continuation du processus de démarcation [2].

Jeunes Tuinambas

Criminalisation constante des Tupinambas

La morosité des divers gouvernements dans la conduite des procédures de démarcation des terres autochtones a intensifié les conflits et les attaques. Ils se sont aujourd’hui amplifiés car encouragés par les déclarations anti-autochtones récurrentes du président Jair Bolsonaro et par la nomination de personnes opposées aux droits des peuples autochtones, à des postes dans des organismes censés garantir leurs droits. Ce contexte encourage les invasions de terres autochtones, les meurtres de ses représentants et d’autres violations graves. Outre la violence physique à laquelle ils sont constamment exposés, ils sont également victimes de campagnes diffamatoires, soutenues par les principaux médias, visant à délégitimer leur identité autochtone et donc leur droit à la terre.

Fin janvier 2019, soit le mois de l’investiture de Jair Bolsonaro, les Tupinambas ont été informés d’un plan complexe visant à assassiner ses représentants, plus particulièrement le cacique Babau (Rosivaldo Ferreira da Silva) de la communauté Serra do Padeiro, deux de ses frères et deux de ses jeunes nièces. Le plan a été dénoncé aux Tupinambas de façon anonyme par un allié qui participait aux réunions de planification des assassinats. Le témoin a également dénoncé le fait que des armes et de la drogue seraient implantées dans les véhicules et les résidences des tupinambas assassinés, afin de les compromettre. Munis de preuves solides, les Tupinambas ont dénoncé le plan auprès des différents organes du gouvernement et de la société civile. La gravité de l’affaire a conduit à la publication d’un article dans le journal brésilien le plus diffusé, Folha de S.Paulo], le 10 février 2019. Ce plan de mort a été conçu par des individus et des groupes opposés à la démarcation du territoire notamment des agriculteurs (présumés propriétaires de zones situées sur le territoire autochtone) ; des propriétaires immobiliers et hôteliers (qui possèdent ou envisagent de construire des aménagements touristiques à l’intérieur du territoire) ; et des commerçants des villes voisines. Les meurtres auraient dû être commis avec la participation d’officiers de la police civile ; d’officiers de police militaire ; un délégué de la police civile ainsi qu’un juge fédéral.

Le cacique Babau, tout comme certains de ses frères et sœurs ont déjà été victimes de détentions arbitraires et illégales. Babau à lui seul a été incarcéré à quatre reprises (en 2008, 2010, 2014 et 2016). Sa sœur Glicéria Jesus da Silva, a été arrêtée en 2010 avec son nouveau-né après avoir assisté à une réunion avec plusieurs représentants de mouvements sociaux et le président de la République de l’époque, Luiz Inácio Lula da Silva. À cette occasion, Glicéria a dénoncé la persécution perpétrée par la police fédérale contre des représentants de sa communauté. Ils ont depuis, été inclus au sein du programme de protection des défenseurs des droits de l’homme, coordonné par le Secrétariat aux droits de l’homme de la Présidence de la République.

D’autres Tupinambas ont également été victimes de violences, notamment d’attaques armés contre les communautés par des groupes paramilitaires, de tortures, d’embuscades et de meurtres. La communauté Serra do Padeiro a été directement touchée en 2008 lors d’une attaque orchestrée par la police fédérale (avec 100 policiers, deux hélicoptères et des dizaines de véhicules). Plusieurs personnes, y compris des enfants et des personnes âgées, ont été touchées par des balles en caoutchouc et par des gaz lacrymogène. En 2013, des bases militaires ont été installées sur le territoire tupinamba pour soit disant garantir la paix dans la région. Paradoxalement, durant cette même année, une intensification des violences contre les tupinambas a été constaté (assassinats, agressions, attaques de véhicules scolaires, incendies de maisons, entres autres). De façon générale, les attaques visent à empêcher la garantie des droits territoriaux des Tupinambas, en éliminant certains de leurs représentants, pour chercher à détruire leurs organisations et donc à décourager la mobilisation des autochtones mais aussi à les discréditer face à l’opinion publique.

Projet européen menaçant le territoire Tupinamba

Les Tupinambas sont également confrontés à des projets de construction qui affectent directement leur territoire et leur mode de vie. Il s’agit de la construction du Porto Sul qui, selon le gouvernement de l’Etat de Bahia, serait fondamental pour l’exportation de minerai de fer. Ce projet représente un investissement de plus de 2,5 milliards de R$ et disposerait déjà de toutes les autorisations environnementales nécessaires pour commencer la construction, qui ont été accordées sans consultation préalable des Tupinambas. Un autre projet est également en cours de développement, sans consultation préalable, il s’agit de la construction, par une entreprise portugaise, du complexe hôtelier « Vila Galé Costa do Cacao », dont l’investissement est estimé à un million et demi R$. La municipalité de Una aurait octroyé une incitation fiscale de 20 ans et aurait fait don de la parcelle de terre qui est justement situé sur le territoire tupinamba.

Si ces projets voient le jour, ils provoqueront des impacts directs sur la faune et la flore du territoire, notamment sur les mangroves et les tortues marines – les deux en voie d’extinction. Ils rendront également inaccessible une partie du littoral en empêchant la pêche traditionnelle et la réalisation de rituels, entres autres.

Il est important que les citoyens européens prennent conscience que même en étant loin physiquement et contextuellement, ils peuvent faire pression sur les gouvernements – autant en Europe (étant donné que dans le cas cité, il s’agit d’une entreprise portugaise) qu’au Brésil - en refusant d’acheter et de consommer des produits et des services provenant de l’invasion de terres autochtones ou de d’autres populations et communautés traditionnelles et ainsi contribuer à la lutte pour le respect et la garantie des droits de ces populations.

[1Et cela même après la proposition de trois Actions Civiles Publiques par le ministère Publique Fédéral (MPF) qui rend responsable l’Etat de ne pas respecter la Constitution. En effet, l’article 231 de la Constitution de 1988 reconnaît aux autochtones leurs propres formes d’organisation sociale et leurs identités culturelles. Elle oblige également l’Etat à garantir à ces peuples l’intégrité de leur reproduction physique et culturelle. Intégralité de l’article est disponible sur : http://www.jusbrasil.com.br/topicos/10643688/artigo-231-da-constituicao-federal-de-1988

[2Pour plus d’informations sur la lutte des Tupinamba pour le territoire, voir le documentaire Tupinamba- Le Retour de la Terre de Daniela Fernandes Alarcon (https://vimeo.com/user35564174) et la publication issue de son mémoire de Master (2013), O Retorno da Terra : as retomadas na aldeia tupinambá da Serra do Padeiro, sul da Bahia, Editora Elefante : São Paulo, 2019.

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