Bilan de la Flupp : convergence sur la périphérie

, par André Miranda

Source : O Globo cultura

Traduction pour Autres Brésils : Pascale Vigier (Relecture : Piera Simon-Chaix)

RIO – Jusqu’à l’an passé, la famille du jeune Hugo Virgilio, 15 ans, se promenait dans la rue en observant des gens. Aujourd’hui, après avoir participé à la première Flupp [1], qui s’est tenue l’an passé au Morro dos Prazeres [2], et à la seconde, terminée ce dimanche (24 novembre 2013) au Vigário Geral [3], ils se comportent différemment. Ils observent des personnages.


Débat. Samedi, rencontre de l’égyptien Tamim Al-Barghouti (à gauche) et de l’irakien Hassan Blasim (à droite) avec le médiateur Mamede Mustafá Jarouch Paula Giolito

Hugo et ses parents – elle, Sonia Oliveira, professeur d’enseignement primaire et lui, Paulo Virgilio, technicien de chauffage solaire– sont des exemples de ce qu’une initiative comme la Flupp peut représenter pour les habitants des communautés défavorisées de Rio. Le festival est né en 2012 en tant que Fête Littéraire des Unités de Police Pacificatrice (UPPs) et a pris un nouveau titre cette année : la Fête Littéraire des Périphéries, qui a réuni entre mercredi et hier [dimanche], 26 auteurs brésiliens et étrangers au Centre Culturel Waly Salomão, siège de l’AfroReggae [4] à Vigário Geral, favela sans Unité de Police Pacificatrice. L’année qui vient, il est presque certain que la fête aura lieu à la Mangueira [5].

« Nous en sommes venus automatiquement au thème de la périphérie » dit Toni Marques, directeur des deux éditions de la Flupp" et ce n’est pas seulement une périphérie géographique, mais aussi une périphérie de langage. L’an passé, étant donné l’incertitude de la nouveauté, nous avons essayé de toucher un peu à tout. Cette année, nous comprenons mieux la nature de la fête et nous nous recentrons. Avec sa concentration sur la périphérie, la Flupp a réuni des noms tels que le poète égyptien d’origine palestinienne Tamim Al-Bargouthi, l’écrivaine britannique Bernardine Evaristo, l’auteure française de bandes dessinées Julie Maroh et l’immortelle brésilienne Nélia Piñon [6].

« En Égypte et dans quelques pays arabes, nous avons commencé à montrer que la poésie peut parler la langue du peuple. Elle apparaît peinte sur les murs, elle est récitée dans les universités et même utilisée comme sonnerie de téléphone portable. La poésie est aujourd’hui pour nous, un mode de libération individuelle » a affirmé Al-Bargouthi, durant la table ronde de la Flupp, samedi après-midi. La présence d’Al-Bargouthi était une des plus attendues à Vigário Geral : d’abord parce qu’il est devenu une des principales voix qui transforme les événements du Printemps arabe en art, et aussi, parce qu’il n’a pas pu voyager au Brésil en juillet, où il aurait participé à la Fête Littéraire de Paraty [7], la Flip, festival frère et qui a inspiré la Flupp.

« En Irak, une fois, un garçon a jeté une aubergine sur des soldats américains. Ils ont été très effrayés pensant que c’était une bombe et se sont cachés. Les commerçants de la rue s’en sont aperçu et se sont tous mis à jeter des aubergines sur les soldats. Ils ont affronté ces hommes armés avec des aubergines, ce fut la façon poétique qu’ils ont trouvé pour faire face à la situation » a raconté Al-Bargouthi.

Festival d’idées

Jonathan Douglas, directeur de la Nacional Literacy Trust [8], institution britannique qui se consacre à promouvoir le développement de l’alphabétisation, était aussi présent à Vigário Geral. Douglas a voyagé sur l’invitation du British Council, pour participer hier, à la table ronde Politiques publiques pour la lecture au Brésil et dans le monde , au côté de José Castilho Marques Neto, secrétaire d’État du Plan National du Livre et de la Lecture au Brésil. « Ce qui a le plus attiré mon attention ici, c’est que le public est un mélange d’habitants de la favela et de gens de l’extérieur » a dit Douglas. « Un grand festival n’est pas fait de livres. Il est fait d’idées, et c’est ça que je suis en train de voir ici ».

Ce fut exactement l’idée de la Flupp qui a amené la famille de Hugo Virgilio du Morro dos Prazeres, où ils vivent, vers Vigário Geral. Le garçon écrit depuis qu’il a 9 ans et a déjà produit un livre, avec l’appui de parents : Mystère de la Maison Rose. « La Flupp a été importante pour notre fils et nous a aussi ouvert les yeux. Maintenant, même moi j’ai envie d’écrire » raconte Paulo Virgilio, père de Hugo.

Notes du traducteur :
[1] - Festival littéraire créé en 2012, la Flupp reçoit le soutien de la Fête littéraire de Paraty, grand festival littéraire d’Amérique latine, à l’origine de conférences sur la violence pour les unités de police pacificatrice (UPPS).
[2] - Quartier de favelas situé dans le centre de Rio, où est intervenue une unité de police pacificatrice et où s’est tenue la 1ère Flupp.
[3] Autre quartier de favelas de la zone nord de Rio connu pour le nombre de narcotrafiquants et de violences élevé qui y régnait.
[4] Afroreggae est une ONG qui se propose d’améliorer les conditions de vie dans les favelas au moyen d’activités artistiques. Son directeur a joué un rôle de médiateur lors d’une véritable guerre qui a opposé la police et les narcotrafiquants. Son siège, construit au milieu du quartier de Vigário Geral, accueille de nombreuses manifestations artistiques de qualité.
[5] Quartier de favelas parcouru par une unité de police pacificatrice et connue pour son école de samba.
[6] Auteure contemporaine de romans et nouvelles, d’origine hispano-galicienne. Elle a été le 1er auteur lusophone à recevoir en 2005 le prix Prince des Asturies. Un grand nombre de ses ouvrages sont traduits en français.
[7] Festival réalisé par l’Association Casa Azul pour résoudre les problèmes d’infrastucture urbaine de Paraty (ville située à mi-chemin de Rio de Janeiro et de São Paulo sur la côte). Son action a modifié les façons dont la population s’approprie les espaces publics.
[8] Organisation caritative indépendante destinée à favoriser l’alphabétisation, dont le siège est à Londres.

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