Source : Sumaúma, « Belo Sun : com barragem três vezes maior do que a de Brumadinho, mina canadense ameaça Amazônia », par Hyury Potter, 2 avril 2026
Traduction, édition : Patrick Piro
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Des populations autochtones occupent le siège de la Funai à Altamira depuis fin février pour protester contre l’approbation par le tribunal du permis de construire du barrage de Belo Sun. ©Pablito Aguiar/Sumaúma
Imaginez un amas de déchets miniers contenant des traces de substances toxiques, trois fois plus important que celui du barrage du géant minier Vale qui s’est effondré en 2019 dans la commune de Brumadinho [1], causant la mort de 272 personnes. Situez maintenant cet amas au cœur de l’Amazonie, près du fleuve Xingu, dans une région déjà fortement impactée par la centrale hydroélectrique de Belo Monte. C’est ce qui pourrait se produire dans deux ans dans l’État du Pará si la compagnie minière canadienne Belo Sun parvenait à mener à bien son mégaprojet d’extraction d’or. Le permis accordé par le gouvernement du Pará était suspendu depuis 2017, mais il vient d’être libéré par les tribunaux en février 2026. Désormais, le projet ne dépend plus que d’une nouvelle approbation du secrétariat à l’Environnement, au Climat et au Développement durable (Semas).
Les terres ancestrales des peuples Xikrin, Juruna, Xipai, Arara, Kuruaya et Parakanã, où vivent des tortues d’Amazonie [2], et des poissons emblématiques comme le pacu-seringa, pourraient être dévastées pour permettre à une multinationale étrangère d’engranger plus de 80 milliards de reais (environ 14 milliards d’euros) grâce à l’or qu’elle extraira de ces terres.
Le projet Volta Grande (PVG) de la compagnie minière canadienne serait la plus grande mine d’or à ciel ouvert du Brésil dans la Volta Grande do Xingu, l’une des régions les plus riches en biodiversité de l’Amazonie. Des communautés entières devront être déplacées – certaines pour la deuxième fois, chassées de leurs foyers par la construction de la centrale hydroélectrique de Belo Monte. Ceux qui resteront devront vivre avec le bruit incessant des explosions, le risque de contamination des rivières et seront hantés par le souvenir du glissement de terrain toxique qui a dévasté les villes de Mariana et Brumadinho (État de Minas Gerais) après la rupture de barrages de retenue de résidus miniers [3].
Après avoir obtenu le feu vert de la justice, Belo Sun célèbre sa victoire et informe déjà ses investisseurs des prochaines étapes du projet. Mais les peuples autochtones du Xingu résistent à cette nouvelle intrusion sur leurs territoires. Ces derniers jours, ils ont occupé le siège de la Fondation nationale des peuples autochtones (Funai), bloqué un aéroport et exigé une rencontre avec le Semas — seul le gouvernement de l’État peut bloquer l’implantation de la centrale.
En quoi consiste le projet Belo Sun, comment il menace la vie des humains et des autres êtres vivants en Amazonie, ainsi que l’avenir de la planète ? Explications.
Voilà où Belo Sun envisage d’installer la plus importante mine à ciel ouvert du Brésil
En quoi consiste le projet Belo Sun ?
Le projet de Belo Sun comprend deux énormes mines à ciel ouvert, un barrage de résidus miniers, des terrils et une usine de traitement industriel. Pour extraire l’or, la compagnie prévoit d’utiliser des explosifs pour fragmenter la roche. Munie de son permis d’exploitation valide, Belo Sun estime pouvoir construire l’infrastructure de cette mégamine en deux ans au plus.
Engagé par des études de faisabilité en 2012, le projet est situé sur la municipalité de Senador José Porfírio, près d’Altamira. Cette région est déjà fortement impactée par la construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte, qui a modifié le cours du fleuve et contraint les populations riveraines à quitter leurs maisons et leurs îles : des centaines d’arbres ont été submergés, des milliers de poissons sont morts ou ont été contaminés, une tragédie qui dure depuis des années, avec des impacts cumulatifs. Selon les experts, la mine exercera une pression supplémentaire sur un territoire qui subit encore les conséquences récentes et dévastatrices de cet équipement gigantesque — sans pour autant que la viabilité d’une mine d’or utilisant des explosifs à proximité d’un barrage hydroélectrique n’ait été démontrée.
Quelle est l’ampleur de cette mine d’or ?
Pour en donner une idée, on peut l’imaginer comme un « Belo Monte de l’or » : une méga-installation d’échelle industrielle, implantée à proximité de l’un des plus grands barrages hydroélectriques du monde, et susceptible de transformer profondément toute la région environnante.
Si Belo Monte a modifié le cours du fleuve, Belo Sun prévoit d’excaver 620 millions de tonnes de terre sur le territoire environnant — une masse supérieur à celle du Pain de Sucre de Rio —dans une zone actuellement recouverte de forêts et habitée par des populations traditionnelles. L’entreprise entend exploiter le site sur une période de 18 ans.
Excavation gigantesque sur des territoires autochtones ancestraux
Et le projet n’est pas avare de superlatifs. Selon le permis de construire présentés par la compagnie minière, la retenue du barrage aura la capacité de recevoir stocker 35 millions de mètres cubes de résidus miniers, soit environ trois fois le volume du barrage de la mine de Córrego do Feijão à Brumadinho, dans le Minas Gerais, dont la rupture avait causé la mort de 272 personnes en janvier 2019.
La mine appartenait auparavant à Vale, une entreprise [brésilienne] connue pour son implication dans des catastrophes similaires. En novembre 2015, Samarco, une société minière dont les actionnaires comptaient Vale et le groupe anglo-australien BHP, a été responsable de la rupture du barrage de Mariana, dans le Minas Gerais. La catastrophe avait entraîné la mort de 19 personnes et le déversement de 45 millions de mètres cubes de déchets miniers. Une quantité de boue telle que les résidus ont été répandus sur plus de 600 kilomètres, jusqu’à la côte est de l’État d’Espírito Santo. Selon des études indépendantes les matières stockées derrière le barrage de Belo Sun seraient un mélange de déchets de traitement du minerai, d’eaux issues de l’exploitation minière et de solutions résiduelles de cyanure, un composé chimique toxique utilisé dans les mines pour dissoudre l’or.
Pourquoi la Volta Grande do Xingu est-elle considérée comme écologiquement vulnérable ?
La Volta Grande do Xingu ne présente plus la même dynamique qu’auparavant. Depuis la dérivation de l’eau par le barrage hydroélectrique de Belo Monte, les populations riveraines et autochtones de la région subissent une sécheresse permanente — non pas à cause du climat, mais de décisions humaines. Belo Monte capte environ 80 % de l’eau pour ses turbines. Le fleuve Xingu a perdu son rythme naturel et les crues qui inondaient les forêts et assuraient la reproduction des poissons ne se produisent plus régulièrement.
Sans ces crues, les frayères où les poissons se reproduisent s’assèchent, les œufs ne survivent pas et la chaîne alimentaire est interrompue. Les cas de poissons malformés se multiplient. Parfois, l’eau remonte brutalement, libérée par le barrage, créant un environnement instable où le rythme naturel des crues et des décrues du fleuve est remplacé par des variations décidées par Belo Monte.
Avec la diminution du débit, l’envasement et l’érosion s’accentuent. Dans certaines zones, le faible débit et la chaleur créent des pièges où les poissons s’accumulent dans des poches d’eau chaude et meurent.
C’est dans ce contexte de fragilité que les populations de la région sont confrontées au projet Belo Sun, dans une lutte inégale.
Quels sont les impacts prévisibles pour les populations de la Volta Grande et du fleuve Xingu ?
Belo Sun menace directement les populations de la région de la Volta Grande do Xingu. On estime que des communautés entières pourraient être déplacées ou profondément affectées dans leur mode de vie.
Il existe des risques de contamination de l’eau par des substances toxiques telles que l’arsenic et le cyanure, qui peuvent atteindre le fleuve Xingu par des fuites ou des infiltrations provenant du barrage de résidus miniers. De plus, l’utilisation continue d’explosifs peut engendrer des problèmes physiques et psychologiques au sein des communautés.
Au-delà des enjeux environnementaux, l’arrivée de projets de grande envergure entraîne souvent des impacts sociaux importants. Les 10 000 emplois promis par la compagnie minière pour le chantier risque de provoquer un nouvel afflux incontrôlé de population dans la région avec une recrudescence de la violence, comme ce fut le cas avec Belo Monte. En 2015, année où la centrale hydroélectrique a obtenu son permis d’exploitation, la municipalité a enregistré le taux d’homicides le plus élevé du pays, avec 105,2 décès pour 100 000 habitants. Comme l’a déjà montré Sumaúma dans ses reportages, la présence de la compagnie minière dans la région a généré des conflits pour la terre, une spéculation foncière accrue et des tensions au sein même des communautés quant à l’acceptation ou au rejet du projet.
Arsenic, cyanure et autres résidus toxiques…
le barrage de Belo Sun prévoit de contenir un volume de déchet industriels trois fois plus important que celui qui a causé la catastrophe de Brumadinho en 2019
Quels sont les problèmes liés à l’autorisation d’exploitation de Belo Sun ?
L’autorisation d’exploitation du projet a été jalonné de problèmes juridiques et techniques. Le Semas du Pará a accordé les autorisations préliminaires et d’installation respectivement en 2014 et 2017, mais toutes deux ont été suspendues par décision de justice, le tribunal ayant alors jugé insuffisantes les études d’impact sur les populations autochtones. Dès lors, le Parquet fédéral a tenté d’obtenir que la procédure d’autorisation soit du ressort de l’échelon fédéral. Mais l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) a intenté une action en justice afin de se soustraire à la responsabilité de l’octroi des autorisations — avec gain de cause en janvier 2025. Depuis, la gestion des autorisations est revenue à l’État du Pará, entre les mains du gouvernement d’Helder Barbalho (MDB, centre droit), qui a participé avec enthousiasme à des événements locaux financés par Belo Sun, tels que les Jeux autochtones organisés à Altamira en 2025.
Le Parquet fédéral souligne également que l’autorisation a été accordée par le Semas sans que toutes les conditions essentielles, notamment relatives à la protection des communautés impactées, aient été pleinement respectées.
Des critiques ont également été formulées concernant l’absence de consentement préalable, libre et éclairée des peuples autochtones, tel que prévu par la Convention n° 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Par ailleurs, le parquet fédéral critique la fragmentation des études, qui ne tiennent pas en compte des impacts de Belo Sun et de Belo Monte sur la région.
Le 27 novembre 2019, Helder Barbalho, gouverneur du Pará, prononce un discours à Vitória do Xingu pour l’inauguration de la centre hydroélectrique Belo Monte. ©Marcos Corrêa/PR
Quel est l’état actuel du permis environnemental de Belo Sun ?
Le 13 février, le juge Flávio Jardim, du Tribunal régional fédéral de la 1re région (TRF1), a décidé unilatéralement — c’est-à-dire seul, sans vote collégial ni en séance réduite ou plénière — que le permis accordé par le Semas est valable car l’entreprise a réalisé l’étude « de composante autochtone » et la consultation libre, préalable et éclairée des communautés autochtones potentiellement affectées.
Moins d’une semaine plus tard, le Parquet fédéral a interjeté appel afin de rétablir la suspension du permis environnemental. Parmi les principaux arguments figurent :
- Le non-respect des conditions judiciaires, notamment en matière de protection des communautés affectées ;
- L’absence de consultation préalable, libre et éclairée, telle que stipulée par la Convention n° 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT), et la critique de la « privatisation » de ce processus — mené par une entreprise sous contrat avec la compagnie minière elle-même, en violation des exigences de la Cour interaméricaine des droits de l’homme ;
- L’exclusion des peuples autochtones déplacés de la consultation ;
- Des études incomplètes et insuffisantes sur les peuples autochtones, sans évaluation adéquate des impacts et de la réinstallation ;
- L’impossibilité de mesurer les impacts cumulatifs avec le barrage de Belo Monte, en raison de l’incertitude actuelle quant au volume d’eau que la centrale hydroélectrique prélèvera dans le fleuve, un point litigieux ;
- Le risque de dommages socio-environnementaux irréversibles avant une décision définitive.
La Funai indique également qu’il est nécessaire de compléter les études afin d’inclure tous les groupes autochtones susceptibles d’être impactés par le projet.
À ce jour, en dépit de l’approbation des tribunaux, le permis de Belo Sun n’est pas actif, indique le Semas. Lors d’un événement organisé le samedi 28 mars à Altamira, le gouverneur Helder Barbalho, a déclaré que le secrétariat demanderait à Belo Sun une actualisation de ses documents. Confirmation par courriel du secrétariat, indiquant qu’il « demandera à l’entreprise de mettre à jour le projet d’exploitation minière ainsi que le projet d’ingénierie pour l’extraction et le traitement des minéraux, et de l’informer de tout changement dans la conception du projet ».
Le 25 août, Adriano Espeschit pdg de Belo Sun (au centre), expose le Projeto Volta Grande à ses équipes. Précédemment à la tête de Potássio do Brasil, il a été mis en cause dans l’achat d’appui de dirigeants autochtones du peuple Mura afin d’obtenir l’autorisation d’exploiter une mine de potassium en Amazonie sur la commune d’Autazes (État d’Amazonas). ©Instagram Belo Sun
Qui sont les investisseurs de Belo Sun et quel est leur rôle en Amazonie ?
Belo Sun a vu le jour grâce au groupe canadien Forbes & Manhattan, un fonds d’investissement milliardaire qui lève des capitaux en bourse et investit dans des projets potentiellement rentables. Il opère à l’échelle mondiale dans le secteur minier, en privilégiant les marchés à un fort potentiel, mais aussi à risque socio-environnemental élevé, à l’instar du projet minier de Potássio do Brasil à Autazes, qui affecte le peuple autochtone Mura en Amazonie.
Depuis mai 2022, Belo Sun ne figure plus dans le portefeuille du fonds. Cependant, des rapports déposés auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) étasunienne révèlent que des dirigeants de ce fonds d’investissement ont travaillé pour les deux sociétés minières. Ainsi, l’actuel président de Belo Sun, Adriano Espeschit, occupait le même poste chez Potássio do Brasil jusqu’en juin de l’année dernière, date à laquelle il a quitté ses fonctions pour prendre la direction de la société d’extraction d’or.
Des études citées par le parquet fédéral montrent que ces groupes financiers tendent à minimiser les risques environnementaux et sociaux afin de lever des fonds auprès des investisseurs. En bref, il s’agit d’un modèle bien connu en Amazonie : des capitaux internationaux financent d’importants projets d’extraction dans des zones écologiquement sensibles et socialement vulnérables.
Pourquoi les peuples du Xingu manifestent-ils à Altamira ?
Depuis le 23 février, des peuples autochtones de divers groupes ethniques du bassin du Xingu occupent le siège de la Fondation nationale des peuples autochtones (Funai) à Altamira pour protester contre la compagnie Belo Sun. Ils considèrent que la poursuite du projet minier est illégale et menaçante. Le mouvement, lancé par des femmes et rallié désormais par des hommes, dénonce l’absence de consultation préalable, libre et éclairée des communautés concernées et exige la suspension du permis environnemental.
De plus, les leaders accusent la compagnie de faire pression sur les populations autochtones et de ne pas tenir compte des décisions collectives rejetant le projet, ce qui exacerbe les conflits et l’insécurité dans la région. Les manifestations sont menées par des villages de peuples Xikrin, Xipai, Juruna/Yudjá, Arara, Parakanã et Kuruaya, et organisées par le Mouvement des femmes autochtones du Moyen-Xingu.
CE QUE DIT BELO SUN
Dans un communiqué, Belo Sun Mineração affirme « respecter le droit de manifester du Mouvement des femmes autochtones du Moyen-Xingu ». Concernant le recours déposé par le Parquet fédéral (MPF) demandant le retour de la suspension de l’autorisation environnementale, la société soutient qu’elle « se conforme aux procédures légales applicables dans le cadre du processus d’autorisation environnementale mené et contrôlé par les autorités publiques compétentes ».
Belo Sun déclare également respecter toutes les exigences de la Convention n° 169 de l’OIT. Quant aux impacts du projet Volta Grande sur la région, la compagnie minière canadienne réaffirme que le projet est « en phase d’installation » et que « les activités de mise en œuvre prévues seront réalisées dans les limites et conditions établies par l’autorisation environnementale ».
LE CHOIX D’AUTRES BRÉSILS
Notre partenaire amazonien Sumaúma, dont le siège est situé à Altamira, est particulièrement bien placé pour s’alarmer des ambitions de Belo Sun. À la fois par sa proximité géographique avec cet énorme projet minier, mais aussi au titre de son intime connaissance des impacts écologiques et sociaux du méga-barrage hydroélectrique Belo Monte voisin, dans cette région de la Grande boucle du Xingu, décidément promise au martyre. L’entreprise minière canadienne vient de voir son permis d’exploitation remis en selle, et nous avons décidé de prêter une attention prioritaire à cette alerte rouge, car rien ne permet de croire que les leçons de Belo Monte ont été tirées (si tant est qu’elles aient été établies…). Et parce qu’il n’est pas trop tard pour empêcher une catastrophe du même ordre, et parce que les populations autochtones sont plus décidées que jamais à entraver le projet.








