Assassinat d’une religieuse nord-américaine (1)

Le meurtre de Soeur Dorothy Stang, le 12 février dernier à Anapu, Pará, résonne comme un lointain écho au double assassinat de religieuses françaises sous la dictature militaire argentine qui avait déclenché, en 1978, une grande campagne de mobilisation internationale contre les « disparitions », tortures, emprisonnements politiques de ressortissants étrangers en particulier... aboutissant entre autres à la libération de Miguel Benasayag, citoyen français par sa mère, aujourd’hui philosophe et psychanalyste.

La presse brésilienne elle-même dénonce les conditions d’impunité des coupables de tels crimes, ces liquidations de militants ou d’opposants comparables aux méthodes d’un régime autoritaire : « intimidation, en passant par le travail esclave et allant jusqu’à l’assassinat » [1]

Comparable, aussi, la répercussion nationale et internationale de l’assassinat de Irmã Dorothy. Le gouvernement fédéral brésilien a rapidement envoyé 2000 soldats protéger la région - « un cataplasme sur une jambe de bois », selon Dom Tomas Balduino, Président de la CPT, pour qui la racine du problème est le conflit pour la terre, l’absence d’Etat et le manque d’infrastructures.

Les partenaires étrangers des mouvements populaires se mobilisent, l’ambassade des Etats-Unis et l’ONU font pression sur le gouvernement pour que l’enquête soit menée avec efficacité. Les pétitions affluent pour « modifier de toute urgence ce climat d’impunité » [2], la presse de tous les pays, choquée, dénonce la situation paraense et, surtout, met sous les projecteurs l’incapacité de la Justice des Etats et de l’Etat brésilien à protéger les paysans, les travailleurs de la terre, les militants de tout bord qui luttent à leurs côtés.

Car la situation pour le moins tendue dans l’Etat du Pará ne date pas de l’assassinat de Soeur Dorothy dans une embuscade, préméditée et commanditée.

Selon Godinho, commandant de la Police Militaire locale, la région est depuis plusieurs années le foyer d’un conflit qui oppose les propriétaires terriens et les « grileiros » qui exploitent illégalement le bois d’Amazonie d’un côté, et les travailleurs ruraux de l’autre. Anapu est un point d’intense activité des entreprises de bois. « Soeur Dorothy était une personne très exposée vu ses liens avec les travailleurs ruraux. A diverses reprises nous lui avons offert une protection policière, qu’elle n’a jamais acceptée. », dit Godinho. [3]

Si Soeur Dorothy Stang avait refusé la protection de la Police Militaire (PM), elle avait en revanche informé les autorités fédérales de l’existence de listes de personnes menacées de mort dans la région pour leur implication dans les luttes pour un travail de la terre digne, et rencontré le Secrétaire Spécial des Droits Humains la semaine précédant son asssassinat. 40 personnes figureraient sur les listes où apparaissait le nom de Soeur Dorothy dans le Pará, selon O Globo ; en tout, 161 personnes ont été menacées de mort au Brésil en 2004. Amnesty International parle également dans son rapport 2004 d’une « liste noire » dans le Pará, Etat qualifié par l’organisation de « poudrière en matière de conflits fonciers. »

Toujours dans l’ambiance western, des têtes de responsables syndicaux et cléricaux seraient mises à prix. Henri Burin des Roziers, dominicain français engagé dans la lutte pour la réforme agraire et contre le travail esclave, qu’Info Terra a pu joindre par téléphone, vaudrait 100.000 reais... L’Organisation des Avocats Brésiliens a demandé pour lui une protection personnelle, et un policier ne le quitte plus.

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[1] Note de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) et du diocèse du Xingu, signée par les deux ecclésiastiques Dom Tomas Balduino et Mgr Erwin Kräutler, évêque prélat du Xingu, le 16 février 2005.

[2] Texte d’appel à signatures du Comité Rio Maria, qui cite des affaires où les coupables présumés n’ont jamais été jugés ni arrêtés... encore moins condamnés !

[3] Folha de São Paulo, 13 février 2005.

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