Agrocarburants versus réforme agraire au Brésil

, par Milena Merlino

La fièvre des agrocarburants qui s’empare du Brésil a des répercussions inquiétantes sur la concentration des terres et la souveraineté alimentaire. « Pour nous, c’est clair, affirme José Cláudio da Silva, responsable du secteur Environnement du MST. Avec les agrocarburants, nous nous trouvons face à un véritable processus de recolonisation ».

Depuis près de trente ans, le Mouvement des paysans Sans Terre (MST) au Brésil mène une lutte acharnée contre une injustice fondamentale que traduisent de manière laconique ces statistiques : 1% des propriétaires ruraux disposent de 46% des terres. Ces chiffres sont en corrélation directe avec la pauvreté endémique qui frappe 29% de la population de ce pays. La réforme agraire constitue, aux yeux du MST, un passage obligé pour venir à bout du fléau de la faim menaçant quotidiennement 52 millions de personnes. Mais le combat que mène ce mouvement paysan s’annonce plus ardu dans les mois et les années à venir. En effet, la fièvre des agrocarburants qui s’empare des gouvernements, dont celui de Lula, n’est pas sans avoir des répercussions inquiétantes sur la concentration des terres et la souveraineté alimentaire au Brésil, tout comme dans d’autres pays. Le MST tire la sonnette d’alarme...

« Pour nous, c’est clair, affirme José Cláudio da Silva, responsable du secteur Environnement du MST. Avec les agrocarburants, nous nous trouvons face à un véritable processus de recolonisation ». Les pays industrialisés ne disposant pas des surfaces agricoles suffisantes, ils se tournent vers le Sud, et entre autres le Brésil, pour développer des monocultures de maïs, soja et canne à sucre qui permettront la production de ces combustibles alternatifs.

Il est vrai que le Brésil fait figure de pionnier en la matière. Les premières recherches relatives à la production d’éthanol datent de 1925 dans ce pays. Elles ont débouché dans les années septante sur le programme ProAlcool lancé dans le sillage du premier choc pétrolier. L’objectif était, bien entendu, de limiter les importations de pétrole en développant la production d’éthanol comme additif à l’essence. Des distilleries ont donc été annexées aux usines de sucre à cette fin et, de plus en plus, ce carburant alternatif a eu le vent en poupe, porté par le deuxième choc pétrolier, les incitants fiscaux et plus récemment les préoccupations énergétiques que l’on sait.

L’engouement est loin de prendre fin puisque le Brésil, qui dispose actuellement de 336 distilleries de ce type, prévoit d’en mettre sur pied 73 de plus d’ici 2012, ce qui portera leur nombre total à 409. Poussée par l’accord de coopération signé en mars 2007 par Lula et George Bush, la vague des mal nommés « biocarburants » propulse le Brésil au rang de chef de file mondial en termes de production d’éthanol. Et l’agrobusiness de se frotter les mains face à la perspective de nouveaux bénéfices plantureux... Un bel enthousiasme qu’est loin de partager le MST, qui lorgne avec inquiétude sur les conséquences environnementales et humaines d’une telle orientation.

Biocarburants ou agrocarburants ?

« Avant tout, cessons de parler de biocarburants, insiste Cláudio. Même si ce combustible est d’origine végétale, cette appellation ne se justifie en rien. Sans quoi, ajoute-t-il en souriant, on pourrait tout aussi bien parler de biomargarine ou que sais-je... Quel sens cela a-t-il, sinon pour le monde du marketing qui tente, derrière ce terme, de jouer sur la corde sensible des préoccupations environnementales pour promouvoir un nouveau combustible ? ». La première raison est manifestement économique à l’heure où nombre de pays industrialisés, tels que les Etats-Unis, souhaitent limiter leur dépendance au pétrole. Il serait effectivement étonnant d’imaginer qu’un pays qui a refusé de ratifier le traité de Kyoto se prévale soudain de la lutte contre le réchauffement climatique par le biais de combustibles faussement verts.

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Par Milena Merlino

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ITECO


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