A la suite de la loi Maria da Penha, les statistiques d’assassinats des femmes restent élevées

, par Maira Kubik

Source :Geledés Institut de la femme noire [1]

Traduction pour Autres Brésils : Pascale Vigier. Relecture : Agnès Forst

Entre 2001 et 2011, une femme est morte de façon violente toutes les heures et demie au Brésil. Soit 5 664 morts par an, 472 par mois et 15 par jour. Et près de 40% des assassinats de femmes ont été commis par un partenaire intime.
Ces données, aussi regrettables soient-elles, viennent d’être présentées par l’Institut des Politiques Économiques Appliquées (IPEA) [2] et sont le résultat d’une enquête sur le « féminicide » [3] au Brésil.
Par féminicide, on entend l’assassinat de femmes du fait qu’elles sont tout simplement des... femmes ! Ou bien lorsqu’il s’agit d’une violence extrême qui se produit dans un contexte de relations sociales de genre, tel que l’homme, actuel ou ex-compagnon dans la plupart des cas, se sent avoir le droit d’ôter la vie à quelqu’un parce qu’il considère que cette personne est sa « propriété » ou qu’elle est « inférieure » à lui.

Sur la période analysée, on estime qu’il y a eu plus de 50 000 cas de féminicides.
Une conclusion assez alarmante est que la loi MARIA DA PENHA [4], pour la prévention et la lutte contre la violence domestique et familiale, n’a pas contribué à réduire le nombre d’assassinats de femmes.

Mortalité des femmes par agressions avant et après l’entrée en vigueur de la loi Maria da Penha

D’après le rapport cité ci-dessus, le taux de mortalité pour 100 000 femmes a été de 5, 28 sur la période 2001-2006 (avant la loi) et de 5, 22 en 2007-2011 (après la loi). On observe une légère baisse du taux en 2007, immédiatement après l’entrée en vigueur de la Loi, grâce certainement à la campagne pour la faire connaître, qui fut alors plus intensive.

En conclusion du rapport, les chercheuses Leila Posenato Garcia, Lúcia Rolim Santana de Freitas, Gabriela Drummond Marques da Silva et Doroteia Aparecida Höfelmann mettent en avant « la nécessité de renforcer les actions prévues par la loi MARIA DA PENHA, de même que l’adoption d’autres mesures dirigées vers la lutte contre la violence envers les femmes, vers la protection effective des victimes et la réduction des inégalités de genre au Brésil ».

Elles affirment aussi que les données de cette étude concordent avec les résultats de la CPMI [Commission parlementaire mixte d’enquête] [5] et corroborent la proposition de modifier le Code Pénal afin d’y inclure le féminicide comme circonstance qualifiable de crime d’homicide, « de même qu’une forme extrême de violence de caste contre les femmes  ».

Voici quelques autres résultats du IPEA :

Les États qui remportent les statistiques les plus élevées sont : Espírito Santo (11,24), Bahia (9,08), Alagoas (8,84), Roraima (8,51) et Pernambuco (7,81) [6].

De leur côté, les statistiques les plus basses ont été observées au Piauí (2,71), Santa Catarina (3,28) et São Paulo (3,74) [7].

Les principales victimes sont des femmes jeunes : 31% de 20 à 29 ans et 23% de 30 à 39 ans. Plus de la moitié des décès (54%) touchent des femmes de 20 à 39 ans.

Au Brésil, 61% des décès concernent des femmes noires, principales victimes dans toutes les régions, à l’exception du Sud. Il faut signaler la proportion élevée de décès de femmes noires dans les régions Nord-Est (87%), Nord (83%) et Centre-Ouest (68%).

La plupart des victimes avaient un faible taux de scolarisation, 48% d’entre elles âgées de 15 ans ou plus ne dépassent pas les huit années d’études.

Au Brésil, 50% des féminicides se font par l’usage d’armes à feu et 34% par un instrument perforant, coupant ou contondant (pouvant blesser). La strangulation ou l’asphyxie ont été mentionnées dans 6% des cas. Les mauvais traitements – y compris l’agression par la force corporelle, la force physique, la violence sexuelle, la négligence, l’abandon et autres syndrômes de mauvais traitements (abus sexuel, cruauté mentale et torture) – ont été mentionnés dans 3% des cas.

29% des féminicides ont eu lieu au domicile, 31% sur la voie publique et 25% à l’hôpital ou dans un autre établissement de santé.

36% ont eu lieu en fin de semaine. Les dimanches totalisent 19% des morts.

Ou, pour le dire de façon simple : la violence contre les femmes est un problème chronique, quotidien, qui nécessite d’être pris de front immédiatement.

Essayez de vous souvenir : chaque heure et demie qui passe une femme vient d’être assassinée, peut-être par son compagnon. Et demandez-vous, comme moi : jusqu’à quand ?

Notes du traducteur  :
[1] Créé en 1988, Geledés est une organisation politique de femmes noires dont la mission est la lutte contre le racisme et le sexisme ainsi que la valorisation de la communauté noire. La direction est formée exclusivement de femmes noires, mais ses équipes de travail comptent des hommes, des femmes, des noirs et des blancs. Ses objets d’étude sont principalement les droits de l’homme, l’éducation, la santé.
[2] Soit Instituto de Pesquisa Econômica Aplicada, Institut de Recherche Économique Appliquée
[3] Le terme « feminicídio », néologisme portugais, sera rendu chaque fois qu’il apparaîtra dans le texte, par le néologisme français « féminicide ».
[4] Loi en vigueur depuis 2006 destinée à protéger les droits de la femme dans son environnement domestique. Les peines encourues par les agresseurs sont augmentées et les peines alternatives supprimées. Maria da Penha, qui a donné son nom à la loi, est restée paraplégique après avoir été victime par 2 fois d’une tentative d’assassinat par son compagnon. Elle a été l’une des premières à avoir le courage de porter l’affaire en justice. Elle est actuellement coordinatrice des politiques pour les femmes dans l’état de Fortaleza.
[5] La CPMI est une commission d’investigation judiciaire menée par des sénateurs et députés ayant le droit d’enquêter de façon plus étendue que le pouvoir judiciaire (sauf perquisition au domicile) mais non de sanctionner.
[6] Espírito Santo est un état situé au nord de celui de Rio, Bahia, Alagoas et Pernambuco sont des états du nord-est, Roraima couvre une partie de la forêt amazonienne à la frontière du Venezuela et du Guyana. Il s’agit de régions réputées pauvres.
[7] Le Piauí est un état du nord-est, Santa Catarina est situé au sud du Brésil, ce sont a contrario des états riches.

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