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dernière mise à jour le 22 juillet 2010
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Au moment même où les Etats-Unis mènent une campagne mondiale afin d’empêcher l’Iran d’utiliser de l’uranium et de développer la production d’armes nucléaires, le Brésil se prépare discrètement à inaugurer son propre centre d’enrichissement de cette matière première, capable de produire exactement le même combustible.
Tout comme l’Iran, le Brésil est signataire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires. En outre, sa Constitution lui interdit l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires. Cependant, il garde le secret sur certains aspects de sa technologie nucléaire et affirme que son programme n’existe qu’à des fins exclusivement pacifiques. Selon les experts, cette affirmation est à considérer avec prudence.
Même si le Brésil se soumet plus facilement aux inspections internationales que l’Iran, certains restent préoccupés par la capacité d’enrichissement qu’il atteindra bientôt. Il pourra vraisemblablement produire plus de combustible que ce qu’il est nécessaire ses deux usines nucléaires. On peut supposer que le pays pourra renégocier ses accords passés avec le Traité de non-prolifération.
Le Brésil, pays pacifiste et démocratique, ne représente pas une menace pour ses voisins, mais les spécialistes s’inquiètent de ce que le cas brésilien décrédibilise les efforts internationaux mis en place pour contenir les ambitions nucléaires iraniennes.
"Le Brésil suit un chemin (techniquement) identique à celui de l’Iran, mais c’est l’Iran qui inquiète le plus", dit Marshal Eakin, directeur exécutif de l’Association des Etudes Brésiliennes et professeur d’histoire de l’Université de Vanderbilt aux Etats-Unis. "En vérité, le Brésil bénéficie du fait que tous les regards soient tournés vers l’Iran".
Alors que l’Iran critique verbalement l’Etat d’Israël déjà doté de l’arme nucléaire, et défie le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour pouvoir pleinement enrichir son uranium, le Brésil n’a plus de problèmes de frontières avec ses voisins, et n’est pas impliqué dans une course à l’armement. Il veille à maintenir de bonnes relations avec toutes les Nations. La dernière guerre dans laquelle il s’était engagé remonte à 1870.
Selon David Albright, ex-inspecteur des Nations Unies pour l’Institut pour les Sciences et la Sécurité Internationale à Washington, "le Brésil n’est pas en train de violer le Traité de non prolifération, et n’est pas non plus situé dans une zone de tensions internationales".
L’ambassade des Etats Unis à Brasilia se réfère au porte-parole Sean MacCormack du Département de l’Etat de Washington pour les questions sur le sujet. Il écarte tout parallèle fait entre le Brésil et l’Iran. "Je comprends bien que le Brésil possède un programme nucléaire à vocation pacifiste".
Malgré tout, le programme nucléaire brésilien et ses oppositions aux inspections, l’ont rendu suspect sur le plan international.
"Le Brésil commence à être perçu comme un pays qui souhaite clairement revoir ses engagements dans le Traité de non-prolifération, et cela représente le cœur même du problème", dit Jon Wolfsthal, sous-directeur pour la non-prolifération au Carnegie Endowment for International Peace, à Washington.
A seulement 146 km de Rio de Janeiro, dans la ville industrielle de Resende, l’entreprise Industrie Nucléaire du Brésil S.A., a effectué les derniers essais de sa nouvelle usine d’enrichissement, construite sur une ancienne exploitation agricole de café. Lorsqu’elle sera inaugurée à la fin de l’année 2006, le Brésil entrera dans le cercle restreint des neuf pays au monde capables d’enrichir l’uranium.
Le Brésil possède la sixième réserve mondiale d’uranium, mais en attendant que cette usine soit opérationnelle, il ne peut utiliser ce combustible comme énergie, avant de l’avoir préalablement acheminé à l’URENCO, le groupe Européen qui se charge de cette étape.
Au Brésil, on dit que cette usine sera capable d’enrichir au moins 5% d’uranium-235, l’isotope utilisé pour alimenter ses deux réacteurs. A titre de comparaison, les têtes d’ogives nucléaires nécessitent une matière enrichie à 95%, niveau que le Brésil assure ni ne pouvoir, ni ne vouloir produire.
"Si un pays ne peut enrichir qu’à 5%, il n’est pas en mesure de pouvoir le faire à plus de 90% avant des décennies", a déclaré à Associated Press le Président de la Commission Nationale de l’Energie Nucléaire (CNEN), Odiar Dias Gonçalves. "Il nous faudrait une usine que nous ne possédons pas".
Par Peter Muello, Associated Press, pour The Miami Herald - Printemps 2006
Traduction : Nicolas Grisel pour Autres Brésils