dernière mise à jour le 6 octobre 2014

Indiens des villes

26 septembre 2010
par André Campos


Selon des données récentes de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), plus de la moitié des Indiens brésiliens vivent actuellement dans des agglomérations urbaines. Pourtant, ils restent invisibles aux yeux des autorités, et se battent pour avoir accès aux droits fondamentaux garantis aux Indiens par la Constitution.


Photos et texte de André Campos - Reporter Brasil - 13/03/2006

Traduction : Livia Honsel pour Autres Bresils


La vie n’est pas facile sur les terres de la tribu Pankararu, enclavée dans le sertão (région désertique du Nord-Est du Brésil) de l’Etat de Pernambuco. L’homme s’est chargé d’ajouter d’autres problèmes à la sécheresse naturelle de la région. Homologué en 1987, le territoire indien correspond à moins de la moitié de la superficie accordée au départ par l’Etat. Les meilleures terres étant entre les mains des propriétaires fonciers, les Indiens n’avaient d’autre choix que de cultiver dans les montagnes. Depuis, les conflits sont devenus une réalité quotidienne.

Cette situation a marqué la vie de Manoel Alexandre Sobrinho, dit Bino Pankaruru. Jusqu’à ce qu’un jour, raconte-t-il, il se décide : « Si c’est pour risquer sa vie, autant la risquer en parcourant du pays. » Laissant sa mère éplorée au village, il est arrivé à São Paulo après 15 jours de voyage en camion. Au début, il a eu du mal à s’y faire ; il avait peur de se perdre, peur des gens. Mais à force d’aller d’un endroit à l’autre, il a fini par s’habituer. A la fin des années 70, il s’est installé définitivement dans la favela du Real Parque, dans le sud de la ville.

Son histoire n’a rien d’exceptionnel ; dans cette favela vivent environ 500 Pakaruru, selon lui. Ils sont manoeuvres, vigiles ou employés domestiques. Et lorsqu’ils trouvent un endroit disponible, ils se réunissent pour réaliser les rituels et les danses traditionnelles de la tribu. Bino Pankararu est le président de l’Association SOS Communauté Indienne Pakaruru, qui réunit les doléances de ces Indiens des villes. Parmi leurs revendications, il y a l’obtention d’un espace dans la favela pour qu’ils puissent pratiquer leurs cérémonies traditionnelles. L’association estime que plus de mille Pankaruru vivent actuellement dans la région métropolitaine de São Paulo. Ce n’est qu’une des dix tribus présentes dans la métropole.

L’histoire des Pankaruru n’est pas non plus une exception face à la réalité actuelle des tribus indiennes au Brésil. La Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI) estime qu’il y aurait entre 100 et 190 000 Indiens vivant en dehors de leurs territoires. Néanmoins, les dernières données fournies par l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE) montrent à quel point ces chiffres peuvent s’éloigner de la réalité. L’Institut a enregistré, lors d’un recensement en 2000, 383 000 Indiens, se définissant comme tels, vivant dans des agglomérations urbaines, ce qui correspond à 52% du total. Mais l’affirmation spontanée de l’identité indienne est souvent qualifiée par les anthropologues, et par les Indiens eux-mêmes, comme étant un critère insuffisant pour définir l’origine indienne d’une personne.

Controverses mises à part, certaines estimations régionales permettent de percevoir l’importance de la question. Il y aurait à Manaus 18 000 Indiens, selon la Coordination des Organisations Indiennes de l’Amazonie Brésilienne (Coiab), mais d’autres sources affirment qu’en réalité il s’agirait du double. A Boa Vista, le Conseil Indien de Roraima (CIR) a calculé que plus de 10 000 Indiens et descendants d’Indiens vivraient en ville, y compris dans la déchetterie centrale. Et la liste est longue : des Kaingangues à Porto Alegre et Chapecó ; des Apuriñas, des Kaxinawás et des Manchineris à Rio Branco (AC). Des Jurunas, des Mundurukus et d’autres tribus à Belem (PA). Tout cela sans compter les innombrables villes où l’on ignore tout des tribus présentes.

D’après l’anthropologue Stephen Baines, du Département d’Anthropologie de l’Université de Brasilia (UnB), il y a un accroissement du nombre de personnes qui assument leur identité d’Indiens dans les villes. « C’est un phénomène récent lié à certains facteurs comme l’augmentation de la politisation dans de nombreuses communautés d’Indiens citadins », affirme-t-il. Le spécialiste Raimundo Nonato, du département de Sciences Sociales de l’Université Federale de l’Amazonas (UFAM), qui accompagne depuis plusieurs années plus de 15 ethnies à Manaus, a relevé lui aussi des signes de changement. « Des gens qui se sont toujours présentés avec leur prénom portugais demandent maintenant à être appellés par leur nom indien », dit-il.

De plus en plus, les communautés indiennes urbaines demandent à être reconnues comme des populations distinctes et veulent, par conséquent, avoir accès à des services en matière de santé, de culture, de travail et d’éducation, qui tiendraient compte de leurs spécificités. Une telle situation attire l’attention d’autres segments de la population et accroît la pression pour que les Indiens des villes participent davantage aux mouvements indigénistes du pays. Cette réalité brusquement révélée, amène les dirigeants et la société à réflechir à nouveau sur leur perception de l’identité indienne et sur la manière dont il faut traiter ces populations.

Il est difficile d’expliquer les raisons de l’exode des Indiens vers la ville. Des spécialistes et des leaders de diverses tribus font référence à un large éventail de facteurs, associés à différentes situations où un contact a lieu avec la ville. La recherche d’un travail, de meilleures conditions de santé et d’éducation, la perte des terres ancestrales et les conflits internes dans les villages, stimulés, très souvent, par la croissance démographique ne sont que des causes parmi d’autres. Les formes d’insertion de ces populations dans les agglomérations urbaines sont multiples elles aussi. De l’émigration isolée à l’exode par familles entières vers des quartiers choisis au départ, suivant une longue chaîne de liens de parenté. Parmi toutes ces situations spécifiques, il y aussi le cas des terres indiennes englouties par la croissance urbaine. Le village de Dourados (MS), qui abrite 11 000 Indiens, principalement des Guaranis Kaiowás, confronté à la malnutrition infantile et à de nombreux cas de suicide, est l’un des exemples les plus significatifs de cette situation.

Lorsque l’on pense aux Indiens au Brésil, l’imaginaire les associe immédiatement à la nature, à la nudité, aux peintures corporelles et on s’imagine qu’ils cessent d’être Indiens lorsqu’ils viennent vivre en ville. Pour Baines, le fait que les gens s’interrogent sur la capacité de préserver les communautés indiennes dans la ville « se base sur un préjugé humiliant selon lequel l’Indien appartient à la jungle et doit rester dans son village. » A ce propos, le terme « Indiens urbains », que l’on utilise normalement pour les désigner, est critiqué par certains, car il renforcerait l’assimilation de l’identité indienne à l’appartenance à tel ou tel lieu.

Baines soutient que c’est le manque de connaissances de ces populations qui expliquerait en grande partie ces préjugés. « On a créé une situation d’invisibilité, comme si les Indiens des villes n’existaient pas tout simplement ». L’intériorisation de cette mentalité, motivée par la discrimination, renforce cette vision : les histoires d’Indiens qui dissimulent leur origine en se disant Boliviens, Péruviens ou Japonais sont monnaie courante. « J’ai connu une Indienne Pareci à Cuiabá qui se faisait des permanentes pour avoir les cheveux bouclés et dissimuler ainsi son origine ethnique » affirme Maria Fátima Machado, chercheuse au Département d’Anthropologie de l’Université Fédérale du Mato Grosso (UFMT). Selon elle, cette situation s’explique par l’insuffisance des mesures mises en oeuvre pour ces populations. « La Funai est négligente, elle n’accepte pas qu’ils soient réellement Indiens », afirme-t-elle. « Le reconnaître signifierait aller dans le sens d’une nécessaire redistribution de la fondation, qui est déjà faible. »

La Funai et la Fondation Nationale de la Santé (Funasa), les deux principaux organes gouvernementaux d’assistance aux populations indiennes, sont critiqués pour l’insuffisance des actions qui prennent en compte les les Indiens qui ont quitté leur village. De plus, les initiatives fédérales, régionales et locales destinées à ce problème spécifique se comptent sur les doigts de la main.

Le problème de la reconnaissance des Indiens urbanisés au Brésil se retrouve dans les démarches les plus élémentaires : la délivrance par la Funai de la carte d’identité indienne à ceux qui vivent dans les villes, et l’inscription dans le registre indien des naissances pour les Indiens nés dans des agglomérations urbaines. Malgré le fait qu’il existe aujourd’hui quelques groupes urbanisés pris en compte par la Funai, un grand nombre d’Indiens des villes dénoncent le refus de la Funai de fournir les documents qui prouveraient leur origine ethnique. Des solutions à ce problème deviennent de plus en plus urgentes, si l’on tient compte de l’accroissement des politiques de quotas et de bourses d’études destinées aux Indiens dans les concours de la fonction publique.

Le Statut de l’Indien défini comme tel « tout individu d’origine et ascendance pré-colombienne, qui s’identifie et est identifié comme appartenant à un groupe ethnique dont les spécificités culturelles se distinguent de celles du reste de la société nationale. » Depuis 2002, le Brésil est signataire de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), qui établit l’identification personnelle à une tribu comme critère fondamental du caractère indien d’un groupe.

Concernant encore une fois les papiers d’identité, il y aussi le cas d’Indiens rencontrant des difficultés au moment d’ouvrir un compte en banque, faire des courses ou bénéficier des services publics, leur carte d’identité indienne n’étant pas acceptée. La question de la validité de la carte pour de telles situations fait l’objet d’un débat permanent entre leaders indiens et autorités.

Pour l’avocat Raul do Valle, de l’Institut socio-environnemental (ISA), la législation brésilienne en faveur des Indiens, a été conçue pour des peuples vivant sur leurs terres d’origine, par conséquent, il y a de nombreuses lacunes et contradictions lorsque l’on transpose la situation à la ville. « Cela saute aux yeux, par exemple lorsque l’on discute du rôle de la Funai dans l’aide à ces populations », commente-t-il. La Funai travaille actuellement à l’élaboration d’un recensement national des Indiens, ce qui serait inédit au Brésil. Cela permettrait d’établir des critères plus solides dans la définition de l’identité indienne afin de formuler une politique qui bénéficie à plus de monde.

Le village indien urbain

L’Etat du Mato Grosso do Sul compte aujourd’hui la deuxième concentration d’Indiens la plus importante du pays, situation qui se reflète dans la capitale, Campo Grande. Ville où vivent, selon les leaders locaux, entre sept mille et neuf mille Indiens, et qui se distingue par la mise en place de mesures pionnières en faveur des Indiens urbanisés. On y a créé, à la fin de l’année dernière, les logements sociaux Marçal de Souza, où habitent aujourd’hui environ 170 familles Terena. Avec des maisons rappelant les huttes traditionnelles par la forme de leur toit, un mémorial de la culture indienne, une école pour la préservation de leurs tradition et même une radio communautaire, Marçal de Souza est populairement connue par le terme de « premier village indien urbain du Brésil ».

D’après Enir Bezerra, leader Terena du mouvement pour la création de Marçal de Souza, l’histoire de la communauté remonte aux années 70, lorsque la Funai a hérité d’un terrain à Campo Grande pour la construction d’un hôpital indien. "Rien n’avait été fait. Les propriétaires terriens avaient occupé le terrain et la justice allait sans doute leur accorder", raconte-t-elle. "C’est là qu’a surgi l’idée d’envahir la terre". Le 9 juin 1995, à 4 heures du matin, 20 familles Terena occupent l’endroit et leur nombre augmente en quelques jours. Sans eau ni infrastructures, le lieu est vite devenu une véritable favela indienne. Dans les années suivantes, la préfecture a construit des maisons et a régularisé la situation.

Pour Enir, le village indien a été important pour la préservation des valeurs culturelles des Indiens dans la ville ainsi que pour la fierté des habitants. "Beaucoup avaient honte d’être indiens, aujourd’hui ils en sont fiers", affirme-t-elle. Elle évoque, avec tendresse, certains souvenirs comme, par exemple, la cuisine collective qui a fonctionné pendant un certain
temps. « Je dis souvent que pour l’Indien, tout est dans le présent, et le présent dans la collectivité », dit-elle. "C’est une caractéristique très importante de la culture indienne."

En plus de Marçal de Souza, Campo Grande a développé, en banlieue, un type de logements semblables : le village indien Água Bonita [Belle eau], créé cette fois par le gouvernement de l’Etat, abritant 60 familles issues de cinq ethnies différentes. Les Indiens se sont aussi installés dans le quartier Jardim Noroeste, où 80 familles luttent pour la régularisation des terres.

Malgé ces progès, une étude réalisée dans la ville par Vanderléia Mussi, chercheuse au Conseil National du Développement Scientifique et Technologique (CNPq), montre que les Indiens des villes ont encore un long chemin à parcourir pour parvenir à une insertion plus égalitaire sur le marché du travail urbain. Selon l’étude, à Marçal de Souza, 71% des travailleurs reçoivent l’équivalent d’un salaire minimum ou moins (un salaire minimum = 300 reais soit environ 114 euros par mois). Au village d’Água Bonita, le chômage touche 48% des travailleurs. En mai 2005, les Indiens ont conquis un nouvel espace sur la scène politique nationale avec la création du Conseil Municipal des Doits et de la Défense des Peuples Indiens de Campo Grande. Cet organisme, composé des chefs de neuf tribus, est chargé d’élaborer des politiques municipales en faveur des Indiens et d’orienter les pouvoirs publics lors de leurs applications. « Le Conseil est un exemple pour le Brésil » se félicite son président Adierson Mota, Indien terena. « A présent nous allons décider de ce qui est le mieux pour nous et présenter nos revendications au préfet directement. » Le recensement des Indiens à Campo Grande, les quotas qui leur sont accordés dans les concours de la fonction publique et dans la construction de logements municipaux, la régularisation de la documentation des Indiens urbanisés et des projets de formation professionelle sont quelques-unes des revendications prioritaires en discussion actuellement.

Le conseiller municipal Athayde Nery (du PPS, Parti Populaire socialiste), auteur du projet qui a créé le Conseil, est persuadé que les Indiens doivent comprendre comment fonctionne la distribution des richesses dans la municipalité, pour pouvoir, une fois organisés, revendiquer et formuler des lois en leur faveur. « Ils ne peuvent pas être sous notre tutelle., affirme-t-il. »Nous nous battons pour que l’Indien cesse d’être traité comme un enfant, comme un être sans défense."

Santé et éducation

Dans tout le Brésil, la recherche d’un meilleur accès aux services de santé est l’une des principales raisons qui justifient le déplacement des Indiens vers les villes. C’est le cas de Eliete de Oliveira, Indienne Terena, vivant à Campo Grande. Aujourd’hui mère de quatre enfants, Eliete a perdu sa fille aînée, victime d’une leucémie, peu après leur départ du village. « La maladie n’a été identifiée qu’une fois en ville, déjà à un état avancé. Si je l’avais amenée plus tôt, ça aurait probablement été différent », se lamente-t-elle.

Toutefois, en ville, le système de santé n’accueille pas toujours les malades à bras ouverts. Les histoires d’Indiens non pris en charge dans les postes du Système Unique de Santé (SUS) sont fréquentes, sous le prétexte que cette responsabilité reviendrait à la Funasa, organisme qui a pour principe de ne pas soigner les Indiens des villes. D’autre part, concernant la santé des Indiens en ville, il faut tenir compte de certaines spécificités, comme par exemple, la résistance culturelle dont font preuve certaines tribus par rapport à l’exhibition du corps féminin, les difficultés de communication, les conflits éventuels avec la médecine traditionnelle et la forte incidence des maladies dans certaines tribus.

José Maria de França, directeur du département de santé des Indiens de la Funasa, affirme que cet organisme réalise, depuis 2003, dans tous les districts sanitaires indiens du pays, la formation des professionnels du SUS pour que les municipalités soignent les Indiens urbanisés, en tenant compte de leurs spécificités. « Nous croyons que cela serait plus pratique pour eux afin qu’il n’aient pas à aller consulter dans les postes de santé des villages », ajoute-t-il. França admet cependant que la désinformation persiste sur qui doit se charger de la santé des Indiens urbanisés et que, dans certaines situations, le SUS local refuse d’assumer ce type de prestations.
Par ailleurs, les communautés d’Indiens réclament aussi des politiques différenciées en matière d’éducation dans les villes. La Constitution de 1988 a garanti aux peuples indiens le droit à une éducation comprenant certaines particularités, comme l’usage de la langue maternelle et l’établissement d’un programme adapté à la tradition de ces populations.

Il n’existe au Brésil aucun type d’école urbaine qui corresponde aux critères du Ministère de l’Education sur cette question. La création d’écoles spécifiques dans les villes est perçue par les Indiens et les non Indiens comme une stratégie fondamentale en faveur de la préservation de la culture et de l’identité des différents groupes urbains. Ce que l’on attend de ces écoles en termes pédagogiques reste une question en suspends. Kleber Gesteira, coordinateur général de l’Education Scolaire Indienne du Ministrère de l’Education, explique que le gouvernement cherche la meilleure façon d’affronter le problème, mais qu’il n’y a encore aucune action concrète dans ce sens. Le Ministère a pour tâche de coordonner et d’accompagner la formulation et l’implantation de politiques en matière d’éducation pour les communautés indiennes, dont la responsabilité effective revient aux municipalités et aux Etats. Parmi les difficultés existantes, Gesteira souligne le manque de renseignements sur la quantité et la localisation des Indiens dans les villes, la diversité des ethnies et l’heterogénéité dans la maîtrise de la langue maternelle et portugaise. « Nous avons conseillé aux autorités de se fier aux paramètres du Ministère de l’Education pour traiter de l’éducation des Indiens et, dans la mesure du possible, d’établir des actions qui tiennent compte de leur situation », dit-il.

C’est ce que tente de réaliser actuellement l’Ecole Municipale Sullivan Silvestre Oliveira, fondée en 1997 dans le lotissement Marçal de Souza. Elle est fréquentée par 385 élèves, soit environ 30% de la communauté, et par trois professeurs Indiens. D’après Lucimar Marques, la directrice, l’un des principaux objectifs de l’école est de travailler sur des questions qui touchent à la diversité culturelle. « Au départ, lorsque nous demandions à la classe qui était Indien, personne ne se manifestait », se souvient l’institutrice Maria Auxiliadora Bezerra, Indienne Terena. « Aujourd’hui, y compris ceux qui ne sont pas Indiens lèvent la main. »

Il y a quelques années, la matière Langue et Culture Terena faisait même partie de l’emploi du temps. A présent, l’école fournit aux élèves indiens un cours sur le thème en dehors des horaires de cours. Toutefois, les places sont assez limitées et il y a un manque de matériel didactique. Autrefois, des cours de nuit étaient proposés aux adultes de la communauté, mais ils ont été interrompus.

Tous les ans, lors de la Journée de l’Indien, l’école organise la Foire Culturelle Indienne, où les élèves présentent des œuvres artistiques et exposent leurs travaux sur l’artisanat, les plantes médicinales et d’autres aspects de leur culture. A Manaus, le préfet Serafim Corrêa (du PSB, Parti Socialiste Brésilien) a promis, lors de sa campagne en 2004, de mettre en place une politique en matière d’éducation des Indiens, initiative inédite au Brésil. Une enquête du Secrétariat Municipal de l’Education et de la Culture (Semed), a identifié 273 enfants indiens non scolarisés dans cinq communautés urbaines. Le projet serait de créer huit écoles spécifiques pour ces enfants, ainsi que trois centres linguistiques et culturels pour les enfants inscrits dans des écoles communes. L’embauche de dix professeurs indiens qui travailleront sur le projet a été annoncée.

Ville ou village indien ?

Si d’un côté on se félicite des réussites ponctuelles, il existe aussi parmi les leaders de différentes tribus une appréhension concernant l’impact qu’aurait l’adoption de mesures systématiques dans les villes sur la vie quotidienne des Indiens. « La construction de villages dans les villes peut avoir une conséquence très néfaste, qui est l’abandon par ces personnes des terres ancestrales », affirme Hilário da Silva, de la tribu Kadiweu, président du Conseil Local de Santé Indienne du Mato Grosso do Sul.

Enir Bezerra admet que la création Marçal de Souza a généré un exode rural. « C’est ce que veulent les propriétaires terriens », clame-t-elle. Elle reconnaît qu’aujourd’hui elle ne réaliserait plus une telle opération. « Ma lutte a changé à présent, c’est l’heure de mettre en place des mesures pour que l’Indien n’ait plus à sortir de son village », dit-elle. Pour elle, la vie au village offre une grande liberté, alors que dans la ville, il est toujours reclus sur un petit bout de terre. « Si je le pouvais, même moi je retournerais dans le mien. »

Jecinaldo Saterê Mawé, coordinateur général de la Coiab, est d’avis que le niveau de vie des Indiens est bien pire à la ville qu’à la campagne, l’individu étant confronté à certains dangers comme la prostitution et la drogue. « Il est nécessaire de renforcer l’aide dans le sens opposé, dans les villages. Sinon, nous allons être confrontés à un sérieux problème », prévient-il. D’après le conseiller municipal Athayde Nery, il est indispensable de développer des mesures qui englobent toutes les sphères du gouvernement, « de manière à ce que les Indiens soient traités avec dignité en ville et qu’ils aient les moyens de rester en milieu rural s’ils le souhaitent. »






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