dernière mise à jour le 17 avril 2014

Un rapport inédit aborde la question du monopole de la production d’éthanol au Brésil

6 février 2012
par Herivelto Quaresma


Le rapport intitulé « Monopole de la Production d’éthanol au Brésil : la fusion Cosan-Shell » a été publié le 13/10/2011 par le Réseau Social de la Justice et des Droits de l’Homme.


Par Herivelto Quaresma - Consciência.net - 13 octobre 2011

Traduction : Véronique Phelut et Roger Guilloux pour Autres Brésils

L’étude, qui se concentre sur la fusion Cosan-Shell, fait le point sur les tendances les plus récentes dans le secteur de la canne à sucre et analyse le rôle de la production d’éthanol au Brésil. Ce document permet de vérifier l’existence d’un « processus croissant de formation de monopoles dans le secteur » et notamment avec la participation d’entreprises pétrolifères. Outre la société Shell, les groupes BP (British Petroleum) et Petrobrás ont commencé à contrôler une part significative de la production d’agro-combustibles dans le pays.

La plus grande concentration de capitaux est accompagnée d’une augmentation de l’expansion territoriale de la monoculture de canne à sucre, principalement dans les zones ayant accès aux infrastructures, telle que la région sud-est et les autres régions possédant des bassins hydrographiques étendus, comme le Cerrado. « Ce mouvement montre que la soi-disant ‘compétitivité’ de l’éthanol brésilien sur le marché international est basée sur la nécessité de s’approprier plus largement les ressources naturelles, la terre et l’eau par exemple », estime le rapport.

La pression exercée par le Partido Ruralista [1] au Congrès National pour modifier le code régissant l’exploitation forestière fait partie de ce contexte, expliquent les auteurs du rapport. « Ainsi, l’efficacité tant vantée de ce secteur est-elle prise en défaut dans la mesure où l’on constate une baisse du niveau de productivité et qu’au même moment augmentent les pressions de l’agro-business visant à faire reculer les zones de préservation de l’environnement ».

Le Mythe de ‘l’efficacité et la compétitivité’ de l’éthanol brésilien

Les formes d’acquisition des terres pour l’expansion de la monoculture de la canne à sucre se font via l’affermage, c’est-à-dire, « via la substitution de la production d’aliments, ou de l’avancée de la frontière agricole ». Ce processus, conclut le rapport, « est lié à la crise économique internationale et à un mouvement de capitaux financiers qui gèrent une bulle spéculative, ce qui provoque une forte augmentation du prix de la terre et des aliments ».

Le discours sur la ‘modernisation’ de la production d’éthanol sert également à couvrir la recrudescence de l’exploitation du travail, concluent les auteurs du rapport. Tout au long de l’étude, ils ont démontré que le ‘retard’ du secteur n’était pas la cause des cas de non respect
droits du travail. « Au contraire, nous avons constaté que la mécanisation prépondérante de la coupe de la canne aggrave l’exploitation des travailleurs. Autrement dit, la logique de ce modèle de production est basée sur la surexploitation du travail, ce qui nous permet de démasquer le mythe de la supposée ‘efficacité et compétitivité’ de l’éthanol brésilien ».

Les auteurs font ressortir le taux élevé d’endettement et l’insolvabilité de l’industrie de la canne à sucre – un fait dont la preuve est la dépendance des emprunts à taux subventionnés que la Banque Nationale de Développement Economique et Social (BDNES) a octroyé au secteur de production d’alcool et de sucre. Année après année, les entreprises du secteur de la canne à sucre demandent la remise et l’étalement de leurs dettes auprès des banques d’états, outre les diverses formes de subventions et d’aides fiscales.

« Ces données nous amènent à la conclusion suivante : le véritable ‘produit’ de ce secteur n’est pas la canne à sucre, le sucre ou l’éthanol, mais une énorme dette financière, sociale et environnementale. Cette constatation nous aide à expliquer le maintien des mécanismes de surexploitation du travail et d’un modèle agricole basé sur la monoculture et les grandes propriétés rurales (latifúndio), qui nécessite d’augmenter l’appropriation de biens naturels. Par conséquent, seule une transformation de ce modèle serait capable de surmonter les crises simultanées des secteurs économique, social et environnemental », conclut l’étude.

Le rapport complet est disponible en pdf et en portugais : http://www.social.org.br/revistacosanshel.pdf


Note :

[1] Ruralistas : groupe parlementaire des grands propriétaires terriens, éleveurs et autres, partisans
de l’agrobusiness.






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