A qui profite le sucre ?

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Le texte qui suit est tiré du site http://sucre.ethique.free.fr/
Le collectif de l'éthique dans le sucre est une association loi 1901 qui a pour objectif de regrouper des personnes ou groupes d'individus, des consommateurs européens et des acteurs sud-américains désireux d'humaniser la mondialisation dans le secteur sucrier.


Le sucre, moteur de l'esclavage


Le sucre traditionnellement cultivé en Amérique Latine, notamment au Brésil, est à l'origine d'un des plus grands crimes de l'humanité : l'esclavage de dizaines de millions d'êtres humains sur plus de 14 générations...
Napoléon Bonaparte imposa un blocus continental au début du 19 ème siècle sur le sucre de canne obligeant l'Europe à se doter d'une industrie sucrière à partir de la betterave. Indirectement, cette mesure eut un rôle déterminant dans la fin de l'esclavage! Le sucre reste, jusqu'à maintenant, une denrée stratégique pour de nombreux pays et les droits de douanes européens sont actuellement de plus de 225 %. Avec la mondialisation, par le biais de l'O.M.C., la " forteresse " Europe devrait s'ouvrir au sucre sud-américain d'ici à 2006. Conséquence directe : un sucre récolté par des esclaves des temps modernes qui sera consommé par nous, européens ! Forcées ou opportunistes, de nombreuses entreprises européennes ont devancé cette échéance économique importante en s'implantant au Brésil. De fait, l'embargo de Cuba, traditionnel producteur de sucre - la zafra - empêche les investissements locaux. Au Mexique, les autorités viennent de renationaliser afin de pouvoir mieux privatiser ses plantations de cannes à sucre, notamment pour le marché nord-américain. L'île de Cuba va jusqu'à acheter du sucre du Brésil…


Le marché mondial : une nouvelle donne vers plus de misère


Sous prétexte d'ouvrir aux pays pauvres de nouveaux marchés, l'O.M.C. fait pression sur les nations les plus développées pour qu'elles ouvrent leur agriculture. Grosse dévoreuse du budget de l'Europe - plus de 65 % - l'agriculture européenne devra donc laisser peu à peu la place à la construction des nouveaux Etats membres européens, avec une première vague d'adhésions prévue dès 2004 puis en 2006/2007.C'est justement 2006 que les technocrates européens ont choisit comme la date de départ de l'ouverture du marché sucrier européen. En 2002, sur les 130 millions de tonnes consommées mondialement, seulement 35 millions de tonnes étaient commercialisées sur le marché
" libre ", soit un peu plus du quart ! Ce sont pas moins de 63 milliards de francs en 2001 de chiffre d'affaires mais avec potentiellement 253 milliards de francs ; près de 39 milliards d'Euros.
Le Brésil reste la première puissance exportatrice mondiale et, dans le cadre d'accords entre le Mercosur et l'Union européenne, souhaiterait voir la question sucrière être traitée de manière spécifique. L'O.M.C. conseille un droit de douane moyen de 31.5 %. Mais même le très libéral Chili protège son économie avec des taux allant à près de 100 %… Ce ne sera plus le cas de l'Europe en 2006 ! Permettre aux multinationales d'acheter sur la misère du monde pour le vendre au prix le plus fort ne donne à terme qu'une paupérisation de tous et c'est bien le choix (ou la lâcheté) de l'O.M.C. avec les matières premières comme le sucre.


L'Europe: un devenir incertain mais des gains colossaux pour certains


La France est la première puissance sucrière de l'Union Européenne, qui est le deuxième exportateur de sucre au monde. Ces exportations sont possibles grâce à des subventions (ou compensation) liée à la Politique agricole Commune - PAC. L'Union Européenne devrait graduellement faire disparaître ses subventions à partir du 1er janvier 2007 et abaisser les droits de douanes.
Actuellement, 70 % de la consommation de sucre est réalisée par les industries agroalimentaires (IAA). Les I.A.A. verraient certes d'un bon œil une baisse de cette matière première. Coca Cola, Danone, Unilever et de très nombreuses industries agroalimentaires verraient alors leurs marges bénéficiaires conformées à petit prix et satisfaire ainsi leurs actionnaires grâce à une matière première moins chère. Cola Cola dans l'Union Européenne consomme à elle seule 1 million de tonnes pour plus de 720 millions d'euros : une baisse de 10 % du prix du sucre entraînerait un gain financier de près de 72 millions d'euros.
Face à la déferlante prévisible du sucre des pays émergents, et notamment du Brésil, les entreprises ont pris les devants et le secteur connaît de très fortes restructurations depuis le début 2000. Les entreprises européennes s'implantent soit sous la forme de fusions acquisitions soit sous la forme de co-entreprises (joint-ventures) ou encore sous forme de bureau de négoces et de partenariats. En premier lieu les négociants en
sucre : Sucden, (franco-anglais) premier acteur sur le marché libre a crée un partenariat au Brésil sous la forme de co-entreprise ; Louis Dreyfus (Franco-anglais) a pris le contrôle de sa trading Coinbra au Brésil ; Tate&Lyle (GB) avec un partenariat d'approvisionnement avec des producteurs et une entrée dans le capital de Cosan à hauteur de 10 % ; Alcotra SA (Suisse) qui s'approvisionne depuis 2003 en alcool brésilien et ceci régulièrement jusqu'en 2007 ; Glencore (suisse) avec le contrôle de
51 % du capital de Refinadora Catarinense. Mais également les producteurs : Union SDA (France) a passé un accord avec Sucden et le premier producteur Brésilien COSAN ; Beghin Say (France) qui contrôle du numero 3 brésilien GUARANI ; Eridania - Edison (Italien) qui possède 36 % du capital de Guarani.
L'objectif est évidemment de s' assurer une source " compétitive " d'approvisionnement. Certains experts parlent au Brésil d'une compétitivité 10 fois supérieure par rapport à l'Europe occidentale : c'est justement la différence de salaires minimaux entre la France et le Brésil. Cependant les conditions d'exploitations sont déplorables d'où en grande partie cette différence de prix qui feraient la fortune de ces gens !

Conclusion : préparer l'avenir d'après 2006 dès maintenant !
En 2007 il sera trop tard !