|
Retour
Le débat sur
le système des quotas se renforce et occupe de nouveau l'espace
médiatique suite à la décision de l'Université
de l'Etat de Rio de Janeiro (UERJ) d'appliquer la loi réservant
un certain nombre de places aux élèves noirs et métisses.
Selon Hélio Santos**, il y a quatre arguments fondamentaux contre
l'application de cette discrimination positive : elle est contraire au
principe d'égalité ; elle remet en cause le principe du
mérite ; elle masque le problème structurel de l'inégalité
due à la pauvreté ; et le métissage qui la rendrait
inapplicable à cause de l'impossibilité de déterminer
qui est noir au Brésil.
Tous ces arguments s'alternent dans le débat actuel révélant
ce qu'il y a de mieux dans les quotas c'est-à-dire leur capacité
à démasquer le racisme, la discrimination raciale et à
expliciter la véritable nature de ces idéologies : la
légitimation des privilèges raciaux et sociaux. Ils obligent
les divers intérêts engagés et les bénéficiaires
de l'exclusion à se manifester. Et c'est pour cela que les quotas
peuvent galvaniser l'opinion publique parce que le monopole historique
des groupes raciaux dominants ayant accès aux positions sociales
les plus hautes se trouve menacé. Pour le préserver,
plusieurs discours sont mis en avant.
La défense d'une école publique de qualité, vieille
revendication des classes populaires, entre dans la rhétorique
des classes moyenne et aisée comme solution pour empêcher
que les exclus du droit au savoir ne souillent avec leur " bas niveau
" le bastion de la reproduction des élites constitué
par les universités publiques qu'elles ont privatisé.
La presse apporte sa contribution en construisant un consensus négatif
sur la question soit en prenant une position éditoriale, soit en
préférant offrir ses espaces aux détracteurs et en
occultant ou en donnant des espaces plus petits aux défenseurs.
Ils s'articulent sur le double intérêt du maintien du status
quo excluant et, comme l'avance le sociologue José Ricardo dans
un article sur " Lista Racial on line ", " cette campagne
contre le système des quotas montre l'intérêt des
écoles privées et du monopole de ces cours qui préparent
à l'examen de fin d'études secondaires horriblement chers
qui voient ainsi diminuer leur nombre d'élèves reçus.
Et qui possèdent une grosse part du marché publicitaire
dans ce type de média ".
Pour compléter ce rouleau compresseur, le monde juridique se
mobilise en réaffirmant la conception libérale classique
de l'égalité qui, comme le souligne Norberto Bobbio
dans Liberalismo e democracia, est un principe égalitaire
car " il élimine une discrimination antérieure".
Cet artifice masque intentionnellement les nouveaux sens que la lecture
contemporaine vient donner aux notions de démocratie et d'égalité,
abandonnant le caractère formel qui leur a été donné
dans la tradition libérale qui est formulé de la façon
suivante par Bobbio:
" l'égalité des droits comprend l'égalité
dans tous les droits fondamentaux énumérés dans une
constitution, du moment que peuvent être définis comme fondamentaux
ceux et seulement ceux dont peuvent bénéficier tous les
citoyens sans discrimination de classe sociale, de sexe, de religion de
race, etc. ".
A l'opposé de ce point de vue, les détracteurs du système
des quotas contribuent à en finir une fois pour toutes avec le
vieux mythe de la démocratie raciale. Grâce aux quotas,
le racisme brésilien se voit contraint d'abandonner sa
" cordialité " hypocrite.
Pour finir, un autre type de message est employé. C'est celui
qui cherche à faire honte et à stimuler chez les Noirs le
complexe d'infériorité et de culpabilité quant à
leur entrée dans les universités via les quotas en les induisant
à considérer que les quotas seraient une preuve de leur
incapacité, que leur entrée dans ces conditions signerait
la mort de l'enseignement supérieur. Ce sont des arguments
qui convient les Noirs à accepter la compétition inégale
instituée ou à se conformer à la prédiction,
imposée par le racisme, que les titres universitaires demeurent
un monopole des groupes sociaux et raciaux dominants. La boucle ne
pourrait être bouclée sans le concours de la victime. Il
faut la rendre complice de son exclusion pour que l'appareil idéologique
acquiert sa légitimité complète. Pour cela des
espaces généralement inexistants sont offerts aux Noirs
dans les médias pour que quelques-uns donnent leur voix pour défendre
les thèses des " patrons ".
(13/11/2003)
Source : CMI - Brésil
Traduction : Sandrine Lartoux pour Autres Brésils
* Sueli Carneiro est chercheur au CNPq et directrice du Geledés
- Institut de la Femme Noire.
** Helio Santos est professeur à l'Université de Sao Paulo
(USP)
|
|