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Un extrait de Les
raisins de la colère, 1939 de John Steinbeck :
[...]
Et les grands propriétaires terriens auxquels un soulèvement
fera
perdre leurs terres - les grands propriétaires qui ont accès
aux leçons
de l'histoire, qui ont des yeux pour lire, pour reconnaître cette
grande
vérité : lorsque la propriété est accumulée
dans un trop petit nombre de
mains, elle est enlevée. Et cette autre, qui lui fait pendant :
lorsqu'une majorité a faim et froid, elle prendra par la force
ce dont
elle a besoin. Et cette autre encore, cette petite vérité
criante, qui
résonne à travers toute l'histoire : la répression
n'a pour effet que
d'affermir la volonté de lutte de ceux contre qui elle s'exerce
et de
cimenter leur solidarité. - les grands propriétaires terriens
se
bouchaient les oreilles pour ne pas entendre ces trois avertissements
de
l'histoire.
La terre s'accumulait
dans un nombre de mains de plus en plus
restreint ; l'immense foule des expropriés allait grandissant et
tous
les efforts des propriétaires tendaient à accentuer la répression.
Afin
de protéger les grandes propriétés foncières
on gaspillait de l'argent
pour acheter des armes, on chargeait des indicateurs de repérer
les
moindres velléités de révolte, de façon que
toute tentative de
soulèvement pût être étouffée dans l'oeuf.
On ne se souciait pas de
l'évolution économique, on refusait de s'intéresser
aux projets de
réforme. On ne songeait qu'au moyen d'abattre la révolte,
tout en
laissant se perpétuer les causes de mécontentement.
Les tracteurs qui
causent le chômage, les tapis roulants qui
transportent les charges, les machines qui produisent, tout cela prenait
de plus en plus d'extension ; le nombre des familles qui peuplaient la
grand-route augmentait sans cesse, et toutes convoitaient ardemment ne
fût-ce qu'une miette de ces grandes propriétés, de
cette terre qui
s'étalait à portée de la main de chaque coté
de la route.
Les grands propriétaires
se liguaient, créaient des Associations de
Protection Mutuelle et se réunissaient pour discuter des moyens
d'intimidation à employer, des moyens de tuer, d'armes à
feu, de
grenades à gaz.
Et toujours planait
sur leurs têtes cette menace effrayante - trois
cent mille - si jamais ils se rangent sous l'autorité d'un chef
- c'est
la fin. Trois cent mille malheureux affamés. Si jamais ils prennent
conscience de leur force, le pays leur appartiendra et ni les fusils,
ni
les grenades à gaz ne les arrêteront.
Et les grands propriétaires
qui, à travers les rouages compliqués
de leurs Compagnies Foncières étaient peu à peu devenus
des sortes de
puissances inhumaines, couraient à leur perte, employaient tous
les
moyens qui à la longue devaient amener leur perte. Chaque brutalité,
chaque rafle dans un Hooverville, chaque shérif adjoint promenant
sa
suffisance et sa morgue dans un de ces camps de misère, retardait
un peu
l'échéance, mais la rendait plus inévitable.
[...]
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