Les 20 ans du MST
Par Jean-Luc PELLETIER

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1984 - 2004 : le M. S. T. commémore vingt ans de lutte, de conquêtes,
mais aussi de deuils. Il entend donner à cet événement un relief
particulier, d'autant que le Brésil est dans une période favorable aux
progrès sociaux et qu'il est porteur d'espoirs pour beaucoup d'autres
pauvres en ce monde.

L'histoire sera le fil conducteur de ces commémorations. Elles
s'étaleront sur l'année 2004 et seront célébrées jusque dans le plus reculé
des acampamentos ou assentamentos.

Les 20 ans du MST

Le MST tient à insérer sa propre histoire dans celle, plus ancienne,
des luttes sociales populaires. Vingt ans d'existence c'est beaucoup au
Brésil pour un mouvement social. Aucun jusqu'à ce jour n'avait réussi à
exister aussi longtemps ni à s'organiser dans l'ensemble du pays. Cela n'a
pas surgi de rien, ni spontanément. A cette occasion, les membres du
mouvement sont invités à replacer le passé récent dans l'histoire des luttes
sociales afin de percevoir qu'ils en sont des acteurs et qu'elle continuera
après eux.

Cette histoire s'enracine, dès le début de l'époque coloniale, dans
les luttes des peuples indigènes tentant de résister aux bandeirantes
chasseurs d'esclaves ; dans les quilombos, ces communautés d'esclaves
fugitifs qui perdurèrent parfois plusieurs décennies et dont les descendants
existent toujours aujourd'hui ; dans la communauté de Canudos (Bahia) qui,
dans les années 1890, regroupa plusieurs dizaines de milliers de pauvres et
finit par être anéantie ; dans la résistance populaire du Contestado
(Paraná) aux appétits démesurés d'entreprises étrangères au début du XXe
siècle ; dans les Ligues Paysannes, le Mouvement des Agriculteurs Sans Terre
entre 1950 et 1964 ; enfin dans les communautés ecclésiales de base (CEB), créées
par l'église catholique et l'église luthérienne pendant la dictature
militaire (1964 - 1985) et s'appuyant sur la « théologie de la libération »
issue du concile Vatican II.

Il est possible cependant qu'en 1979, lorsque des paysans sans terre
occupèrent la fazenda Macali à Ronda Alta (Rio Grande do Sul) et que, dans
les états de São Paulo et du Mato Grosso d'autres luttes comparables
s'organisèrent, la conscience historique n'ait été alors que sous-jacente
chez ces précurseurs. Mais en 1984, la dimension historique et nationale de
l'action était présente chez les fondateurs du MST.

Ensuite celui-ci s'affirma chaque année davantage comme le porteur des
espoirs des pauvres et, pour cette raison, ne cessa pas d'être la cible des
attaques de l'élite possédante.
Les dix-neuf morts d'Eldorado dos Carajás
(Pará) assassinés en 1996 par la Police Militaire aux ordres du gouverneur
témoignent, parmi des centaines d'autres assassinats, de la violence des
luttes.

L'opiniâtreté finit en maints endroits par venir à bout des résistances : aujourd'hui
350 000 familles ont été installées soit 1,5 millions de personnes ; 85 coopératives, 400 associations de production/commercialisation/ service, 96 petits et moyens ateliers de transformation agro-alimentaire ont été créés dans 700 communes
.

L'éducation (1800 écoles, 3900 éducateurs), la santé, les activités
culturelles, la protection de l'environnement, sont autant de secteurs
d'activité menés parallèlement à celui de la production.

Fondamentales pour informer, éduquer, mobiliser, la culture et la
communication prennent une grande place dans la stratégie du mouvement : le
"Journal des Sans Terre" (mensuel), la revue "Sans Terre" (bimestrielle), 16
radios communautaires diffusent à tous informations et articles de réflexion
et d'analyse.

La réhabilitation de la culture paysanne, menacée comme ailleurs par
l'uniformisation médiatique, est d'une grande importance pour renforcer les
principes et les valeurs qui fondent l'action. En effet, à la différence de
nos vieux pays européens, les paysans sont souvent peu enracinés sur leurs
terres et dans leurs activités. Devant les difficultés des premières années
d'installation, la tentation est grande de renoncer et de regagner les
villes. Il importe donc, pour les paysans eux-mêmes, pour l'avenir de la
réforme agraire et celui de l'agriculture familiale, que l'appartenance au
monde paysan soit valorisée et reconnue dans toute la société.

C'est avec cette vision sous-jacente qu'ont été et seront célébrés les
événements les plus marquants de ce 20e anniversaire : le VIe Congrès
National du MST qui s'est tenu du 19 au 24 janvier 2004 et auquel Frères des
Hommes avait été invité et était représenté, l'inauguration de
l'École Nationale Florestan Fernandes où seront formés les cadres du
mouvement, le IVe Congrès de Via Campesina en juin prochain, la Semaine
Nationale de la Culture Brésilienne et de la Réforme Agraire ; par ailleurs,
de nombreuses activités sont prévues en plus de ces événements marquants
(cf. ci-dessous).

Le public visé est celui des 350 000 familles installées et des 140 000 autres
encore dans des campements mais aussi les organisations brésiliennes et étrangères impliquées dans le même combat et, d'une façon générale,
l'ensemble de la société brésilienne.

« Le chemin est encore long pour arriver au terme de la réforme
agraire au Brésil. Nous avons beaucoup de route à parcourir mais nous avons
aussi en permanence beaucoup d'énergie et de dévouement. On peut dire que ce
bien collectif appelé MST appartient aux générations futures. La
commémoration des vingt ans s'acquitte de l'obligation de poursuivre,
protéger et faire progresser l'organisation de cette lutte afin qu'elle ne
soit pas anéantie et que ne se perdent pas la mémoire, l'identité et les
racines historiques du Mouvement
».


Source : Frère des Hommes, Info Terra, n°45 - janvier 2004
Pour tout renseignement sur INFO terra, ou pour vous abonner
Tél : 01.55.42.62.63 - E-mail : vdm@france.fdh.org
Site : http://www.france-fdh.org/terra



Le MST fête ses 20 ans

Vingt ans : le bel âge… Vingt ans, c’est jeune, mais c’est déjà un
long parcours à l’échelle d’un mouvement social. C’est pourquoi le MST a
décidé de commémorer ses 20 ans de luttes et de conquêtes tout au long de l’
année 2004. « Commémoration » ne veut pas seulement dire « festivités » : c’
est aussi l’occasion de réfléchir sur le chemin parcouru, de l’évaluer, de
partager les connaissances acquises, de se souvenir des moments difficiles
et des moments de conquête, de renforcer les liens d’amitié et de solidarité
qui ont fleuri tout au long de ces vingt années, de renforcer l’identité et
la culture paysannes, et de continuer à sensibiliser la société brésilienne
sur la question de la réforme agraire…

Il ne s’agit donc pas uniquement de regarder en arrière mais, pour les
membres du MST, de vivre avec intensité cet anniversaire comme un moment
important dans la construction du Mouvement et comme une étape
supplémentaire dans la connaissance de la réalité et dans la transformation
de la société…

Ainsi, tout au long de l’année, dans les 23 états où le MST est
implanté, des activités seront organisées au niveau national, régional,
local, les activités nationales étant autant d’invitations à les reproduire
et les multiplier au niveau local…

Au programme : des moments forts tels que la Rencontre Nationale du
MST fin janvier (et qui marquera le début des commémorations), l’
inauguration de l’Ecole Florestan Fernandes cet été, la réalisation de la
Semaine Nationale de la Culture Brésilienne et de la Réforme Agraire (entre
avril et juillet), l’organisation d’un Concours National de poésie sur le
thème des 20 ans (entre mai et septembre), l’hommage rendu à des
personnalités importantes dans la lutte pour la terre et la remise du Prix
Lutte pour la Terre (août), l’organisation d’une campagne nationale «
Plantation d’arbres » (août-septembre), la réalisation d’expositions
artistiques commémoratives, des échanges avec Via Campesina (juillet), à l’
occasion de la 4ème conférence internationale de VC à São Paulo… Il faudra
compter également sur des éditions spéciales du Jornal dos Sem Terra et de
la Revue Sem Terra, la réédition de l’ouvrage « Histoire de la lutte pour
la terre et le MST », la production d’une vidéo sur les 20 ans et d’un CD
musical, la production et la vente d’articles à l’effigie des 20 ans du MST
(tee-shirts, porte-clefs, calendriers, casquettes etc... D'ailleurs, est
encore disponible à FDH le très bel agenda 2004 du MST - en portugais - qui
reflète bien l’esprit avec lequel le Mouvement aborde son 20ème
anniversaire – Prix : 10 € + port. Pour toute commande, contacter Laurence
Constantini au 01 55 42 62 63 ou vdm@france.fdh.org).

Certaines de ces activités seront relayées en France par Frères des
Hommes et par conséquent dans Info Terra.