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Campagne en faveur des Indiens Auteur : Frei Betto* |
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Chaque année
les évêques brésiliens (Conférence Nationale
des Évêques du Brésil, CNBB) lancent une Campagne
de fraternité à l'occasion du Carême. Cette année
[2002], le thème retenu était " Fraternité et
peuples indigènes - Pour une terre sans maux". Cette campagne
a été accompagnée de la publication d'un important
livret récapitulant l'histoire et la situation actuelle des Indiens,
proposant une réflexion et des pistes précises d'action
En 1500, selon le
livre de la campagne " Fraternité et peuples indigènes
- Pour une terre sans maux", 6 millions d'indigènes vivaient
dans la région, répartis en plus de 900 peuples de cultures
différentes. Aujourd'hui, la population indigène du pays
est de 550 438 personnes, appartenant à 225 peuples et parlant
près de 180 langues. Dans le monde, il y a 300 millions d'Indiens,
dont 40 millions sur le continent américain. Au Brésil,
près de 350 000 Indiens vivent sur leurs terres, et Les écoles devraient être les premières à valoriser la culture indigène comme antidote à notre société consumériste, qui maintient une relation utilitaire avec la nature, et juge négativement ceux qui ne se mettent pas à genoux devant l'argent. La terre est, pour les peuples indigènes, l'espace vital, sacré, où vivent les esprits ancestraux, et duquel on extrait les biens nécessaires à la vie sans nuire à l'équilibre écologique. De cette terre, ils n'attendent pas de gains, mais le bien-être de la communauté. Comme disait Xicão Xukuru, assassiné en 1998 en lutte pour son territoire, pour nous, la terre est comme notre mère. Elle nous donne toute sorte de fruits pour vivre, on doit la protéger et la préserver, en commençant par les pierres, les eaux, les forêts. L'influence indigène dans notre culture est visible, de la musique à la langue, des danses à l'alimentation, des croyances aux rites. Cependant, depuis 500 ans, les Indiens ont été exterminés par le génocide, l'esclavage, la prostitution, la destruction de leur religiosité, et par des politiques officielles qui cherchent à les intégrer à notre société, incapables de leur reconnaître le droit à la différence. Et pourtant, ils résistent, malgré les agressions des entreprises forestières et minières, des latifundistes et des laboratoires pharmaceutiques. L'Église catholique est, aujourd'hui, consciente de sa relation ambiguë avec les Indiens par le passé. A côté des défenseurs, comme Anchieta et Vieira, il y eut des missionnaires qui favorisaient l'exploitation de la main d'uvre indigène par le biais d'une catéchisation erronée. Maintenant, il s'agit de leur assurer le droit à la vie, en maintenant avec eux le dialogue interculturel et interreligieux, comme le font les surs de Foucauld parmi les Tapirapé, dans la région d'Araguaia. Réduits à 50 en 1950, deux ans plus tard arrivèrent les religieuses, sans intention de les catéchiser ou de leur imposer de nouvelles valeurs. Elles voulaient juste être solidaires. Aujourd'hui, la population tapirapé est de 475 personnes. Lors d'une rencontre de théologie indienne, réalisée en 1997 en Bolivie, les Indiens ont proposé que le missionnaire chrétien, à son arrivée dans une culture indigène, passe par un processus d'insertion, qu'il comprenne et assimile les valeurs, la cosmovision et les expressions religieuses, pour ainsi découvrir dans les cultures la marque de Dieu. Parce que l'inter-culturalisation, c'est le dialogue entre l'Évangile et les spiritualités indigènes. Menacés par les eaux qui détruisaient le monde - comme le dit une prière de la tradition guarani apapocuva, Guiraypoty, qui se réfugia avec sa femme sur le toit d'une maison, entonna le nheengaraí, le chant solennel guarani. Alors qu'ils allaient être avalés par les eaux, la maison bougea, tourna sur elle-même, flotta, monta jusqu'à arriver à la porte du ciel, où ils demeurèrent. Cet endroit s'appelle Yvy mara ei (la terre sans maux) Les plantes y naissent toutes seules, le manioc est déjà transformé en farine et le gibier arrive déjà mort aux pieds des chasseurs. Les personnes qui vivent en ce lieu ne vieillissent pas, elles ne meurent pas, et la souffrance n'existe pas. Il faut prêter l'oreille à l'appel de Maninha Xukuru-Kariri : " Nous espérons que dans un futur proche toute la société assume la question indigène comme sienne, comme partie de la construction historique de ce pays, histoire camouflée par des versions trompeuses, romantiques, mais qui a besoin d'être montrée sous son vrai visage. La société a besoin d'assumer la lutte indigène, et de même toutes les autres luttes sociales, celles des sans-terre, des enfants de la rue et tant d'autres, comme une question qui nous concerne tous." C'est cette solidarité que la campagne de la fraternité veut susciter. Il faut espérer qu'en cette année électorale, les programmes et les candidats prennent aussi en compte la question indigène. Se maintenir à l'écart de celle-ci, c'est faire une déclaration publique d'opportunisme électoral, puisque le vote des peuples de la forêt tropicale est insignifiant. Bien plus : ils sont nos racines et pratiquent, quand ils vivent en tribus, des valeurs qui pour nous ne sont encore que des utopies. * Frei Betto, théologien brésilien de l'Ordre des Prêcheurs, écrivain et journaliste, auteur du roman Uala o Amor. Source
: revue ALAI- America Latina en Movimiento, 20 février 2002 |
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