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La loi de la jungle Auteur : Ivan du Roy, avec Erika Campelo |
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Comment respecter la forêt et en vivre ? Alors que les ONG tentent de convertir les entreprises au développement durable, les petits fermiers sont la proie des gros propriétaires. Suite du grand reportage dans cette région où la loi du plus fort règne.
Puis, progressivement,
les gazouillements exotiques sortent la forêt tropicale de son bref
mutisme. Le chant caractéristique du " capitaine de la brousse
" reprend. La légende dit que cet oiseau avertit les autres
animaux de la présence humaine. Dans la semi-obscurité du
sous-bois, on distingue trois casques aux reflets orange s'approcher du
tronc long de plus de vingt mètres. Derrière sa barbe, Inacio
affiche une tranquille satisfaction. L'arbre que son équipe de
bûcherons vient de tronçonner s'est abattu dans la direction
choisie et n'en a pas entraîné d'autres dans sa chute. "
Avant de venir ici, je m'occupais de reboisement ", sourit-il.
Le terrain de 50 000 hectares, à 270 kilomètres à
l'est de Manaus, non loin du petit port d'Itaquatiara, appartient à
l'entreprise Mil Madereiras. Cette société aux capitaux
suisses est une exception en Amazonie : elle a obtenu le label FSC garantissant
" une gestion forestière écologiquement appropriée,
socialement bénéfique et économiquement viable ".
Sur trois mille entreprises forestières présentes dans la
plus grande réserve de bois du monde, à peine quelques-unes
sont certifiées. Course contre la montre Inacio s'accroupit,
gratte le sol et saisit une poignée de terre noire : la trace d'un
terrible incendie qui a ravagé la région il y a quatre mille
ans. " Ici, nous sommes correctement payés et nous exploitons
en préservant. Les gens commencent à s'apercevoir qu'ils
ont besoin de la forêt pour survivre. S'ils avaient pu prendre conscience
de cela trente ans plus tôt. Pour mon père par exemple, la
forêt n'est d'aucune utilité. " Un sifflement strident
vient interrompre ses réflexions. Une opération de remorquage
commence. Un tronc abattu, attaché à un câble relié
au treuil d'un tracteur, est amené sur le chemin, dernière
étape avant d'être transformé en planches. Inacio
est brusquement embarrassé : " Que pense Greenpeace de
nous ? " Vaches maigres et latex Maguary est un petit
village de Caboclos, des métis indiens, installé
sur les bords du Rio Tapajos, à une soixantaine de kilomètres
de Santarém. C'est l'une des vingt-quatre communautés (1
100 familles) qu'englobe la forêt nationale Tapajos (Flona), vaste
comme deux grands-duchés du Luxembourg, déclarée
parc national en 1974. Comment concilier une nécessaire activité
économique génératrice de revenus et la préservation
de la forêt primitive ? A Maguary, la solution a été
trouvée il y a trois ans, grâce à un atelier de confection
de sacs et de vêtements en latex. Chaque jour, les villageois récoltent
ce liquide blanc en incisant l'écorce des hévéas.
Le caoutchouc liquide est ensuite modelé en petits sacs et même
en combinaisons moulantes et autres dessous élastiques que les
Caboclos prennent un malin plaisir à présenter aux
visiteurs. Non seulement, la forêt est respectée mais leurs
revenus ont augmenté grâce aux touristes cariocas
(habitants de Rio de Janeiro) ou paulistes (habitants de Sao Paulo)
de passage à la station balnéaire voisine, Alter do Chao,
réputée pour sa superbe plage de sable blanc qu'ombragent
des cocotiers. Des chats et des esclaves Il a donné
l'ordre à son homme de main d'interdire à Raphaël et
à ses frères et surs de fouler du pied la propriété.
Pour se rendre à l'école - quatre heures de marche aller-retour
-, les enfants sont obligés de patauger, pieds nus, dans les larges
flaques qui émaillent la piste. Des flaques où la boue se
mélange aux insecticides et autres engrais chimiques. Les gamins
sont régulièrement malades. La famille de Raphaël n'a
pas de chance. Elle habite du mauvais côté de la route. Ici,
point de projet de développement ni d'aide aux communautés
locales. Combien de drames comme celui-ci dans une Amazonie peuplée
de 20 millions d'habitants ? Il y a pire. Malgré leur extrême
pauvreté, Raphaël et sa famille échappent au sort que
les grands propriétaires terriens et les exploitants forestiers
réservent aux populations pauvres là où règne
la loi des plus forts. Mouvements sociaux interdits Ceux qui s'enfuient
sont poursuivis par les pistoleros des grands propriétaires,
des policiers corrompus en général. La CPT les recueille
et les cache jusqu'à ce que l'inspection du travail diligente une
enquête. " Les délais sont parfois de quatre mois...
" Pendant ce temps, l'esclave en fuite risque sa vie et la propriété
est nettoyée : la ferme et ses esclaves se sont déplacés
dans une autre zone à déboiser. La CPT propose qu'une loi
fédérale pénalise l'esclavage, un crime qui n'est
pas juridiquement reconnu, et les fermiers qui y ont recours. Car ceux-ci
continuent de toucher les subventions de l'État. Le texte devrait
passer devant le congrès à l'automne. " En attendant,
le gouvernement Cardoso a inauguré une nouvelle période
: criminaliser les mouvements sociaux pour empêcher toute protestation.
Les procès, comme celui intenté contre le prêtre français
de la CPT, Henri Burin des Roziers à Maraba, remplacent les menaces
de morts. "
Encadrés L'hypocrisie des pays riches La plupart des projets
de développement, de recherche et de protection de l'environnement
en Amazonie sont soutenus financièrement par le PPG7 (Programme
du G7 pour la préservation des forêts tropicales). Même
le budget du ministère de l'Environnement brésilien dépend
davantage de la manne financière internationale que du budget fédéral.
Premier problème : le Brésil s'endette. L'argent prêté
par certains organismes internationaux comme la Banque mondiale devra
un jour être remboursé. Second problème : les sept
pays les plus riches (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon,
Royaume-Uni) devraient aussi balayer devant leurs portes. Avec la Chine
et la Russie, ils importent deux tiers du bois de construction, de pâte
à papier et du mobilier commercialisés chaque année
dans le monde. Près de 20 % de ce bois viennent d'exploitations
illégales, estime un rapport de WWF publié en juin 2002.
13 % pour la France. " Le bois illégal arrivant en France
provient essentiellement d'Afrique et du Brésil ", dénonce
le rapport. En 2000, selon Greenpeace, les États-Unis ont importé
plus de 20 millions de dollars d'acajou du Brésil, dont le commerce
est interdit. Cinq raisons de
préserver l'Amazonie 1. L'équilibre climatique Si la forêt disparaît, la température du sous-continent sud-américain augmentera de 4°C. Les pluies diminueront, les périodes de sécheresse s'allongeront. 2. Les puits de carbone Les forêts contribuent à stocker le dioxyde de carbone produit par l'industrie, une pollution responsable du réchauffement climatique. Lorsqu'une forêt brûle, le gaz à effet de serre est libéré dans l'atmosphère. Sur 7,5 milliards de tonnes de dioxyde de carbone rejetés par les activités humaines chaque année, entre 1,5 et 1,8 provient de la destruction des forêts tropicales par les feux de déboisement. 3. Le cycle de l'eau Ses rivières et fleuves (deux tiers du volume total des eaux de rivière de toute la planète), ses nappes phréatiques et sa couverture végétale font de l'Amazonie une des principales réserves d'eau douce au monde. La destruction de la forêt entraînerait une érosion plus importante et l'assèchement des cours d'eaux et des nappes phréatiques. 4. La biodiversité L'Amazonie abrite 40 % des espèces végétales et animales de la planète. 5. La lutte contre l'urbanisation sauvage Les populations locales
vivent des ressources renouvelables forestières. Les supprimer
signifierait l'exode pour les populations les plus pauvres et les plus
nombreuses vers des villes déjà surpeuplées.
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