Fausse route dans la lutte contre la tuberculose


Par María Lígia Pagenotto

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Le Brésil doit investir dans ses propres modes de traitement contre la maladie et laisser les méthodes des Etats-Unis, met en garde Fernando Fiuza de Melo, spécialiste de la tuberculose lors du Congrès de Médecine Tropicale à Belém.



Près de 60% des cas de tuberculose au Brésil sont aujourd'hui étroitement liés à la malnutrition et à la famine. L'apparition de l'épidémie du SIDA serait responsable de 20 autres pour cent des cas et le reste s'expliquent par des facteurs divers.

" La tuberculose au Brésil n'est pas institutionnelle, elle est sociale ", affirme le pneumologue Fernando Fiuza de Melo, médecin à l'institut Clemente Ferreira, organe du Secrétariat à la Santé de São Paulo. " Le Brésil recense près de 90 mille cas de tuberculose par an, ce qui place le pays parmi les 12 nations ayant le plus grand nombre de nouveaux malades au monde ", affirme le médecin.

La semaine dernière, Melo a participé au XXXIX Congrès de la Société Brésilienne de Médecine Tropicale, à Belém, état du Pará. Il attire l'attention sur un fait qui nuit gravement au contrôle de la maladie : cela fait presque 40 ans qu'un nouveau médicament pour soigner la tuberculose, transmise par le bacille de Koch, n'est pas mis au point. De plus, depuis les années 60, aucun pays ne s'est intéressé à investir dans la recherche et le développement de thérapie spécifique contre la maladie.

Selon l'organisation non-gouvernementale Médecins Sans Frontières, la tuberculose tue 2 millions de personnes par an - dont 98% dans les pays pauvres. " Les pays européens ont cru qu'ils étaient délivrés de la tuberculose, donc aucun crédit n'a été alloué à la recherche pour soigner la maladie pendant des années ", affirme Melo.

Il attire aussi l'attention sur l'évolution du profil du malade, au Brésil et dans le monde, sur les 200 dernières années, également thème de sa conférence au Congrès de Médecine Tropicale. " Après avoir décimé de nombreuses personnes, surtout les indiens au début de la colonisation brésilienne, la tuberculose s'est affirmée comme une maladie d'artistes et d'intellectuels. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, elle touchait l'élite, et a par conséquent concentré l'attention nécessaire aussi bien dans le pays qu'à l'étranger. La preuve en est dans les sanatoriums luxueux, destinés à l'accueil des tuberculeux, qui résistent encore au temps ", rappelle Melo.

Cependant, au fil des années, les caractéristiques des malades ont évolué. Au milieu du XXe siècle, avec la découverte d'un traitement spécifique, la tuberculose a pratiquement disparu. Certains pays européens ont pensé que la maladie était éradiquée. Et, dans les pays pauvres, ont souffert de la tuberculose ceux qui n'avaient aucune ressource. " Ce stigmate a été important pour la propagation de la maladie, associée à la pauvreté ", raconte Fiuza. " J'ai des patients appartenant à la classe moyenne qui m'ont dit préférer qu'on leur diagnostique un cancer plutôt que la tuberculose."

Avec l'apparition du SIDA, la maladie est revenue en Europe, au début touchant l'élite une fois de plus. " En général, le séropositif est encore un patient d'un niveau socio-économique plus élevé, surtout dans l'hémisphère nord ", observe le pneumologue. Dans les pays les plus pauvres, comme le Brésil, petit à petit l'épidémie du SIDA atteint les couches les plus défavorisées de la population. A cela s'ajoutent la malnutrition, la faim et la détérioration du réseau de santé publique, et voilà tracé le portrait du nouveau malade de la tuberculose. S'il ne reçoit pas les soins nécessaires, ce patient va mourir à cause du manque de traitement plus efficace et de sa faible résistance immunologique, due à la mauvaise alimentation.

Aujourd'hui, ce dont nous disposons pour soigner la tuberculose est une association de médicaments qui doivent être administrés pendant six à huit mois, toujours sous surveillance médicale, selon les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé. A cause des contraintes, il est difficile d'obtenir l'adhésion totale du malade.
" Beaucoup abandonnent la thérapie. Ce qui fait que le nombre de bacilles résistants aux médicaments augmente, ce qui complique l'affaire ", prévient Melo. D'où l'importance de nouveaux médicaments.

Les personnes âgées, parce que leur système immunologique est naturellement plus faible, sont aussi une nouvelle cible pour le bacille de Koch, rappelle le pneumologue.
" Le vieillissement de la population fait ressortir cette caractéristique. Ce sont des gens qui ont été infectés par le bacille lorsqu'ils étaient jeunes mais dont l'organisme s'est défendu contre l'attaque. Maintenant, en vieillissant dans des conditions inadéquates, la tuberculose ressurgit ", explique-t-il.

D'après lui, ces dernières années, le Brésil a négligé le traitement de la tuberculose.
" Nous avons connu de meilleures périodes. Nous sommes le premier pays du Tiers-Monde à administrer la thérapie combinée de médicaments. Nous avons aussi été le premier à les distribuer gratuitement. Mais aujourd'hui, la maladie a un fort aspect social et cela ne suffit plus ".

Récemment, la tuberculose a de nouveau été l'objet d'une attention spéciale au Brésil. C'est lorsque les Etats-Unis ont décidé de financer des recherches dans les pays du Tiers-Monde, pour éviter que la maladie ne se propage à nouveau chez eux. Le pneumologue a considéré cette mesure polémique. " Le Brésil a importé le modèle américain pour faire face à la tuberculose, ce que je considère être une erreur ".

A l'heure actuelle, des techniciens du Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC), organisme nord-américain de contrôle de la santé, dont le siège est à Atlanta, sont les responsables du programme brésilien contre la tuberculose. " Le gouvernement précédent a remis la tuberculose à l'intelligence nord-américaine, alors que nous avons ici un groupe traditionnellement impliqué dans le traitement de la maladie ", a dénoncé Melo. Selon lui, aujourd'hui toute la recherche faite ici sur la tuberculose est en rapport avec les besoins des Etats-Unis, très différents des nôtres.

" Le gouvernement brésilien a dépensé beaucoup d'argent dans des diagnostics sophistiqués pour la tuberculose, alors qu'il devrait se préoccuper d'autres choses, comme la formation de personnel spécialisé dans l'accompagnement des malades et dans l'éradication de la faim ", dénonce Melo. D'après lui, il est fondamental que le nouveau gouvernement repense la façon de traiter la maladie.

A Cuba, et le spécialiste est d'accord avec ce fait, l'équipe de lutte et de prévention contre la tuberculose comprend un nutritionniste qui sélectionne les aliments les plus importants pour éviter ou vaincre le bacille. " Le Brésil devrait en faire autant, car la majorité des cas est à mettre en relation avec le faim, je n'ai aucun doute là-dessus ", affirme-t-il.


Source : Agência Carta Maior, 2/4/2003

Traduction : Sandrine Lartoux, pour Autres Brésils, juin 2003