|
Retour
Le SIVAM (Système
de Vigilance de l'Amazonie), un des plus ambitieux projets de contrôle
électronique du monde, a commencé à fonctionner en
Amazonie. Ce projet a toujours été une véritable
épine dans mon pied.
Au début j'ai luté contre lui, dénonçant la
Raytheon et l'entreprise brésilienne responsable de l'intégration
du projet.
Passé la période des critiques, je suis allé voir
le SIVAM à l'uvre en Amazonie. J'ai été enthousiasmé
par ses possibilités. Il pouvait produire des données utiles
aux politiques publiques de gestion de l'environnement. J'ai pensé
qu'on pourrait utiliser ses énormes ressources informatiques pour
codifier toutes les langues parlées en Amazonie, ce qui serait
quelque chose de merveilleux pour le Brésil et pour l'humanité.
C'était trop beau. Avec le lancement du SIVAM et les dénonciations
autour des relations secrètes avec la diplomatie nord-américaine,
je crois avoir compris la véritable dimension du projet.
Je regrette avoir aténué mon opposition au projet, mais
je continue à espérer que dans le futur il pourra être
utilisé pour le bien du Brésil et des pays du Pacte Amazonien.
Faible espérance. La victoire nord-américaine a été
totale. Ils ont réussi à vendre leurs équipements
pour 1,4 milliards de dollards, somme énorme pour un pays plein
de problèmes sociaux à régler comme le nôtre.
Ils ont obtenu que toutes les informations recueillies leur soient communiquées,
c'est en tout cas ce qui ressort des documents officiels à Washington.
Le succès américain contre les intérêts des
Brésiliens ne s'arrête pas là. Ils ont obtenu que
les avions brésiliens soient utilisés pour protéger
les nez de leurs consommateurs de cocaïne. Notre tâche : bloquer
la cocaïne produite en Colombie et exportée aux USA.
Si ce n'était que ça, nous pourrions dire qu'il s'agit seulement,
comme dans les années 50, de quelques escrocs qui ont acheté
de l'équipement nord-américain avec notre argent pour servir
les intérêts US.
Mais le SIVAM représente aussi une ouverture pour la Loi de Destruction
en vol, approuvée par le Congrès. Cette loi consiste à
abattre les avions qui ne répondent pas aux ordres d'atterrissage.
Au Pérou elle a provoqué de nombreux accidents. Le dernier
a été la mort de la missionaire américaine Veronica
Bowlers et de sa fille Charity, qui voyageaient dans un petit avion avant
d'être abattues par la Force Aérienne péruvienne.
Cette victoire américaine ne se résume pas seulement à
l'obtention d'informations et au détournement du SIVAM en faveur
de ses intérêts. C'est une victoire sur la civilisation brésilienne,
car elle introduit la peine de mort par des chemins " infraconstitutionnels
".
Le Brésil, qui devrait être à l'avant-garde mondiale
de l'abolition, accepte l'introduction de la peine capitale sous une forme
encore plus barbare que les autres. Ici, il n'y aura pas de jugement et
on n'éxécutera pas seulement le pilote, mais tous ceux qui
seront à bord.
On ne peut pas demander l'aide de la Gauche, car elle a approuvé
cette mesure au Parlement. Seuls quelques juristes militants des droits
de l'homme se sont inquiétés du processus.
Que faire quand, à travers les soi-disants défenseurs de
la souveraineté amazonienne, les Nord-américains imposent
ici leurs plans de guerre ?
Prioritairement utilisé pour la lutte contre les narcotrafiquants,
ayant la possibilité de détruire les avions suspects ou
simplement incapables d'entendre les avertissements, le SIVAM sera en
vérité une extension du Plan Colombie, avec la différence
que, là-bas, ceux qui le financent sont les Américains eux-mêmes,
et ici, c'est nous.
Dans certains pays, cela mériterait la prison. Comme nous sommes
au Brésil, c'est peut-être moi qui irait en prison. Et je
ne serais peut-être pas si triste, car, en certaines occasions,
dans certaines conjonctures, la prison est le seul endroit du pays où
l'on peut respirer un peu de décence.
Source
: CMI Brésil
Traduit librement par Georges da Costa, 6 août 2002
* NdT : Fernando Gabeira
est né an 1941. Journaliste, écrivain, créateur du
Parti Vert. Il a participé à la lutte armée contre
la Dictature Militaire. En 1969, il a participé à l'enlèvement
de l'Ambassadeur américain, Charles Elbrick. Pendant longtemps
en exil, il reviendra à la faveur de l'amnistie de 1979. Il a été
élu Député Fédéral en 1994.
|