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Alors qu'en France, le gouvernement Raffarin
s'attaque ouvertement aux services publics (retraite, éducation,
santé, EDF, etc.), le président brésilien, Luiz Inacio
Lula da Silva, fait face à la première protestation importante
contre son gouvernement. A Brasilia [capitale fédérale],
quelque 20 000 fonctionnaires, convoqués par la Centrale Unique
des Travailleurs (CUT), ont manifesté contre le projet de réforme
du système de retraite.
Le projet, qui augmente l'âge donnant droit à la retraite
et réduit les rentes, touche principalement les travailleurs du
secteur public, vieux alliés du PT (Parti des travailleurs). Il
approfondit la division au sein du parti : les députés "radicaux"
ont menacé de voter contre ce projet, alors que des "modérés"
ont rallié la manifestation de protestation. Mais le gouvernement
a averti que, malgré les protestations, il ne changera pas sa réforme.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Lula, le 1er janvier 2003, on
n'a pas vu autant de personnes réunies sur L'Esplanade des ministères,
l'avenue où se concentrent les principaux édifices publics
du pays. "Ou il arrête la réforme, ou nous arrêtons
le pays" criaient les employé·e·s du secteur
public, qui étaient arrivés en bus de différents
états : Minas Gerais, Goias etc..
Paradoxalement, les manifestants ont reçu l'appui de 10 députés
du PT, ce qui a approfondi les divisions au sein du parti. Il y a ceux
qui restent fidèles au président et ceux qui l'accusent
de mettre en oeuvre une politique qui lui est dictée par le FMI.
Aux "radicaux", qui représentent 30% des 93 députés
du PT, se sont joints, hier, des députés "modérés"
qui, pour avoir été dirigeants syndicaux avec Lula, ont
toujours été du côté des manifestants lors
de telles mobilisations. Jusqu'à maintenant, seulement trois députés
et une sénatrice (Heloisa Helena) du PT ont publiquement déclaré
qu'ils voteraient contre la réforme de la Sécurité
sociale. La manifestation a coïncidé avec la mise en place
d'une commission de la Chambre des députés qui doit débattre
de la réforme.
Outre le fait que ce projet de réforme a déjà été
approuvé par une commission du législatif, il faut mentionner
qu'il est soutenu par divers partis, y compris certains de l'opposition.
Les fonctionnaires exigent que le projet soit retiré et négocié
avec les syndicats. "Cette revendication pourrait être ignorée
si elle n'avait pas obtenu un appui parmi des élus du législatif,
membres du PT" a affirmé l'observateur politique Franklin
Martins, sur le canal télévisé TV Globo. "Jusqu'à
maintenant, les députés du PT ne s'étaient jamais
sentis la cible d'une manifestation de travailleurs. Et leur indécision
peut être imitée par d'autres partis", ajoute-t-il.
Le mardi 12 juin, José Dirceu, chef de cabinet et bras droit de
Lula disait : "Le membre du PT qui se rend à la manifestation,
ou il veut défendre le gouvernement et être hué, ou
il veut prendre position contre le gouvernement." Cette mise
en garde s'est faite en vain. Après d'amples réunions, la
direction du PT a décidé que les membres pouvaient choisir
librement d'aller ou pas à la manifestation. Le président
du parti, José Genoino, a assuré qu'aucun membre ne serait
sanctionné pour avoir participé à cette manifestation,
bien que "le peuple n'ait pas élu les députés
du PT pour qu'il s'oppose au gouvernement".
Pour sa part, le député "modéré",
Chico Alencar, a affirmé : "qu'il est du devoir du PT de
manifester sa solidarité avec les employés du secteur public.
Presque 95% d'entre eux ont voté pour Lula". Afin de diminuer
l'impact de la manifestation, Lula a donné l'ordre à ses
ministres de se réunir avec une commission de représentants
des employés publics, pour écouter leurs revendications.
Dix syndicalistes ont été reçus, parmi lesquels le
président de la CUT, Luiz Marinho. "Jusqu'à maintenant
le gouvernement ne négocie qu'avec les gouverneurs [des Etats de
l'Etat fédéral] et se limite a écouter les syndicats,
sans négocier", a-t-il dit.
Par la suite, Dirceu et les ministres de la Sécurité sociale,
Ricardo Berzoine, et de la Planification, Guido Mantega, ont fait savoir
à la commission parlementaire qu'ils ne modifieraient pas leur
proposition de réforme du système des retraites.
Simultanément, diverses organisations paysannes, parmi lesquelles
le MST (Mouvement des paysans sans terre), ont présenté
une lettre de revendication au Congrès. Elles demandent à
Lula qu'il applique la réforme agraire [le ministre de la réforme
agraire est Miguel Rossetto, membre du courant Democratie socialiste du
PT], qu'il mette fin au système des latifundios [les grandes
exploitations] et qu'il renonce à l'ALCA [ou ZLEA, zone de libre
échange des Amériques].
Article publié
dans le quotidien argentin Pagina 12 le 12 juin 2003.
Source
: La Gauche, 16 juin 2003
Revu par G. da Costa
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