|
Retour

©
Photo Bia Barbosa
Introduction
:
Le 12 octobre est officiellement le jour anniversaire de la Découverte
des Amériques par Christophe Colomb (Colombus Day), mais c'est
aussi, et pour la sixième année consécutive, la journée
du Cri des Exclus (Grito dos Excluidos) : une manifestation à l'échelle
du continent américain qui, cette année, a résonné
dans 23 pays, notamment au Pérou, en Equateur, en Bolivie, en Colombie,
en Argentine, au Honduras et au Brésil. 23 pays où, simultanément,
les mouvements sociaux qui luttent pour « une autre société,
juste, solidaire et durable », font entendre leur voix, et dont
les protestations visent, toujours à l'échelle continentale,
la croissante militarisation de l'Amérique latine et les négociations
en cours de traités de libre-échange bilatéraux ou
régionaux avec les Etats-Unis - nouveau front continental qui avait
émergé suite au Forum des Amériques, tenu à
Quito en juillet dernier.
Au Brésil, les manifestations se sont orientées surtout
contre les négociations en cours avec l'Union Européenne.
La journée du 12, dans certains pays, n'est que le premier jour
d'une longue série de manifestations à venir d'ici la fin
de l'année (contre l'ALCA par exemple).
Le Cri des Exclus trouve également une expression nationale, et
au Brésil, c'est le 7 septembre, jour de l'Indépendance...
Cette année, la dixième, le « cri » contre l'exclusion
sociale, a résonné dans 1800 localités brésiliennes,
et mobilisé près d'un million de personnes. Une mobilisation
croissante d'année en année, preuve à la fois d'une
augmentation continue de l'exclusion, mais aussi de la prise de conscience
par ces franges de la population, c'est-à-dire tous les «
sans », et grâce au travail réalisé par les
mouvements sociaux, que le changement ne peut arriver que par une pression
de la rue, et qu'elles doivent être actrices de ce changement
(Tiré de Info Terra, Octobre 2004)
Aparecida do Norte (SP) - " Il y a encore peu de temps, la Semaine
de la Patrie était marquée par des défilés
militaires, avec des chevaux et des armes et la population, bras croisés,
spectatrice, chantait l'hymne national et applaudissait. Aujourd'hui,
elle a une autre connotation. Les exclus sont dans la rue différemment,
toujours de manière festive mais non moins incisive dans leurs
dénonciations. Ils ont cessé d'être des citoyens passifs
pour passer à l'action et être protagonistes. "
C'est ainsi que Ari Alberti, membre de la Coordination National du Cri
des Exclus, définit l'importance de l'événement de
mardi 7 septembre, dans le patio du sanctuaire de Notre Dame d'Aparecida,
dans l'intérieur de São Paulo.
Lors du férié national, près de 15 000 personnes
se sont réunies pour protester contre l'exclusion sociale qui concerne
des millions de Brésiliens. Le mouvement, qui regroupe mouvements
populaires, pastorales sociales, syndicats et des dizaines d'entités
qui luttent pour le développement d'une société plus
juste, existe depuis dix ans et a toujours lieu le jour de l'indépendance.
Cette année, avec le thème " Brésil : changement
pour de bon, le peuple est moteur de l'action ", le Cri des Exclus
a eu un écho dans plus de 1800 villes du pays et a réuni
près d'un million de personnes. Jusqu'au 22 octobre, l'événement
va se répéter dans 22 autres pays d'Amérique Latine.
A Aparecida, en même temps que le Cri, s'est déroulé
le 17ème pèlerinage des travailleurs, organisé par
la pastorale ouvrière et par la pastorale des migrants, ainsi qu'un
pèlerinage à pied d'un groupe de 150 personnes qui, pour
la septième année consécutive, sont parties de la
capitale de l'Etat et ont marché pendant sept jours jusqu'au sanctuaire.
Durant le parcours de 170 kilomètres, ils se sont arrêtés
dans onze communes du Vale do Paraíba et ont discuté avec
la population locale la problématique de l'exclusion sociale.
" Nous avons du chômage, nous avons des personnes sans terre
pour planter, sans service de santé, des difficultés dans
l'éducation. Ces carences qui sont des conséquence du manque
de politiques sociales font que le nombre et la voix des exclus augmentent
dans le pays ", dit Alberti. " Le gouvernement a déjà
prouvé durant ces deux années, presque, que bien qu'il en
ait la volonté, il ne va pas réussir à changer cette
réalité. La pression venant d'en haut est très forte,
qu'elle soit interne ou externe. Si la population organisée ne
fait pas pression du bas vers le haut pour que les choses changent, rien
ne va arriver. L'espoir se dilue et devient frustration. Nous devons organiser
l'espoir, le politiser pour qu'il devienne un mouvement. C'est là
la vocation du Cri ".
Le débat sur
le rôle de la population dans la lutte pour le changement social
arrive à un moment de reflux des mouvements populaires. Selon l'évaluation
des leaders, il y a eu une certaine accalmie des organisations sociales
avec l'élection de Lula. Maintenant, en comprenant que la politique
économique est prépondérante face aux revendications
populaires, il apparaît urgent de réorganiser les mouvements
de lutte. " La population brésilienne est un peu messianique.
Elle pense que si elle vote pour quelqu'un il va résoudre ses problèmes.
Mais elle oublie de rappeler les élus à leurs promesses.
Ca n'avance à rien d'élire une personne et d'attendre qu'elle
fasse des miracles. Elle résoudra les problèmes uniquement
si nous maintenons la pression. Le slogan du Cri a été
pensé dans le contexte politique actuel ", explique Luis
Bassegio, secrétaire exécutif du Cri des Exclus.
L'idée est
de faire en sorte que le peuple soit plus nerveux que le marché
financier. Peut-être que, comme ça, le gouvernement se préoccupera
d'abord des priorités des Brésiliens avant de calmer les
autorités du FMI et de la Banque Mondiale. " Après
un an et demi de gouvernement, le peuple se rend compte qu'il est le protagoniste
de ce changement. Ce ne sera pas le gouvernement, même s'il se bat.
Cet engagement, nous, en tant que militants, nous devons l'assumer : appeler
le peuple à se regrouper et croire que cela va amener des avancées
", explique Gegê, coordinateur de la Centrale des Mouvements
Populaires.
Les perspectives sont
encourageantes. En 1995, l'année de la première édition
du Cri des Exclus, l'événement s'est déroulé
dans 170 villes. Dix ans plus tard, il marque les commémorations
du 7 septembre dans 1800 localités. C'est aussi pendant la célébration
du Cri, en 2000 et 2002, que se sont tenus deux grands plébiscites
populaires : un sur la dette extérieure qui a recueilli 6 millions
de signatures et un autre sur l'ALCA (ZLEA) où dix millions de
personnes ont voté volontairement.
" Nous croyons
que la population est plus consciente de la nécessité de
son rôle. Il y a un sentiment commun qui prend de l'ampleur. Quand
ce sentiment se transformera en conscience générale et en
mouvement organisé, le changement pourra alors arriver avec plus
de facilité. Il ne va pas arriver du jour au lendemain. C'est un
processus ", affirme Alberti.
Vote contre l'ALCA
(ZLEA)
Dans le cadre de son
rôle de conscientisation de la population, le Cri des Exclus a lancé
une campagne cette année : " Mon vote est contre l'ALCA,
le libre échange, la dette et la militarisation ". Jusqu'au
jour des élections, le 3 octobre, le mouvement prétend
intensifier les débats autour des négociations sur la Zone
de Libre Echange des Amériques (ZLEA ou ALCA) et mettre à
l'ordre du jour du processus électoral ce thème ignoré
par les candidats.
Grâce à la distribution de tracts et à des sessions
de formation, on espère que la population prendra conscience des
effets de la signature de l'accord pour le pays.
La campagne Jubilée
qui a organisé le plébiscite sur l'ALCA demande depuis deux
ans une audience avec le président Luiz Inácio Lula da Silva
pour discuter de la réalisation d'un plébiscite officiel
sur le sujet et pour mieux accompagner le déroulement des négociations.
Les organisateurs de la campagne espèrent que la mobilisation populaire
contribuera à la convocation d'une audience.
" Nous espérons
que vous nous écouterez après les élections ",
dit Bassegio. " Si la réunion ministérielle sur
l'ALCA se tient au Brésil, nous allons abandonner tout ce que nous
sommes en train de faire et nous occuper de cela. Nous voulons assiéger
les ministres et dire que l'ALCA ne peut être votée à
aucun prix. "
Source
: Agência Carta Maior - Bia Barbosa - 08/09/2004
Traduction : Emilie Sobac pour Autres Brésils
|
|