Les héritiers de Chico Mendes protestent contre la destruction de
l'Amazonie

Les populations locales bloquent le transport du bois illégal et réclament
la création d'une réserve

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Près de 600 personnes vivant traditionnellement en forêt ont bloqué aujourd'hui la rivière Jaraucu, à Porto de Moz, Etat du Para, dans la partie orientale de la forêt amazonienne brésilienne. Ils entendent ainsi protester contre la destruction de la forêt amazonienne et réclament la création d'une réserve extractiviste*. Cette action de protestation reprend le mode de protestation initié par Chico Mendes, célèbre militant brésilien abattu en décembre 1988 alors qu'il luttait pour la protection de la forêt amazonienne et la création de réserves extractivistes.

Des bateaux ont empêché toute navigation sur la rivière Jaraucu, voie la plus communément utilisée dans la région pour évacuer les grumes illégalement abattues. Greenpeace, Pastoral Land Commission (CPT) et d'autres organisations, se sont joints à cette action de protestation et apportent leur soutien au combat des communautés locales pour protéger une terre fréquemment envahie par les exploitants forestiers.

Porto de Moz, où la protestation pacifique a été organisée, est une petite ville située à l'embouchure de la rivière Xingu et de l'Amazonie, au nord du Para ; la région de Porto de Moz est tristement célèbre pour la violation de ses territoires et autres actions illégales dont se rendent coupables les compagnies forestières. " Les exploitants forestiers et agricoles envahissent nos terres traditionnelles, détruisent nos forêts et l'avenir de nos enfants. Il doivent partir et restituer la forêt à ses habitants : la population de Verde Para Sempre ", a déclaré Idalino Nunes de Assis, un des leaders des communautés locales.

L'objectif de ces communautés locales est de créer une réserve extractiviste nommée "Verde Para Sempre" (Verte Pour Toujours). La zone pressentie s'étend sur 1,3 million d'hectares, soit l'équivalent de la moitié de la Belgique environ. " Nous sommes ici pour soutenir le combat des communautés locales pour protéger leurs terres de l'invasion des exploitants forestiers " a déclaré Marcelo Marquesini, le responsable de la campagne Amazonie à Greenpeace-Brésil.

Pendant l'action de protestation, Greenpeace a rendu publique une carte de l'exploitation illégale dans cette zone. Fruit de plus de cinq années d'enquêtes de terrain, ce travail recense les coupes illégales, les violations de terres et les pans entiers de forêt contrôlés par les compagnies forestières. Des entreprises nationales et internationales telles que Curuatinga, Rancho da Cabocla et DLH Nordisk (principaux exportateurs vers la France) sont directement ou indirectement liées aux opérations dans la région de Porto de Moz.

" Depuis 1999, Greenpeace fait pression sur les filières bois européennes et francaises pour qu'elles cessent toutes importations en provenance de compagnies exploitant la forêt amazonienne de manière illégale et irresponsable. A ce jour, la filière continue de fermer les yeux et ne change aucune de ses pratiques d'approvisionnement. Nous avons aujourd'hui une nouvelle preuve de son irresponsabilité et des conséquences désastreuses de son comportement sur l'environnement social et écologique en Amazonie brésilienne " conclut Ludovic Frere, chargé de campagne Forêts à Greenpeace France.


Porto de Moz, Brésil, 19 Septembre 2002
Source : www.greenpeace.org


* Une réserve extractiviste est une zone protégée dont les ressources naturelles sont conservées et gérées durablement par la population qui y habite traditionnellement. Ce modèle fut rendu célèbre dans les années 1980 par les habitants des forêts, emmenés par Chico Mendes et le Conseil National des Seringueiros (CNS). Il fut adopté par le gouvernement fédéral
brésilien en 1990.