|
Retour
"
Si les tendances actuelles continuent, comme de nombreuses personnes
l'ont prévu, une crise du café pourrait se transformer en
une crise sociale et environnementale généralisée.
" L'avertissement vient de la Banque mondiale.[The Coffee crisis
in Perspective, Panos Varangis and Brian Lewis, Banque mondiale, 9
mars 2002]. Le café, pour mémoire, c'est 125 millions
de gens dans les pays du Sud qui en dépendent et, si on ajoute
ceux du Nord (transport, vente/distribution, financement), quelque 500
millions de personnes concernées. Cela fait autant de chômeurs
en puissance?
La crise, en effet, est profonde. Après l'éclatement de
l'Accord International du café (AIC) en 1989, qui réglait
les prix et les quotas, les prix du café n'ont cessé de
baisser, entraînant une chute de revenus pour les producteurs de
7 milliards de dollars, alors que les torréfacteurs voient leur
chiffre d'affaire grimper de 30 milliards. Affinons l'analyse. Les
prix du café sont fixés selon les prix mondiaux des grains
sur le marché international par les multinationales torréfactrices
(Nestlé, Kraft, Procter&Gamble, SaraLee, Tchibo) et par les
spéculateurs qui misent sur les quantités produites pour
augmenter ou diminuer les prix. Comment, dès lors, se décompose
le prix du café? Un kilo de café soluble robusta rapporte,
dans un supermarché britannique, 14 cents US au producteur cependant
qu'au bout de la chaîne, 26,40 $ reviennent à la grande distribution,
soit une augmentation de 7000% ! [Café commerce. La Bourse ou
la vie, G. de Boeck, Oxfam, décembre 2002].
La chute des revenus à l'exportation dans de nombreux pays dépendants
du café est dramatique pour les secteurs essentiels de l'éducation
et de la santé. Fatima Espinoza, agronomiste de la coopérative
SOPPEXCCA: " Les bas prix du café et la baisse de la
production a laissé plus de 250.000 chômeurs au Nicaragua.
Les gens sont morts à cause des chutes des prix ".
[Spare a Cup. Coffee growers struggle to survive a global slump,
Megan Rowling in These Times, décembre 2002]. " Il
y a sur la question des matières premières une espèce
de conspiration du silence. Les solutions ne sont pas simples (...)
Mais rien ne justifie l'indifférence actuelle. " dit Jacques
Chirac, Président français et on ne saurait lui donner tort
[Intervention à l'occasion de la 22è Conférence des
Chefs d'Etat d'Afrique et de France, in Le Courrier ACP-UE, n°197,
mars-avril 2003].
Que peut faire le Sud ?
Certains pays producteurs tentent de s'associer pour former, en 1993,
l'APPC (Association des Pays Producteurs de Café), qui regroupe
une vingtaine de pays, dont le Brésil et la Colombie. Pour faire
quoi ? Freiner la production et hausser les cours. Mais ils se heurtent
aux multinationales du Nord et à leur intérêt de vendre
au meilleur prix. Ce qu'il faut, aussi, c'est une prise de conscience.
Il faut écouter le Sud, écouter Fatima Espinozza :"
Ce que nous voulons, c'est un prix juste, un prix qui nous permet de
poursuivre notre propre développement, sans avoir à accepter
les vêtements ou l'argent pour nos écoles que les gens nous
offrent. Acheter d'une main notre café à des prix trop bas
et ensuite, nous donner une tranche de pain de l'autre main, ce n'est
pas le genre de solidarité que nous voulons." On ne saurait
mieux dire.
Source : Groupe de recherche pour une stratégie
économique alternative sur la Responsabilité Collatérale
des Entreprises - www.gresea.be - novembre 2003
|
|