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Le
19 mai 2001, le Mouvement des Travailleurs Sans Toit (MTST) et près
de 400 familles occupaient un terrain dans la banlieue de Guarulhos, près
de l'aéroport de São Paulo, créant le campement "Anita
Garibaldi", la plus grosse occupation urbaine d'Amérique Latine.
Aujourd'hui, près de 3000 familles sont menacées d'expulsion.
Il y a 50 ans, ce
terrain de 1.139.000 m² était occupé par une plantation
de canne à sucre, jusqu'à ce qu'il soit acheté par
l'actuel propriétaire, Cláudio Malva Valente, responsable
du registre immobilier de Guarulhos... Depuis, il servait de décharge
de voitures, de dépôt de cadavres et était devenu
un endroit apprécié des violeurs et autres dealers.
L'année
dernière...
L'occupation avait
été préparée pendant 4 mois. Le quatrième
jour, le propriétaire fait une "demande de réintégration"
en justice. Le 28 mai, les sans-toit manifestent pendant 25km, du campement
au centre de Guarulhos. Ils obtiennent le report de la réintégration
et, enfin, un entretien avec le maire de la ville où des possibilités
de désapropriation du terrain par l'état sont évoquées.
Ensuite ils font un recours en justice, aidés par des avocats,
invoquant les Droits de l'Homme et ceux de l'Enfant, en particulier le
droit au logement.
Les premiers jours de l'occupation, après la première incursion
de la police suite à la demande de réintégration
du propriétaire, la moitié des occupants, effrayés,
partent. Après 10 jours d'occupation il y a quand même 12000
occupants enregistrés, le problème du logement affectant
des milliers de familles.
Après 3 semaines, le campement Anita Garibaldi est une des plus
importantes occupations du pays: 9000 familles enregistrées et
1500 en attente. Le processus d'adhésion donne la priorité
aux familles qui ont été expulsées de leur logement
et qui n'ont aucun endroit où habiter.
Après un mois d'occupation, de nouveaux problèmes apparaissent.
L'un deux étant l'état des baraques en plastique, qui n'aide
pas à résoudre les problèmes respiratoires, principalement
chez les enfants, liés à la poussière du campement.
Les médias en rajoutent, publiant des reportages tendancieux, insinuant
par exemple que le campement fonctionne comme centre de prostitution.
Le campement apparaît ainsi comme la cause de tous les maux de la
ville. La population locale se positionne contre l'occupation, malgré
l'organisation d'une journée festive publique le 17 juin 2001 et
la venue de soutiens de tout le pays: individus, syndicats, députés,
etc.
Le campement souffre, en plus de l'incessante pression policière,
de manque de ressources. Malgré cela beaucoup de familles résistent
et restent. Tout est basé sur la lutte et la solidarité
vu le manque de nourriture, de couvertures (il fait froid en hiver) et
d'eau (apportée par des camions, il faut aller la chercher avec
des saux et des bouteilles).
Le campement est divisé en 6 "brigades" (Zumbi dos Palmares,
Terra e Liberdade, Antônio Conselheiro, Paulo Freire, Chico Mendes
e Nossa Terra) de 50 groupes, chacun étant composé de 30
familles. Chaque groupe a un coordinateur et 4 responsables de secteur
(santé, infrastructures, sécurité et secrétariat).
Des débats sont réalisés pour discuter des projets
futurs, en particulier le Projet Hidroponia, projet d'agriculture urbaine,
qui prévoit la construction d'une communauté oú tous
les besoins de base seraient pourvus par elle-même: habitat, travail,
alimentation, éducation et santé. Il y a régulièrement
des assemblées générales de brigade et, périodiquement,
il y a une assemblée de tous les occupants, oú sont discutées
les décisions importantes à prendre.
Chacune des 6 brigades possède une salle pour les réunions,
débats, activités culturelles, pratique de sports, etc.
Il y a des projets de travail avec les femmes du campement liés
à la prévention des maladies, aux méthodes contraceptives,
etc.
Chaque groupe possède une cuisine collective et des toilettes,
mais il existe aussi une cuisine générale et une pharmacie
communautaire oú sont déposées et distribuées
les donations en médicaments, insuffisantes. La plupart des enfants
du campement fréquentent les écoles publiques du quartier.
Aujourd'hui
Le 28 juin dernier
la justice a ordonné la réintégration du terrain
par son "propriétaire".
L'occupation a 14 mois d'existence, et y résident actuellement
plus de 3000 familles.
Ce que ces familles ont réussi à faire avec un terrain laissé
à l'abandon et au trafic de drogues a de quoi faire peur aux maires
de la région: le campement est divisé en rues, un petit
commerce existe à l'entrée pour vendre les productions des
habitants, une école voisine a été ouverte plus tôt
que prévu grâce à la pression et à l'aide des
occupants, au centre du campement existe un grand bâtiment qui sert
de salle de jeux pour les enfants, de salle de réunions, des cours
d'alphabétisation pour adultes sont donnés, etc.
Tout ça en 14 mois.
La decision de justice prononçant la réintégration
a été prise le 28 juin, mais le campement ne l'a su que
le 5 juillet...
Depuis la réaction s'organise. Une assemblée s'est déroulée
la semaine dernière, oú il a été décidé
qu'une lettre-contrat va être proposée par les avocats du
MTST à ceux du propriétaire et à la mairie, engageant
les signataires à respecter un délai de 3 mois avant toute
expulsion, ce qui laisserait un peu plus de temps pour trouver des alternatives
et une possible solution de légalisation de l'occupation.
En attendant, le risque d'expulsion existe.
Traduction
et synthèse de divers articles tirés de CMI Brésil
- 13 juillet 2002
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