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Felix Ruiz Sanchez
coordonne le budget participatif à São Paulo. Avec ses homologues,
il s'apprête à lancer un appel de Porto Alegre au président
Lula.
Le 24 janvier,
le Forum social mondial (FSM) accueille une réunion de tous les
coordinateurs des budgets participatifs municipaux. De quoi allez-vous
discuter ?
Nous allons rédiger une lettre destinée à Lula
pour défendre la participation populaire au niveau fédéral.
Notre objectif : que la population brésilienne puisse suggérer
des politiques publiques menées au niveau fédéral,
et pas seulement municipal. Nous ne voulons pas que cette initiative vienne
seulement du PT, mais que ce soit la volonté du FSM. J'espère
que cette réunion rassemblera toutes les villes qui ont mis en
place un budget participatif, quelle que soit l'étiquette politique
de leur maire. À São Paulo, seulement 8 % des participants
aux réunions des conseils participatifs sont membres du PT.
Avant son élection, Marta Suplicy semblait frileuse vis-à-vis
du budget participatif. Pourquoi a-t-elle changé ?
La situation de la ville était catastrophique. Il était
très difficile de promettre que nous allions faire ceci ou cela.
Nous avions peur de frustrer le peuple. Nous avons adopté un discours
modéré pour mettre en uvre un processus qui ressemble
beaucoup à celui de Porto Alegre. Aujourd'hui, Marta et le PT ont
fait de São Paulo une vitrine politique. Au second tour de la présidentielle,
Lula a gagné à São Paulo, avec 60 % des voix. C'est
important. Dans les quartiers périphériques, les plus pauvres,
il a obtenu des scores impressionnants, de 80 % à 90 % des voix.
Environ 6% du budget de la ville de São Paulo est participatif.
C'est peu
La première année a été marquée
par une grande restriction budgétaire, à cause de l'administration
précédente. Puis le pays est entré en récession.
Peu à peu, la part du budget augmente. Les fondements de la démocratie
participative sont différents de ceux de la démocratie représentative.
Ces deux exercices démocratiques doivent se compléter. La
démocratie participative, c'est d'abord un changement des mentalités.
C'est un processus éducatif dont les conséquences ne sont
pas immédiates. Il faut sans cesse dresser un bilan des résultats
et de la qualité de la participation populaire. Cet équilibre
est difficile. Le budget participatif est un défi.
Encore un effort...
Pour la première fois, lors du FSM, sera publié le bilan
de trois années d'expérience de démocratie participative
au Brésil. Cette enquête a été réalisée
par le Forum national de participation populaire (FNPP) dans les 103 villes
qui ont mis en uvre des budgets participatifs, entre 1997 à
2000. Le nombre de villes a, depuis, doublé. 50 % de ces communes
sont dirigées par le PT. La seconde force politique à reprendre
cette idée est le Parti de la social-démocratie brésilienne
(PSDB) de José Serra (13 % des communes). Seules cinq villes comptent
plus d'un million d'habitants, la majorité en dénombrant
moins d'un demi-million. Ce sont d'abord les personnes investies dans
des associations de quartiers qui participent aux conseils (77 %). Viennent
ensuite les membres de mouvements religieux (50 %) et de syndicats (44
%). Seuls 18 % militent dans une ONG. Les habitants sont en général
informés des dates de réunions des conseils par la presse
locale, la radio ou par courrier. La télévision, média
ultra-dominant, relaie peu ces initiatives. Le mandat des délégués
dure le plus souvent un an. Dans une ville sur quatre, on élit
un délégué pour dix participants aux conseils. La
démocratie participative reste assez limitée dans une ville
sur trois : moins de 10 % du budget de la commune est soumis aux doléances
populaires. Dans seulement neuf villes, le budget participatif représente
plus de 36 % du budget global.
Publié
dans Témoignage Chrétien , n° 3045 du 23 janvier
2003.
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