Mains de Lumière

Auteur : Immaculada Lopez

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Des milliers de sage-femmes traditionnelles garantissent aux femmes et aux enfants le droit à accoucher et à naître dans la dignité.



Photo : © Giuseppe Bizzari


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Sur les eaux du fleuve Amazone, dans une pirogue, est née la paraense (1) Teresa Bordalo. " Ma mère raconte qu'il était environ onze heures dans la matinée. Elle et mon père venaient de la pêche et, dès qu'ils sont arrivés à la maison, c'est ma tante, sage-femme, qui s'est occupée de tout. ". Date et lieu de naissance : 11 avril 1949, district d'Alenquer, État du Pará. Quelques années plus tard, lorsque c'était son tour d'accoucher, Teresa, elle aussi, a pu compter avec les mains expérimentées d'autres sages-femmes. A cette époque, elle-même était déjà sage-femme. " Un don de Dieu que nous voulons voir valorisé et reconnu ", dit aujourd'hui Teresa en tant que Présidente de l'Association de Sages-femmes de l'Oiapoque et du Réseau de Sages-femmes Traditionnelles de l'État de l'Amapá.

Selon les informations du Réseau National des Sages-femmes Traditionnelles, la région Nord, où se situe l'État de l'Amapá, tout comme le Nordeste et le Centre-ouest, concentre une grande partie des 60 000 sage-femmes en activité dans le pays. On estime que trois millions d'accouchements par an, soit 15%, ont lieu hors des hôpitaux. Soit 450 000 naissances qui ont lieu à la maison à l'aide de sages-femmes et d'infirmières.

C'est avec la vente de la pêche que le père de Teresa nourrissait sa famille de onze enfants. Il partait à l'aube et, parfois, passait deux jours en mer.. A la maison, sa mère fabriquait de la vaisselle en terre cuite pour la vendre sur le marché. A l'âge de huit ans, Teresa a commencé à travailler chez une famille qui l'a aidé pour les études. Elle a passé son bac et s'est formée comme professeur. Mais, avant de s'en apercevoir, la communauté la communauté l'avait appelée pour autre chose.

A l'âge de seize ans, elle a réalisé son premier accouchement, presque par hasard. Un week-end, elle a rencontré une femme prête à donner la vie à un enfant, mais qui n'avait personne pour venir à son aide. " Elle était déjà mère, c'est elle qui m'a orientée et tout s'est bien passé ", se souvient-elle comme si c'était hier. " Puis j'ai déménagé dans un village un peu plus grand où les gens disaient : " Je vais appeler Mme Teresa pour regarder mon ventre " . A partir de là, j'ai commencé à reconnaître e à ressentir cette vocation. Depuis il n'y a plus de mystère. "

Petit à petit, elle a appris les prières, les massages, les infusions et les mots justes. Pourtant, elle a quand même décidé de suivre une formation pour devenir infirmière. Après son mariage, elle est allé vivre dans l'Oiapoque, " là où le Brésil commence ", à la frontière de l'Amapá et de la Guyane Française. Elle a trouvé du travail à l'hôpital, sans jamais refuser les consultations à domicile. Jusqu'à ce qu'un grand changement se produise dans sa vie de sage-femme.

Initiative inédite

En 1995, le gouvernement de l'État a finalement décidé de prendre en compte la condition de ces centaines de sage-femmes. " Dès la mise en place de la nouvelle gestion, la première dame, Janete Capiberibe, nous a demandé d'inviter toutes les sages-femmes pour une réunion au Palais du Governeur ( Hôtel de ville) ", raconte Teresa. " Mais, dans chaque municipalité où nous arrivions, les femmes se cachaient de peur d'être arrêtées ".

En fait, les préjugés et les persécutions ont toujours été grands, surtout de la part des médecins et des autorités. Seulement soixante-deux femmes ont décidé de participer. Ces femmes ont diffusé cette initiative inédite qu'elles ont aidé à enfanter : le Programme des Sages-Femmes Traditionnelles de l'État de l'Amapá.

Ce projet a permis la création d'associations, l'organisation de formations et la distribution de matériel de travail. " Malgré nos connaissances déjà acquises, il y avait de nouveaux défis tels que la prévention des maladies sexuellement transmissibles, du cancer du col de l'utérus et de celui du sein, par exemple ". Mais ce n'est pas tout. Elles ont aussi appris la valeur du pré-natal et l'accompagnement du poids et de la croissance du nouveau-né. Aujourd'hui, il y a environ
1 300 sage-femmes enregistrées. Leur âge varie entre 20 et 90 ans, la majorité ne sait ni lire ni écrire, et la moitié est d'origine indigène.

Leur effort pour une meilleure formation s'est répandu à travers d'autres États. Le Ministère de la Santé s'est déjà intéressé au projet. " Si nous voulons assurer le droit à une grossesse et un accouchement en toute sécurité à toutes les femmes, nous devons prendre nos responsabilités dans les accouchements qui ont lieu dans les maisons. Nous ne pouvons abandonner ni les sage-femmes, ni les femmes, abandonnées, en situation précaire. ", affirme Isa Paula Abreu, du Ministère.

Selon elle la tâche du gouvernement fédéral est de sensibiliser les mairies et les gouvernements des États à l'identification, l'enregistrement et la qualification des sages-femmes, ainsi qu'à la distribution de matériel de base pour le travail (gants de protection, brosses, ciseaux et fil pour couper le cordon ombilical). Dans le but de venir en aide au projet, le Ministère de la Santé a élaboré Le Livre de la Sage-Femme et le manuel Travailler avec les Sage-Femmes Traditionnelles, destinés aux équipes de santé. Une initiative faite en partenariat avec l'association Grupo Curimim, de la ville de Recife (État de Pernambouc). Un pas important, mais encore considéré comme timide.

En plus d'être des alliées essentielles pour la garantie d'une bonne assistance santé aux femmes dans les régions où elles agissent, les sage-femmes traditionnelles représentent une source de savoir et d'inspiration pour l'humanisation de l'accouchement et le combat contre l'abus de césariennes. Finalement, soutenues, elles donnent un bel exemple de comment promouvoir un accouchement sain et affectueux pour la femme, pour l 'enfant et aussi pour la famille. Ce n'est pas pour rien que l'État de l'Amapá enregistre le plus bas taux de mortalité infantile des régions Nord et Nord-est, ainsi que le plus petit nombre de césariennes de tout le pays.

Malgré les progrès, une grande revendication des sages-femmes n'a pas encore été satisfaite : la juste rémunération de leur travail. Jusqu'à présent, la grande majorité compte seulement sur la gratitude des familles qu'elles aident, un remerciement et parfois de la nourriture. Quand ce n'est pas le contraire : la sage-femme apporte des vêtements et de la nourriture pour le bébé et la mère.

Dans l'État de l'Amapá, les participants du programme reçoivent la moitié d'un salaire minimum par mois (2), mais elles veulent leurs droits assurés par la loi. La réglementation de la profession est le principal objectif du Réseau National des Sages-femmes Traditionnelles. Selon Isa Paula, du Ministère de la Santé, il est nécessaire de reconnaître officiellement la profession de sage-femme afin d'assurer les salaires et la retraite. Cependant, elle ne pense pas que le chemin passe par une réglementation qui impliquerait l'exigence de CVs et de diplômes. " Notre rêve est d'être reconnues comme professionnelles de l'accouchement, avec un salaire digne", résume Teresa.

(1) de l'État du Pará
(2) le salaire minimum au Brésil est d'environ 70 euros




Sages-femmes en réseau
Entretien

Nouveaux défis et revendications font partie du quotidien des sage-femmes brésiliennes. Il s'agit de ces femmes dont parle Suely Carvalho, coordinatrice du Réseau National de Sage-Femmes Traditionnelles et du Port de l'Accouchement, de Olinda (État du Pernambouc). L'interview qui suit a été réalisée par Fernanda Felisberto et Iracema Dantas et a été publiée dans le magazine électronique Novae (www.novaeconomia.inf.br).

Quel est l'objectif du Réseau National de Sage-Femmes ?
Notre objectif est la réglementation de notre métier. Pour cela, nous aidons les sage-femmes de tout le Brésil à s'organiser en associations menant une action politique. Actuellement, il y a 38 groupes et associations, dans le Nord et Nord-est, et nous sommes en train de créer un centre dans la région Centre-ouest.

Est-ce qu'il y a encore beaucoup de résistance de la part des médecins et des infirmières ?
Malgré le travail de sensibilisation réalisé auprès de ces professionnels, il y a encore des préjugés. Nous voulons qu'ils comprennent que ne luttons pas seulement pour une classe d'exclus, mais aussi pour un héritage culturel.

Comment ça ? Quel héritage culturel ?
Les sages-femmes traditionnelles font partie d'un groupe de résistance culturelle : les sage-femmes, rezadeiras (femmes qui prient pour conjurer le sort), les médiatrices de conflits, les spécialistes de plantes médicinales et de soins naturels. Elles accumulent et préservent un savoir millénaire, héritage du mélange de deux cultures - l'indigène et l'africaine. Perdre ces traditions, c'est perdre une partie de notre identité.

Mais l'accouchement à la maison est déjà réglementé.
Oui. Nous avons réussi à l'insérer sur la liste du SUS ( Système Unique de Santé). La valeur par accouchement est de 16 réaux (4,5 euros). Il a une importance bien plus politique qu'économique : personne ne peut dire que le gouvernement est contre les accouchement à domicile, il paye pour cela.

Comment les sages-femmes reçoivent-elles ce paiement ?
Elles ne le reçoivent pas ! En pratique, elles font les accouchement, les communiquent au SUS qui paye la municipalité, et cet argent reste dans le Fonds Municipal de Santé. Dans la majeure partie des cas, cet argent n'est pas transmis aux sage-femmes. En résumé : la majeure partie de ces femmes continuent à vivre et à travailler dans des conditions précaires, injustes devant l'énorme contribution qu'elles apportent au système officiel de santé et aux communautés. Nous espérons que la réglementation améliore cela.

La réglementation de la profession aura-t-elle lieu ?
Nous sommes déjà en train de rassembler des documents de sage-femmes de tous les États. Au cours du deuxième trimestre 2003, nous allons présenter au Congrès notre projet de loi avec une demande de réglementation de la profession.

Contact :
Réseau National de Sages-Femmes Traditionnelles
Tel.: 00++ (81) 3429-3204
E-mail: c.parto@terra.com.br




Source : Revue Sem Fronteiras

Traduction : Luis César de Sá Filho et G. da Costa