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Ce n'est pas une
nouveauté : le traitement par la presse nationale (ou « grande
» presse) d'une réalité que la classe dominante ne
peut accepter, ou ne considérer que contraire à ses intérêts,
est toujours emblématique d'un parti pris flagrant. Ce traitement
est plus ou moins subtil selon les régions du monde où l'on
se trouve, mais il n'est jamais neutre : il s'agit toujours de faire entrer
dans les têtes - cette presse s'adressant pour une majorité
à une classe moyenne urbaine qui l'achète et la lit - la
croyance selon laquelle le modèle dominant est le bon et le seul
valide. Cela va du type de sujets traités (ou non traités,
bien souvent), à la manière et au vocabulaire utilisés
pour ce faire. Veja se présente
comme étant la plus grande revue du Brésil, et comme faisant
partie des quatre plus grands magazines hebdomadaires du monde. Elle appartient
au plus grand groupe de presse de l'Amérique latine. Sa ligne éditoriale
est basée sur le journalisme d'investigation, et revendique à
ce titre une crédibilité à toute épreuve. Curieux, n'est-ce pas ? L'Etat serait donc aveugle au point de faire financer par l'argent public des « sectes », où se trouvent enfermés non moins de 160.000 enfants dans tout le pays ? Dans son article, la journaliste a omis de mentionner l'essentiel. Elle oublie de dire - et le contraire serait tellement étonnant ! - que ce qui prévaut dans la démarche éducative du MST, c'est la mise de l'être humain lui-même au centre des préoccupations. Ce sont des valeurs humaines et humanistes que l'on enseigne et que l'on apprend. C'est aussi une formation à la citoyenneté que l'on reçoit, et cela passe par l'accès à une conscience de classe : le milieu rural étant un milieu méprisé et opprimé par la classe dominante, le seul moyen pour retrouver une dignité est l'accès à la citoyenneté totale, celle qui permet à des individus d'être conscients et d'interagir avec le monde qui les entoure, pour ne plus être de simples victimes silencieuses d'une société injuste, manipulables à merci. (à ce sujet, lire ou relire Infoterra n°20, de juin 2001) Devant ce brûlot
lancé par Veja, le journal Brasil de Fato (BdF),
dans son édition du 16 septembre, a publié une sorte de
« droit de réponse », proposant une analyse de la méthodologie
utilisée par Veja, et mettant en avant toutes les réussites
du Mouvement en matière d'éducation au sens large, réussites
évidemment non mentionnées dans le reportage. BdF
souligne en premier lieu l'amalgame ainsi créé, la publication
de Veja ayant eu lieu quelques jours seulement après le
massacre de Beslan, en Ossétie du Nord, renforçant encore,
s'il en était besoin après lecture de l'article, l'identification
possible du MST avec des fondamentalistes religieux. Dans le même
esprit, et pour essayer de contrecarrer les effets néfastes que
peut produire la « grande » presse auprès de la société,
tout au long de cette année 2004, profitant de la célébration
de son 20è anniversaire, le MST a multiplié les manifestations
publiques en tous genres - culturelles, politiques, colloques, séminaires,
fêtes populaires, etc. - dans le but aussi et dans une démarche
pédagogique, d'aller toucher directement les couches de la société
brésilienne qui ne connaissent le MST que par le prisme déformant
de cette presse majoritaire. Et ce, sans medium. Justement. Isabelle Dos Reis
Source : Info Terra - Novembre 2004 |
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