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Le 1er janvier 2003, Luiz Inácio Lula da Silva a officiellement pris sa fonction de président du Brésil. La nomination à la Banque Centrale de Henrique de Campos Meirelles, le premier Latino-Américain ayant présidé une banque internationale états-unienne, Bank of Boston, a envoyé "un signal fort au marché" et tracé le cadre dans lequel devrait s'inscrire le futur gouvernement Lula. Le 23 décembre, Lula a donné la liste de ses 25 ministres et 8 secrétaires d'État. La presse brésilienne a immédiatement réagi. Ainsi, le grand quotidien O Globo insistait sur le fait que deux des ministres clés du gouvernement avaient appuyé le candidat présidentiel José Serra, le poulain de F.H.C., et représentaient des secteurs économiques de poids. Il s'agit tout d'abord
de Luiz Fernando Furlan, qui détient le portefeuille du
"développement, industrie et commerce extérieur".
Furlan n'est pas un inconnu. Il est à la tête de la plus
grande firme exportatrice de volaille, porc et viande du Brésil
: Sadia SA. La Sadia possède 12 grandes usines au Brésil,
distribuées dans 7 États. Furlan est au conseil d'administration
de Amro Bank Brasil (la grande banque multinationale hollandaise), est
lié à l'Association des producteurs d'automobiles, est vice-président
de l'Association des exportateurs brésiliens et du Mercosur European
Business Forum (MEBF). Il est aussi un membre du Brazil-USA Business Development
Council et de la direction du Latin American Entrepreneurs Council (CEAL
en espagnol). La nomination simultanée de Furlan, Rodrigues et de Rossetto est décrite par la presse brésilienne comme l'expression de l'existence d'un futur "gouvernement pluriel" dans le Brésil de Lula. Toutefois, surgissent déjà quelques interrogations. En effet, le ministre du "développement agraire", Rossetto, est censé conduire la réforme agraire. Pour le faire, il semble assez logique qu'il doive se lier aux secteurs de petits paysans et de paysans sans terre, représentés entre autres par le MST (Mouvement des sans terre). Or, le ministre de l'agriculture, Rodrigues, est à l'origine d'une proposition qui fut adoptée par le gouvernement de F.H.C. visant à interdire la réforme agraire dans les terres occupées par les travailleurs agricoles organisés par le MST. De quoi faire réfléchir le ministre de la réforme agraire, M. Rossetto. Car une telle loi semble être une sorte de déclaration de guerre aux paysans pauvres brésiliens. Pour ce qui est des affaires étrangères, Lula a nommé Celso Luiz Nunes Amorim, ambassadeur du gouvernement de F.H.C. à Londres. Il fut aussi ambassadeur à l'ONU et, dans ce cadre, membre de la commission du Conseil de sécurité, ainsi que ministre des affaires étrangères du gouvernement Itamar Franco en 1993-1994. La volonté
de changement face au désastre social de la politique néolibérale
de F.H.C. est à la base de la victoire électorale de Lula.
Dans les mois qui viennent - à partir d'une série de décisions
concrètes portant, entre autres, sur le salaire minimum et la réforme
agraire - se dessineront diverses options : va-t-on vers des réformes
de structures significatives (entre autres au plan de la concentration
de la richesse, de la propriété terrienne, du modèle
exportateur), ou bien les compromis avec les institutions financières
internationales et les grands groupes privés brésiliens
et transnationaux vont-ils marquer de leur empreinte la politique du gouvernement
Lula ? Version modifiée d'un texte de Charles-André Udry, tiré du site A l'Encontre, 26 décembre 2002. |
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