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Pour que les Brésiliens
sachent quelle a été la contribution du peuple noir à
la formation sociale, économique et politique du pays, le président
de la République a ratifié en janvier dernier la loi qui
rend obligatoire l'insertion de la thématique " Histoire et
culture afro-brésilienne " dans le cursus officiel de l'enseignement
secondaire.
Les cours devront aborder depuis l'histoire de l'Afrique et des Africains
jusqu'à la lutte des Noirs au Brésil. De plus, la nouvelle
loi ajoute au calendrier scolaire le jour de la mort de Zumbi (le 20
novembre) comme Journée Nationale de la Conscience Noire.
Comme toujours, il y a des critiques envers cette action positive qui
est considérée comme une mesure autoritaire et comme racisme
à l'envers, ou simplement comme inutile. Mais elle représente
une avancée politique, sociale et éducationnelle - politique
parce qu'elle couronne la longue et constante mobilisation des groupes
du mouvement noir et qu'elle aborde la question raciale avec le statut
de problème national ; sociale parce que la question raciale sera
présente, au quotidien, dans la vie de millions d'étudiants
disséminés dans tout le pays ; et éducationnelle
parce qu'elle diminuera un peu l'hégémonie européenne
dans le domaine de l'éducation, en enseignant la culture et l'histoire
au-delà de ses éléments folkloriques.
Et, étant donné la dure réalité du Noir dans
le pays et l'inertie légendaire du système d'éducation
brésilienne sur la question, il est évident que l'affirmation
de la soi-disant inutilité de cette loi n'est pas à prendre
intellectuellement au sérieux. A moins qu'on ne la juge inutile
parce que la Lei de Directrizes e Bases [loi cadre sur les programmes
scolaires] de 1996 - que celle-ci vient modifier - disait déjà
clairement que " l'enseignement de l'histoire du Brésil
tiendra compte des contributions des différentes cultures et ethnies
dans la formation du peuple brésilien, particulièrement
des racines indigène, africaine et européenne ".
Quoi qu'il en soit, mettre cette nouvelle loi décemment en pratique
ne sera pas une tâche facile. Imaginez les empoignades entre éducateurs
et " spécialistes " dans la préparation et la
sélection des contenus et du matériel didactique. Voyez,
par exemple, la nécessité de régionalisation de l'histoire
du Noir au Brésil et la quantité de pays d'origine des esclaves
qui sont arrivés ici. Il y a aussi le risque de privilégier
la vision déformée des politiquement corrects, débouchant
sur des cours où le principe serait l'édification du noir
ou la déformation de la réalité en faveur des victimes
; ou de répéter la confusion d'anciennes disciplines comme
" Etudes des problèmes brésiliens " ou "
Education morale et civique ", cette dernière représentant
le plus grand ramassis d'idioties que notre système d'éducation
ait produit. Comme la question raciale est faite de haine contenue,
de combat, de viol, d'hypocrisie, de dissimulation de faits, il sera intéressant
de voir jusqu'à quel point les professeurs qui enseigneront cette
matière auront la conscience et la compétence nécessaires
pour aborder le sujet sans le desservir, amenant à la confusion
plutôt qu'à la clarté. Ce serait aussi très
intéressant s'ils enseignaient l'histoire de la résistance
noire dans des pays comme les Etats-Unis, ce qui donnerait des éléments
pour une discussion qui exposerait la lâcheté quasi congénitale
des Brésiliens, qui est encore plus évidente lorsqu'il s'agit
du racisme.
Ignorant l'accusation basse et prévisible d' "américanisme
", on dira que l'insertion du livre impressionnant Un noir à
l'ombre, de l'ex-panthère noire Eldridge Cleaver, dans les
programmes servirait davantage la conscience raciale brésilienne
que les piles de matériel didactique contaminé par les bonnes
intentions et le manque de connaissance. De toute façon, ceux
qui se rempliront les poches avec cette nouvelle loi, c'est le cartel
des maisons d'éditions de livres didactiques. Du reste, les
déformations sur le bon matériel d'étude déjà
existant sont énormes. Maître et esclaves de Gilberto
Freyre, pour ne citer qu'un exemple, est un livre qui montre la souffrance
du peuple noir - tant physique que psychologique - et l'importance de
sa culture dans la formation du Brésil, mais aujourd'hui encore
il est considéré comme anti-noir et fondateur du mythe de
la démocratie raciale. Ces ambiguïtés persistent à
cause du simple - et scandaleux - fait que les professeurs parlent de
cette uvre sans jamais l'avoir lue.
On ne doit pas non plus mettre beaucoup d'espoir dans l'éducation
comme moyen efficace pour diminuer le racisme. La curiosité
devant ce qui est différent fait partie de la nature humaine et
précède l'apparition de la raison. L'éducation fera
ce qu'elle a toujours fait : elle donnera plus d'éléments
pour que l'instruit trouve ses objectifs, qui peuvent être antérieurs
à sa formation scolaire. Mais à l'éducation formelle
s'ajoute la controverse journalistique, une place plus importante faite
au Noir dans les médias, les débats familiaux et le hip
hop, et les choses s'amélioreront petit à petit. Tout
est une question d'augmentation et de cohésion.
Du point de vue pratique, le plus significatif de cette mesure c'est que
l'étudiant noir, au lieu de ne se heurter à la question
raciale qu'en entendant des offenses dans les cours d'écoles ou
qu'en la voyant diluée dans des contenus scolaires insipides, aura
le sujet qui lui tient tant à cur débattu en salle
de classe, en présence de ses camarades blancs. Ainsi il aura plus
d'éléments à sa disposition - culturels et psychologiques
- pour se faire une idée sur le long chemin qu'il doit encore parcourir,
avant qu'il ne soit respecté comme un égal, et non seulement
toléré.
* Marco Frenette est journaliste et auteur de Preto e Branco - A Importância
da Cor da Pele (Editora Publisher Brasil)
Source : Agência Carta Maior
Traduction : Sandrine Lartoux pour Autres Brésils
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