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Le Forum Social
du Nordeste, qui s'est terminé le 27 novembre à Recife,
a montré, avec près de 8.000 participants et plus de 670
organisations, que l'articulation des mouvements sociaux de la région
est un chemin pour la revendication et la recomposition de la pensée
de gauche au Brésil.
Par Bia Barbosa
128 ateliers autogérés, 33 séminaires, quatre grandes
conférences, une marche dans la ville qui a réuni près
de 10 mille personnes et enfin plus de 100 activités culturelles
ont été organisés. En quatre jours intenses, sous
la chaleur de l'Etat de Pernambouco, le Forum Social du Nordeste a
permis un engagement massif des Etats de la région dans la lutte
contre l'hégémonie néolibérale et pour le
développement d'un autre Nordeste.
Cet engagement s'est traduit dans le nombre d'inscrits à la rencontre.
Des 8.357 inscrits, 5.066 étaient délégués,
c'est-à-dire représentant une des 672 organisations participant
au Forum dans le but de réactiver le champ politique de la gauche
nordestine et de le maintenir en constante évaluation à
travers l'articulation des mouvements sociaux locaux.
"Il y a une tentative d'imposer des défaites à la
gauche de manière générale. Au Brésil, la
défaite de la gauche arrive maintenant. Notre réponse a
été d'organiser le Forum et de montrer que la gauche est
vivante. Faire le Forum, c'est créer un espace de revendication
de la gauche, de recomposition d'une pensée meilleure, davantage
plurielle. C'est quelque chose de plus ambitieux que de changer le gouvernement
; nous devons redémocratiser l'Etat" affirme Silvia Camurça,
de l'Articulation des Femmes Brésiliennes, membre de la coordination
collégiale du Forum Social du Nordeste (FSNE).
L'objectif d'articulation des diverses forces politiques de l'Etat est
une des victoires du FSNE. Le Forum s'est construit autour de trois grands
axes : Radicaliser la démocratie contre le néolibéralisme,
Le développement que avons et le Nordeste que nous voulons, L'affirmation
des mouvements sociaux du Nordeste. La rencontre a bien mis en évidence
la pluralité des luttes sociales dans la région, un élément
pressenti dans le processus de construction du Forum, et qui s'est concrétisé.
En garantissant la tenue d'autant de discussions, de formes d'action politique
et de modèles d'organisation, le FSNE a réussi à
se transformer en une arène de dialogue de la société
civile.
Des propositions sont nées du Forum, allant de la réalisation
d'un plébiscite sur la transposition du fleuve São Francisco,
de la reprise d'une campagne pour l'audit de la dette publique à
des motions contre la base d'Alcântara dans l'Etat du Maranhão
et à la construction d'un Plan directeur participatif dans les
communes qui renforcerait l'usage d'instruments et de mécanismes
de participation populaire dans les villes.Ont aussi été
évoquées la création d'un fonds national d'appui
à l'économie solidaire, la défense de la division
syndicale par activité économique en vue d'une consolidation
des luttes des travailleurs, l'inclusion de l'enseignement de l'histoire
africaine dans les cursus scolaires de l'enseignement secondaire et aussi
l'attribution à des femmes de 20% des postes politiques dans les
municipalités du Nordeste afin d'encourager leur participation.
Cet espace de dialogue de la société civile, nécessaire
pour affronter le modèle néolibéral doit maintenant
relever le défi de " la construction d'un projet populaire
de transformation du Nordeste qui ne soit pas soumis à l'agenda
du gouvernement " souligne Mônica Oliveira, de l'Association
Brésilienne d'ONG (Abong). " Les thématiques de
la violence, des inégalités et de la diversité culturelle
ont marqué le Forum. Elles sont une réponse des mouvements
sociaux aux politiques publiques que les gouvernements présentent
et qui ne répondent pas aux attentes sociales " ajoute-t-elle.
Un obstacle doit être vaincu par le Forum pour que cela ne reste
pas soumis à l'agenda du gouvernement : être considéré
comme un tout par la société et non comme un salon ou un
événement ponctuel ou encore comme un Forum anti-Lula. Il
faut que le FSNE soit vu comme un espace de lutte et de regroupement des
mouvements. "
" Dans un contexte défavorable, de crise de la gauche,
qui amène la population à l'isolement et à la dépolitisation,
instaurer un processus d'articulation globale qui reflète le Nordeste
est un véritable défi. Les gens ont déjà oublié
à quoi sert la lutte des masses et les mouvements comme le Forum.
Il y a une harmonie tellement grande entre le gouvernement et la société
qu'on a oublié qu'il est nécessaire de revenir à
des pratiques de gauche. C'est cela que propose le Forum du Nordeste.
" explique Sivia.
LES
POINTS FORTS
Lors de la clôture
de la rencontre, la Coordination Collégiale du Forum Social Nordestin
est revenue sur les points positifs du processus. Le premier est le visage
populaire du FSNE qui a pris les traits de la femme nordestine. Grâce
aux efforts faits pour amener à Recife les militants de base des
mouvements sociaux, les femmes, qui bien souvent ne sont pas des cadres
dirigeants des organisations, ont pu être présentes.
Au total, le nombre de femmes au Forum était trois fois supérieur
à celui des hommes. Le risque politique de placer la jeunesse au
sein de la rencontre - le FSNE n'avait pas de campement de la jeunesse
comme celui du Forum Social Mondial - a aussi été un succès.
Directement insérés à la programmation, les divers
mouvements de jeunesse, d'étudiants, de hip hop, qui ne sont pas
toujours capables de dialoguer, ont réussi à être
ensemble à et ont initié un processus de dialogue. Le fait
d'avoir organisé le Forum sur le campus de l'Université
Fédérale de Pernambouco, durant son activité ordinaire,
au rythme normal des cours, a aussi garanti un échange avec le
milieu universitaire et la sensibilisation de nouveaux alliés pour
la lutte. " Aujourd'hui, il y a d'innombrables recherches sociales
dans les universités, il y a une pratique de rapprochement avec
les mouvements sociaux. La présence de ces mouvements sur le campus
a été l'opportunité pour le milieu universitaire
de comprendre ce qui se discute à l'intérieur de ces mouvements
et de montrer à tous comment le savoir permet l'inclusion sociale
" explique Maurício Guerra, du Forum de la réforme
urbaine du Nordeste.
Enfin, l'articulation entre culture et politique a été mise
en évidence autant par l'engagement dans le processus de construction
du Forum que pendant son déroulement. Les dizaines d'artistes populaires
qui ont montré la force de la culture nordestine durant ces quatre
jours du FSNE n'ont exigé aucun cachet car, selon l'organisation,
ils ont compris l'importance de l'engagement des artistes dans la lutte
contre le néolibéralisme. Le thème de la culture,
transversal à toute la rencontre, a marqué la clôture
du Forum avec une conférence publique réalisée dans
le Parc du 13 mai, dans le centre de Recife. Là, les participants
du FSNE et les habitants de la ville se sont assis côte à
côté pour écouter les universitaires et les représentants
du gouvernement débattre sur la marchandisation de la culture et
la transformation sociale.
Dans le manifeste "Culture et politique", lu à la fin
du Forum, la commission culture a tenu à laisser bien clair qu'elle
n'était pas un comité des fêtes. " Nous voudrions
refléter la diversité des langages, des thématiques
et des formes d'expression artistiques, et cela grâce à l'articulation
et à la mobilisation de chaque Etat engagé. Favoriser la
participation au Forum d'expressions artistiques des banlieues, des campagnes,
d'endroits plus éloignés vivant une réalité
de marginalisation et d'exclusion des artistes populaires, de groupes
et de mouvements culturels dont la présence en tant qu'expression
politique et esthétique est indispensable aux objectifs du Forum.
La diversité esthétique que nous avons vécue dans
une des villes les plus violentes du pays montre et renforce l'idée
que ces expressions et langages possèdent une force politique et
un pouvoir de contagion inégalable dans la transmission des valeurs,
des savoirs, des croyances, des conflits et des injustices du passé
et du présent " disait le texte.
Cependant, cette première édition du Forum Nordestin
a révélé quelques lacunes dans son processus.
Le rythme d'engagement et de participation des Etats de la région
a été différent. Près de 60% des participants
étaient du Pernambuco, Etat hôte. Ensuite, les plus grandes
délégations étaient de l'Etat de Paraiba, du Rio
Grande do Norte et de Bahia. Cela n'a pas été considéré
comme un problème mais comme quelque chose de naturel dans le début
d'un processus. Il s'agit d'une spécificité régionale
qu'il faut prendre en compte.La seconde édition du Forum nordestin
n'a pas encore été fixée. L'idée, suivant
la dynamique du Forum Social Mondial, est d'attendre de savoir quand aura
lieu le Forum Social Brésilien qui pourrait se tenir dans une ville
du Nordeste. Avant cela, la région se réunira à nouveau
au Forum Social Potiguar (FSP), du 16 au 19 décembre, à
Mossoró, dans l'intérieur du Rio Grande do Norte. Ce sera
la troisième fois que ce Forum a lieu dans cet Etat. Plus de trois
mille personnes sont attendues à cette rencontre qui consolide
une initiative pionnière dans la régionalisation et l'enracinement
local du processus des forums sociaux. Cette année, l'axe principal
du FSP sera l'économie solidaire.
Source
: Agência Carta Maior - 29/11/04
Traduction : Emilie Sobac
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