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Le président
Fernando Henrique Cardoso a affirmé, au Portugal, qu'autrefois
il désirait être poète ; découragé par
un professeur de portugais, il s'est finalement dirigé vers la
sociologie. Il aurait pu, si l'on en croit ses dires, prendre n'importe
quelle direction car il était disponible.
Fils d'un officier réputé de l'Armée, porteur d'un
nom paternel renforcé par quelques décades de pouvoir oligarchique
et, on l'apprend, porteur de la noblesse exceptionnelle du sang amérindien
par le côté maternel, il pouvait choisir, et il a choisi,
la sociologie, cette discipline qui n'a aucun compromis avec la créativité
et qui s'attache à analyser les structures sociales existantes.
Les sociologues, seigneurs de la logique descriptive, sont dispensés
de logique normative et, plus encore, de sentiments de solidarité.
Les sociologues voient les phénomènes dans leur ensemble,
dans leurs contours statistiques. C'est ainsi que Fernando Henrique a
pu dire, en Angleterre, que personne n'a faim au Brésil. Nous n'avons
pas, au Brésil, de zones où la faim sévit et frappe
tout le monde. Nous n'avons pas de province de la faim, comme le fut le
Biafra et le sont aujourd'hui de grandes contrées en Afrique.
La faim, ici, va de pair avec la gloutonnerie. D. Helder Câmara
me confiait, il y a plus de trente ans, qu'il avait ressenti l'appel de
l'apostolat politique le jour où, jeune prêtre, il fut convoqué
pour administrer les saintes huiles à deux paroissiens - l'un mourait
d'inanition, et l'autre, obèse, avait explosé un anévrisme
suite à un copieux déjeuner. Tout cela, dans le vieux Nordeste
en conflit.
Fernando Henrique n'a sûrement jamais vu quelqu'un rongé
par la faim. Lui-même, en ce qui concerne la faim, doit en savoir
autant que sur la géologie du rêve. Donc, nous n'avons pas
faim - nous sommes victimes de dénutrition. En effet, mis à
part ceux qui meurent, il n'y a pas de faim, il n'y a, réellement,
que la soit-disant dénutrition : cette carence en calories et en
protéines qui réduit le corps et réduit le temps
de vie, qui réduit la capacité de raisonnement et qui vole
à l'homme ses rares joies d'exister.
Le président est en train de se surpasser dans les conseils qu'il
donne, directement ou indirectement, à son successeur. Même
s'il laissait un pays prospère, avec un trésor bien rempli,
le plein emploi, les services publics fonctionnant comme ils le devraient
et les indices de développement en hausse, ce ne serait pas à
lui de dire à celui qui a été élu sur un projet
d'opposition ce qu'il devrait faire et comment il devrait le faire.
Ceux qui ont participé à l'élection de Lula, comme
partisans, alliés, ou simples électeurs, peuvent, avec légitimité,
dire ce qu'ils pensent et ce qu'ils attendent de leur futur gouvernement.
Mais au président sortant, il manque la discrétion nécessaire.
S'il continue dans cette direction, Fernando Henrique cessera d'être
inconvenant pour devenir ridicule.
Source
: Agence Carta Maior, 14/11/02
Traduction : G. da Costa
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Mauro Santayana est un des chroniqueurs de l'Agence Carta Maior
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