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Copacabana,
30/07/02. Photo : Benmalo
Les rythmes
de samba et des batucadas font vibrer la plage de Copacabana, la plus
célèbre de Rio de Janeiro. Temporairement, la devise nationale
n'est plus " ordre et progrès ", mais : " samba
et football ". Caméras et objectifs du monde entier sont braqués
sur le Brésil en fête. Il suffirait que les angles de prises
de vue s'élargissent un peu, que les yeux s'élèvent
légèrement, pour que la réalité sociale brésilienne
nous revienne en pleine figure tel un tir de Ronaldo. Ici, les inégalités
sont flagrantes, omniprésentes, et pourtant si banales. Sur les
collines qui dominent Copacabana, on aperçoit quelques unes des
700 favelas de Rio. De loin, elles ressemblent à de gros villages
de pêcheurs : un enchevêtrement de baraques sur pilotis, en
équilibre précaire à flanc de montagnes, mais avec
une vue imprenable sur l'Atlantique. Un tiers des habitants de Rio habite
dans une favela. Soit trois millions de personnes.
La favela Santa Marta compte environ 12 000 âmes. De minuscules
ruelles et sentiers traversent cette casbah sud-américaine. Les
allées sont souvent trop étroites pour que deux personnes
puissent se croiser. Ses habitants vivent en permanence sous le regard
figé du Christ rédempteur, l'immense statue de Corcovado,
haut-lieu touristique de Rio (avec le pain de sucre). Plus on grimpe,
plus les gens sont pauvres. Au sommet survivent les nouveaux venus qui
n'ont pas encore eu le temps ni l'argent pour construire leur baraque.
Adieu l'image romantique du village dense et colore : une cascade d'ordures
suit le cours du ruisseau qui descend vers la ville. La puanteur qui s'en
dégage rappelle qu'ici aucun service public - ni propreté,
ni santé, ni école - n'est assuré. Le reste est piraté
: électricité, eau, télévision.
Le système D règne en maître et la communauté
s'est organisée avec l'aide d'associations. Une école a
ouvert ses portes. Une salle des fêtes accueille des concerts de
forró (musique du Nordeste). Le Comité pour la démocratisation
de l'informatique, présent dans une centaine de favelas (www.cdi.org.br),
offre un accès à l'Internet. " La plus belle ambition
révolutionnaire est de libérer les pauvres de leur aliénation
", affiche Andrea, sur son tee-shirt (la citation est de Che Guevara).
Andrea est une sorte d'animateur social. Il fait partie du Movimento favelania
(conjonction des termes favela et cidadania, citoyenneté en portugais),
actif dans une cinquantaine de favelas. Objectif : " Former et éduquer
les habitants des communautés pour qu'ils soient capables de prendre
leurs affaires en main ". Bref, une sorte d'association d'éveil
à l'action politique. Vaste travail en perspective, car aux prochaines
élections présidentielles, les habitants des favelas vendront
leurs votes au plus offrant. Et à ce jeu, la droite brésilienne
est bien meilleure que la gauche.
La finale de la Coupe du monde a temporairement rejeté dans l'ombre
l'actualité qui, depuis plusieurs semaines, tournait autour des
favelas. Un journaliste de TV Globo enquêtant dans une favela est
porté disparu depuis le 2 juin. Les incidents entre police et mafias
sont de plus en plus nombreux. Le 24 juin, la mairie de Rio a été
mitraillée. Pour nombre de Cariocas, les favelas ne sont qu'un
repaire de trafiquants de drogue. S'ils ne représentent qu'une
minorité, ceux-ci ont un pouvoir considérable. Ils sont
répartis en trois mafias qui se disputent le contrôle des
communautés : le Commando rouge, le troisième Tommando et
les Amis des amis. Cette menace permet à la municipalité
de légitimer un état de siège permanent. C'est peut-être
pour oublier cette triste réalité que les Cariocas sont
si prompts à faire la fête. Une cinquième étoile
pour la seleção, ça c'est important.
Rio
de Janeiro, 2 juillet 2002
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