Les Awá-Guajá :
un des derniers peuples nomades en danger


Auteur : Paulo Pereira Lima*

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Photo : Alessio Moiola

Un des derniers peuples nomades du Brésil, les Awá-Guajá sont menacés par des fazendeiros (grands propriétaires terriens) de l'Etat du Maranhão. Ils lancent un appel ; nous, une campagne.

Vues d'un satellite, les zones indigènes Alto Turiaçu, Awá et Caru, au nord de l'Etat du Maranhão, ont l'air de trois taches vertes. Dans la deuxième, cependant, on peut aussi voir une grande bande marron. Elle correspond à une zone déforestée, dans une région traditionnellement habitée par le peuple Awá-Guajá. Ce sont 37 970 ha, l'équivalent de la moitié de São Luís, la capitale de l'état. Les terres se trouvent dans la commune de Zé Doca e le propriétaire supposé est l'entreprise d'élevage Agropecuária Alto Turiaçu, qui aurait acquis le terrain en 1982. 'On était de bonne foi ", explique l'administrateur Cláudio Donizete Azevedo. " La FUNAI [Fondation Nationale de l'Indien] m'a d'ailleurs donné une attestation administrative affirmant qu'il n'y avait pas d'Indiens là-bas " affirme-t-il.
Mais certains contestent cette histoire. " Ce certificat n'a aucune valeur ", accuse le missionaire comboniano Cláudio Bombieri, qui accompagne depuis plus de vingt ans la lutte des Indiens dans l'état. " Le gouvernement du Maranhão n'aurait pas pu vendre des terres qui ne lui appartiennent pas, vu que, selon la Constitution, les terres indigènes appartiennent à l'Union. " Trois rapports d'anthropologues sont en faveur des Indiens. Le plus récent est celui de Eliane O'Dwyr, de l'Université Fédérale Fluminense. C'est avec celui-ci et d'autres documents que le juge José Carlos Madeira, de São Luís, devra décider en octobre si la zone occupée par l'Agropecuária se trouve ou non en territoire indigène.
Dans la région, les Awá sont les seuls à ne pas avoir leurs terres délimitées, " ce qui vient mettre en péril la vie de ces Indiens, un des derniers peuples nomades du Brésil ", dénonce le missionaire. Ils sont environ 300 et revendiquent une aire de 118 000 ha. Ils chassent, pêchent et cueillent des chataignes et des fruits. A ceux qui pensent que cela fait beaucoup de terre pour si peu d'Indiens, Bombieri répond : " Comme ils dépendent de la chasse et de la cueillette, ils ont besoin d'un territoire continu pour se déplacer, intact et livre de dommages environnementaux ".

Les Awá ont déjà été agriculteurs, mais il y a environ 200 ans ils ont été forcés à adopter le nomadisme pour échapper à la poursuite des Blancs. Le prmier contact avec un groupe de cette ethnie a eu lieu en 1973. " La majorité d'entre eux étaient des survivants de massacres perpétrés par les fazendeiros et les madeireiros (les forestiers). Beaucoup ont perdu des parents proches ou ont été séparés de leur famille ", affirme-t-il.
Actuellement, il y a environ 240 propriétés particulières dans la zone, avec le nom et le prénom de leurs propriétaires supposés, enregistrés par la FUNAI, l'INCRA [Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire] et l'ITERMA [Institut de Colonisation et des Terres du Maranhão]. En plus des éleveurs comme Azevedo, il y a aussi des fazendeiros, des madeireiros et d'autres colons.
Le jeune To'o Guajá, un des chefs du village Juriti, est l'un des témoins de cette " tragédie " : " J'aime la forêt, mais je vois les Blancs chasser et mettre le feu partout. Ils vont détruire cet endroit. " L'invasion s'est intensifiée à partir de 1950, suite aux divers fronts d'expansion économique. D'abord sont arrivés les fazendeiros de São Paulo, Goiás et Bahia pour exploiter le bois et établir de nouvelles fazendas. Ensuite est venue la route BR-222, qui relie les villes de Santa Inês et Imperatriz.

Ligne de chemin de fer Carajás

La situation s'est aggravée en 1985, avec la construction du Chemin de fer Carajás de la Compagnie Vale do Rio Doce (CVRD), qui transporte les minerais de fer et de manganèse de la forêt de Carajás, dans l'Etat du Pará, jusqu'à São Luís. Elle coupe le territoire où vivent les Awá. Pour ce projet, le gouvernement brésilien a obtenu un prêt de 900 millions de dollars de la Banque Mondiale et de la Communauté Européenne avec une condition : que les zones indigènes situées le long du chemin de fer soient délimitées. Quant aux Awá, ils ont été complètement oubliés. Selon les journaux locaux, il y a des indices comme quoi de grands goupes économiques sont intéressés par la région. On suppose que c'est aussi à cause de cela que, ces dernières vingt années, diverses tentatives de pressions politiques ont échoué.
C'est pour cette raison que, en janvier dernier, l'ONG anglaise Survival International a dénoncé le Gouvernement Fédéral et la CVRD à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies.
Actuellement, la principale entrave est une action entreprise par Azevedo, qui est aussi le président de l'Association des Eleveurs de l'Etat du Maranhão, qui réunit 1800 membres. En mars 1993, il a obtenu provisoirement gain de cause contre la démarcation. Et il a gagné encore plus : l'IBAMA [Institut Brésilien de l'Environnement] lui a donné le droit d'exploiter le bois et d'accroître la surface de pâturage pour son troupeau de 6200 têtes.
" J'ai demandé à l'Ecole Supérieure d'Agriculture Luiz de Queiroz, de l'Université de São Paulo (USP) une étude pour voir où l'on peut procéder à de l'élevage de bétail et faire un plan de gestion de la forêt, qui a été approuvé par l'IBAMA ", explique l'administrateur.
Ce n'est pas vraiment une " gestion de la forêt " sur laquelle le Ministère Public a enquêté. En juin dernier, le Procureur de la République, Nicolau Dino, a réussi à annuler la décision de l'IBAMA devant la Justice et à stipuler une amende journalière de 10 000 réaux si Azevedo recommence à déforester la zone. Azevedo promet de faire appel : " Où vais-je mettre mon troupeau ? ", demande-t-il.

Campagne

Pendant que le procès traîne dans les tribunaux, une campagne est lancée en soutien aux Awá-Guajá. " Ce peuple veut vivre " est promue par l'Institut EKOS pour l'Equité et la Justice, des missionaires combonianos du Nordeste, Survival International et Sem Fronteiras. Y participent aussi la revue Caros Amigos et d'autres structures. Pour collaborer, il suffit d'envoyer une carte postale au Ministère de la Justice.

Contact : Campagne " Ce peuple veut vivre " (" Esse povo quer viver ")
Email : ekos@direito.elo.com.br

Source : revue mensuelle Sem Fronteiras, août 2002
Traduction : G. da Costa

* Paulo Pereira Lima est le rédacteur en chef de Sem Fronteiras