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L'expulsion de
la sénatrice Heloisa Helena est-elle la goutte d'eau qui fait déborder
le vase de ceux qui critiquent les orientations actuelles du PT ? Quels processus involutifs ? Sur le plan du programme,
par exemple, le courant majoritaire du PT a abandonné toute référence
concrète au socialisme. Quand il en parle, ce qui arrive de moins
en moins, c'est pour dire que le socialisme n'est pas un mode nouveau
de production, une forme inédite de sociabilité, mais un
idéal éthique qui nous encourage à tenter "
d'améliorer " le capitalisme, à " humaniser "
le marché, considérés maintenant comme éternels.
Il n'est pas fortuit que Lula ait récemment déclaré
qu'il n'a jamais été de gauche. Si le bureau national du PT revient en arrière et renonce à l'expulsion, passez-vous l'éponge ou maintenez-vous votre intention de monter un mouvement ou de former un parti afin de récupérer les causes abandonnées par le PT à son arrivée au gouvernement ? Notre décision d'abandonner le PT a été précipitée par la brutalité avec laquelle on prétend résoudre les divergences internes, mais elle ne résulte pas seulement de cela. Il faut être clair, nous n'avons pas la moindre intention de proposer la formation immédiate d'une nouvelle entité. Un parti ne surgit pas de la décision de trois, vingt ou cent intellectuels. Il est le résultat de l'exigence de la société, de la dynamique des luttes sociales. Les origines du PT sont éclairantes pour cela. Nous comprenons donc les raisons de beaucoup de compagnons, intellectuels ou non, qui croient encore à la lutte interne, qui maintiennent l'espoir de renverser le cadre actuel et de ramener le PT au vieux fonds socialiste et démocratique. Bien que très sceptiques, nous les soutenons. S'agit-il alors
d'abandonner le militantisme et de revenir au monde Non, pas du tout. Ce que nous prétendons faire c'est contribuer à la formation d'un forum de débats, dans lequel se retrouveraient non seulement ceux qui sont prêts à sortir du PT mais également ceux qui, bien qu'ils pensent comme nous, veulent continuer la lutte interne. Ils sont nombreux. Ce forum devrait aussi englober des intellectuels et des personnalités d'autres milieux, de ceux qui n'ont jamais milité au PT à ceux qui intègrent d'autres partis de gauche ou n'ont simplement pas d'appartenance politique, mais qui s'identifient à une lutte commune pour refonder une gauche socialiste et démocratique. Faites-vouspartie de ceux qui pensent que les partis doivent être substitués par les mouvements sociaux ? Les transformations radicales pour lesquelles nous luttons aujourd'hui ne peuvent pas être réalisées uniquement par les mouvements sociaux et les associations. Pour cela, notre horizon est l'appui à la création d'une nouvelle formation. On n'a encore rien inventé qui puisse remplacer le parti politique dans sa fonction d'universaliser les luttes sectorielles pour la transformation radicale de la société. Mais il faut éviter toute précipitation. Cela ne nous intéresse pas de créer un petit parti qui se limite à témoigner de la pureté de nos convictions. Le forum pourra être un encouragement à la création d'un nouveau parti, socialiste, démocratique et de masse. Pour que cela arrive, cependant, il faut que les conditions mûrissent. Pour l'instant, le forum atteindrait son objectif s'il maintenait l'espoir qu'un autre monde est possible, que le socialisme n'est pas une utopie anachronique. Nous ne sortons pas du PT pour aller cultiver notre jardin mais pour continuer la lutte pour une société socialiste et démocratique, pour ce pour quoi le PT a lutté les vingt premières années de son existence. Croyez-vous qu'il y ait encore une chance de retour pour le PT et le gouvernement Lula ? Il faut faire la
distinction entre le PT et le gouvernement Lula, justement, la distinction
qui n 'est pas faite par l'actuelle direction du parti. Pendant la campagne
électorale, Lula et le PT ont proposé une politique d'alliances
qui unisse le monde du travail et le " capital productif ",
ou, plus précisément, la bourgeoisie industrielle. L'objectif
immédiat de cette alliance serait de rompre avec la politique néolibérale
de la période Fernando Henrique Cardoso - Malan et de mettre en
place une nouvelle proposition de développement, avec création
d'emplois et répartition des richesses. Ceci veut-il dire que vous êtes opposé à la politique des alliances ? Non, j'ai toujours
considéré comme une erreur de la part du PT, pendant la
période initiale, d'avoir adopté une politique d'isolement,
sectaire. Il s'agit de définir clairement ce qu'est une politique
d'alliances. Quand on propose une telle politique, il faut définir
quels sont les alliés, et quels sont les adversaires. L'adversaire
de l'alliance entre les travailleurs et la bourgeoisie industrielle, représentée
pas le couple Lula - José de Alencar, devrait être le capital
financier, national et international. C'est-à-dire : faire
des alliances ne signifie pas proposer une " concertation ",
une mêlée générale où les adversaires
ne sont pas identifiés, où tous sont traités en alliés.
Et comme il est impossible de concilier tous les intérêts
conflictuels, cette " concertation " signifie dans la pratique
la capitulation du gouvernement Lula devant les intérêts
du capital financier, devant la fraction actuellement prédominante
au pouvoir. Et le PT ? Là, le discours est autre. Comme disent certains de ses rares idéologues, le gouvernement Lula ne serait pas de gauche, du PT, mais un " gouvernement de centre-gauche ". Selon moi, il s'agit plutôt d'un gouvernement de centre-droit. De toute façon, cela signifie que le PT, s'il veut continuer à gauche, ne peut pas s'identifier complètement au gouvernement. Il devrait conserver son autonomie pour que la corrélation des forces à l'intérieur de ce gouvernement d'alliances puisse tendre vers le côté des travailleurs, la gauche. Ce que nous voyons, au contraire, c'est l'alignement complet du PT sur le gouvernement. A qui attribuer ce changement ? Jose Genuino, par
exemple, n'agit pas comme le président d'un parti pluriel et de
masse. C'est l'huissier du gouvernement, chargé de tirer l'oreille
des membres du PT qui osent faire la moindre objection à la politique
de capitulation menée par les détenteurs du pouvoir.
Quand il faisait partie de l'extrême gauche du PT, qu'il combattait
l'idée de démocratie comme valeur universelle et voyait
la révolution socialiste au Brésil comme quelque chose de
semblable à la prise du Palais d'Hiver, Genoino défendait
les droits des minorités à l'intérieur du parti et
a eu ses droits respectés. Personne n'a jamais pensé à
l'expulser, ni même le petit parti auquel il appartenait. Pourtant,
maintenant qu'il est arrivé au Planalto, il est devenu le bourreau
des compagnons dissidents et minoritaires. Cette conversion drastique
de Genoino est emblématique de la trajectoire du PT. De Marx et
Engels à Tony Blair, la social-démocratie européenne
a mis presque 150 ans pour abandonner le socialisme et devenir une force
auxiliaire du grand capital. Elle a eu au moins le mérite de promouvoir
cette évolution au moyen de congrès, certains historiques,
où les militants avaient l'occasion d'être d'accord. Le PT
est en train de réaliser cette trajectoire, en quelques années,
à travers des décisions prises d'en haut. L'actuelle direction
n'a pas eu le courage de convoquer un congrès du parti avant que
celui-ci ne soit infesté par des Narriman Zito ou Flamarion Portela.
Source
: Par Ana Maria Tahan - Jornal do Brasil - 14/12/2003 |
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