|
|
||
|
LA CNBB DEMANDE
L'ACCELERATION DE LA REFORME AGRAIRE Le
président de la Conférence Nationale des Evêques du
Brésil (CNBB), le cardinal Geraldo Majella Agnelo, exige
de Lula une accélération dans la conduite des réformes,
spécialement la réforme agraire. " C'est la plus
importante que le gouvernement puisse faire car elle concerne les racines
de l'injustice sociale. " Archevêque
de Salvador et primat du Brésil, il ne tarit pas d'éloges
sur l'action du gouvernement dans son combat de la corruption et manifeste
l'espoir que Lula mène a bien ses réformes en 2004. Comment évaluez-vous l'attitude de Lula ? Geraldo Majella Agnelo - Lula continue à jouir d'un énorme prestige populaire. Cela signifie qu'il correspond aux expectatives de l'électorat. Il faut prendre en compte le fait que sa biographie est emblématique et que la nouveauté d'un ouvrier au Planalto [siège de la Présidence] est chargée d'un grand pouvoir symbolique. Bien que beaucoup de gens ne comprennent pas les décisions du gouvernement, ils ont confiance en Lula du fait de son passé. J'espère donc que les orientations politiques du Brésil changeront dès que les conditions économiques seront favorables. Les actions du gouvernement pour affronter les problèmes sociaux sont-elles suffisantes ? Agnelo - Il n' y a aucun doute que, dans son programme et ses discours, Lula met en avant la priorité des solutions aux problèmes sociaux. Je crois pourtant que ses actions ne sont pas encore aussi fortes que ses propositions. Il aurait pu réaliser beaucoup plus dans le domaine des politiques sociales s'il avait contenu avec plus de rigueur la voracité des créanciers et renégocié les conditions de paiement des intérêts de la dette. La dette sociale a priorité sur toute autre dette financière. Comment analysez-vous l'action du gouvernement en ce qui concerne la réforme agraire ? Agnelo - La réforme agraire est, à mon avis, la plus importante que ce gouvernement puisse faire, car c'est celle qui atteint au plus profondément les racines de l'injustice sociale dans notre pays. Elle doit être ample et capable de casser l'épine dorsale de cette structure injuste qu'est la concentration de la propriété foncière. Il ne s'agit pas d'intensifier la politique d'assentamentos, mais de changer les priorités : l'agrobusiness pour l'exportation doit être le complément naturel de l'agriculture familiale. Le Mouvement des Sans Terre (MST) a une position ferme sur le Programme National de la Réforma Agraire (PNRA) et mérite le respect. Le gouvernement fait - il assez contre la corruption ? Agnelo - C'est un des points les plus positifs du gouvernement Lula. L'action du Ministère de la Justice, la nomination du nouveau procurateur général de la République et la fermeté du Ministère Public dans l'investigation de toute suspicion d'action nuisible au bien public amènent une grande dimension éthique à notre société. Quelle est l'évaluation de l'Eglise sur le programme Faim Zéro ? Agnelo - A l'Eglise
revient la mobilisation des personnes et des groupes, à travers
des actions de sensibilisation de la société sur le problème
de la faim, ainsi que l'organisation de débats sur les meilleures
voies à emprunter pour sa solution. A l'Etat reviennent la formulation
et l'exécution de politiques publiques qui assurent à tout
citoyen et citoyenne la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le gouvernement a bien avancé dans les réformes ? Agnelo - Non. Sans entrer dans le débat sur le mérite des réformes, je critique leur rythme d'urgence. La société aurait du avoir plus de moyens de débattre sur ces questions, à partir d'un éventail d'informations sûres, de manière à former une vraie opinion publique. Le gouvernement s'est servi du marketing, ce qui simplifie les diagnostics et montre seulement la solution qu'il propose. Le gouvernement a-t-il omis un domaine qui exige des mesures d'urgence ou met-il du temps a aborder certains problèmes ? Agnelo - Oui, dans deux domaines très sensibles. La réforme agraire, qui selon moi est prioritaire par rapport à celle de la Sécurité Sociale, et la promotion d'un débat national sur comment engager une négociation souveraine sur la dette publique, négociation à laquelle on ne pourra pas échapper. Qu'est-ce que vous attendez du gouvernement ? Agnelo - Notre attente est que Lula, fidèle à son origine pauvre et à sa biographie marquée par une noble lutte pour la justice sociale, assume courageusement le programme de réformes qui tirera le Brésil de sa position subalterne face au capital financier, et réalise le désir populaire qui l'a conduit à la présidence : un gouvernement de transition vers un autre modèle socio-économique, avec comme bases un développement durable, la démocratie et la redistribution des richesses.
----------------------
" Lula va perdre sa crédibilité s'il ne relance pas la croissance économique qui a été inexistante en 2003 " prévient Dom Demetrio Valentini, évêque de Jales (SP) et membre de la Commission Episcopale de la Pastorale pour le Service de Charité de la Justice et de la Paix de la CNBB. Dom Demetrio relève le sérieux et la transparence du gouvernement comme étant des qualités que l'on ne peut nier, il loue la politique extérieure et dit comprendre que Lula ait opté d'abord pour le choc de la crédibilité, afin de récupérer le contrôle monétaire et celui des dépenses. Mais il regrette que cela ait été fait aux dépens des programmes sociaux. C'est aussi l'opinion de l'évêque de São Felix (MT), Dom Pedro Casaldaliga, un représentant de la gauche de l'épiscopat. " Cela peut se comprendre qu'il y ait eu nécessite pour Lula de se tourner vers l'extérieur, du fait de la préoccupation à sauver la situation économique du pays, mais cette seconde année, il faut se recentrer sur l'intérieur et affronter les questions de la réforme agraire, du chômage, et des revenus internes " dit-il. Pour lui, la violence dans les campagnes est le fruit de problèmes non résolus. " La réforme agraire est une dette de cinq siècles " prévient-il. Pour l'évêque de Jundiai (SP), Dom Amaury Castanho, les résultats de la première année ne correspondent pas aux attentes créées par les projets qui, selon lui, correspondaient aux propositions de la CNBB. " La croissance quasi zéro du PIB et le chômage sont des problèmes sérieux auxquels Lula est confronté sur le plan intérieur " observe Dom Amaury, un représentant de la ligne plus modérée de l'épiscopat, qui ne cache pas l'enthousiasme provoqué par la visite du président à Itaici. Un tournant Dom Paulo Evaristo Arns, ami de Lula, qu'il considère sincère et capable, est dur dans l'évaluation du gouvernement. " Cela a été une année indifférente puisque le gouvernement n'a progressé ni régressé en rien " évalue le cardinal, rajoutant que, faisant confiance à Lula, il espère qu'en 2004 il sera plus réaliste et pas seulement un homme de discours. " Il se peut que la situation ait empiré pour beaucoup de gens par rapport aux promesses faites le jour de l'investiture " observe-t-il. " J'espère qu'il va y avoir un tournant en 2004 car le peuple ne peut plus attendre " ajoute l'évêque de Blumenau (SC), Dom Angélico Sandalo Bernardinho, insistant sur les mêmes questions. " Réforme agraire, emploi, pouvoir d'achat ; je ne propose pas de radicalisme mais j'alerte sur le contraste entre opulence et misère " dit-il, applaudissant la politique extérieure mais critiquant la soumission du pays aux banques internationales. Pour l'évêque de Petrópolis, Dom José Carlos de Lima Vaz, l'Eglise doit reconnaître l'effort du gouvernement dans le combat contre la corruption et la mobilisation de Lula sur le problème de la faim. Mais il prévient que la solution définitive est l'emploi. " Le programme Faim Zéro est ponctuel, ce n'est pas un changement de structure ". " Le peuple continue à espérer beaucoup du président, un homme digne, correct, idéaliste, mais pour l'instant nous n'avons vu que très peu de choses en l'Amazonie " dit l'archevêque de Belém (PA), Dom Vicente Zico. Sans rendre directement Lula responsable, car il pense que le problème réside également au niveau des états et des communes, il dénonce l'aggravation de la violence dans les villes et les campagnes. " Faim Zéro ? Peut-être dans d'autres régions, mais ici nous attendons toujours le programme " se plaint Dom Vicente. Un autre problème dans l'état du Pará est la précarité des routes fédérales. " C'est une honte mais personne ne paraît se préoccuper des routes ". Un autre archevêque d'Amazonie, Dom Moacyr Grechi, de Porto Velho (RO), fait un bilan positif. " Lula m'a surpris par sa capacité à être président et, dans ses contacts avec les autres pays et les organismes internationaux, il sait où il va ". Il n'espère pas beaucoup du gouvernement mais parie sur quelques points. A commencer par la réforme agraire qui devrait être accélérée. Il pointe le chômage et les réformes politiques comme les principaux défis. L'archevêque de Paraiba, Dom Marcelo Pinto Carvalheira, qui travaille depuis plus de trente ans dans la région, préfère ne pas parler de la politique pour le Nordeste. " Je ne veux gêner la route de personne " dit-il, prétextant qu'il faut avoir une bonne connaissance de la situation pour pouvoir donner son opinion. " Je suis très lié à Lula et je le rencontre de temps en temps mais on n'est pas d'accord sur tout ". Dom Marcelo a des divergences sur les orientations de la Superintendance pour le Développement du Nordeste, la défunte SUDENE que le gouvernement veut réactiver. D'un point de vue moral, l'Eglise n'est pas d'accord avec la politique de combat du Sida. " La question de la publicité pour les préservatifs est à l'initiative du Ministère de la Santé sans englober le gouvernement en tant que tel " rappelle Dom Agnelo. La CNBB a protesté en décembre contre la diffusion d'une vidéo sur l'usage du préservatif. Depuis quatre ans,
les robinets sont secs a Caetés, où Lula est né,
quand la ville appartenait à la commune de Garanhuns, dans le Pernambouc.
Comme cela fait longtemps qu'il n'y a pas eu de fortes pluie, les réservoirs
sont secs, l'approvisionnement dépend de camions-citernes. "
Le peuple a cru, malgré la sécheresse, qu'il y aurait
de l'eau avec l'élection d'un des leurs à la présidence,
mais rien n'a changé jusqu'à maintenant " dit l'évêque
de Garanhuns, Dom Irineu Roque Scherer, qui appréhende les conséquences
de la sécheresse dans la région. " La situation est très grave car il n'y a définitivement plus d'eau après quatre ans de rationnement " informe le secrétaire municipal de l'agriculture, Lucivalter Santana Bernardo, confirmant la situation calamiteuse de Caetés, ville administrée par le PT. A cause de la sécheresse prolongée, les agriculteurs ont perdu 90% de leur production de maïs, d'haricots noirs et de manioc, calcule le secrétaire. Confiance Malgré tout,
dit Dom Irineu, Lula inspire de la confiance car " il sait simplifier
le langage et parler d'une manière que le peuple comprend ".
Le problème c'est " qu'il a un beau discours qui enchante
et convainc mais le PT ne suit pas ". Conséquence : le
gouvernement promet mais les choses ne se font pas. " Le programme
Faim Zéro, par exemple, devrait être plus poussé
" dit l'évêque, après avoir critiqué la
distribution des bourses alimentation de 50R$. Caetés, où
le revenu familial par tête est de 55,8 R$, distribue 337 bourses.
Violence Garanhuns et Caruaru,
les villes les plus grandes de la région, ont des problèmes
de violence, avec des homicides et du trafic de drogue. " Ce sont
les conséquences d'une situation de pauvreté qui doit être
affrontée, même en sachant que la sécheresse ne va
pas s'arrêter ". Dom Irineu attribue à Par José Maria Mayrink
Source
: Estado de São Paulo, 31 décembre 2003 |
||