Remuer le couteau dans la plaie

, par Elisabeth Carvalho

Source : Carta Maior 06/02/2017
Par Elizabeth Carvalho
Traduction : Brunelle MOREAU
Relecture : Roger GUILLOUX

Si la distance emphatise les émotions et les sensations, les réactions brutales de brésiliens qui se sont ouvertement réjouis de la peine de l’ex président Lula à la perte de sa compagne ont l’effet du couteau que l’on remue dans la plaie. De loin, devant l’écran d’ordinateur, face aux outrages exprimés à la mort de Dona Marisa, revient en mémoire une image biblique symbole de la cruauté humaine – celle des ceux qui offrirent du vinaigre à Jésus alors qu’il mourrait de soif sur la croix.

Le Brésil est malade, cinglé par la désunion, la démoralisation, la banalisation de la cruauté. Le monde souterrain des réseaux sociaux est infesté de bêtes qui défient impunément notre décence, notre dignité, notre citoyenneté inachevée, la construction de notre futur. Vu de loin, il reste de l’image du Brésil celle d’un grand territoire sur la carte de l’Amérique du Sud, sans loi ni morale, où règnent le cynisme et la vulgarité, mal cachés derrière les substituts qui nous ont été imposés à la tête de l’Etat.

Il existe une nouvelle expression qui donnerait une bonne représentation de l’époque difficile que nous traversons : « démocratie résiduelle ». C’est le nom de la conférence internationale [1] qui a réuni la semaine dernière à Séville quelques uns des meilleurs spécialistes des droits de l’Homme – Capitalisme néolibéral, Démocratie résiduelle. Dans le système actuel auquel nous sommes soumis, une part considérable de l’ensemble des valeurs formatrices de la démocratie est en reste, en excédent et doit être renouvelée. Il s’agit de la part qui concentre les droits et garanties, ôtées d’un Etat Social, auquel, nous, brésiliens, n’avons jamais vraiment pu goûter.

Le Brésil est devenu aujourd’hui le grand laboratoire mondial de cette guerre générale du néolibéralisme à démocratie résiduelle. Nous sommes face à une crise structurelle de l’Etat - comme le soulevait pendant le congrès, José Eduardo Cardozo, ex-ministre de la Justice et avocat de la Présidente Dilma Rousseff – qui noie dans la promiscuité la séparation des pouvoirs qui en sont le fondement, qui mine le principe de la légalité et met en échec le pouvoir législatif, qui envahi la souveraineté territoriale nationale par le biais d’une stratégie de guerre juridique sans précédent dans l’histoire – le Warfare. Notion si bien établie par le brillant historien et politologue, Luiz Alberto Moniz Bandeira dans son livre, Le Désordre Mondial qui attaque subjectivement le véritable concept de la citoyenneté, ouvrant la porte à l’immoralité qui bouleverse la société brésilienne.
Les quatre piliers sur lesquels s’assoit l’Etat – séparation des pouvoirs, légalité, souveraineté et citoyenneté – sont sérieusement ébranlés dans ce Brésil affaibli, malade, défiguré, en passe de devenir le champion du monde de fabrication de Frankensteins. Ils prolifèrent en raison de l’escalade de violence dans nos rues, dans nos prisons inhumaines, dans le manque de solidarité, et dans le mépris absolu de nos rituels d’adieu, de célébration de la vie et de la mort.

Dans son agonie, le Brésil s’alimente cruellement du vinaigre qui empoisonne sa vocation de grande civilisation des tropiques. Nous devons le soigner, si face au déclin des civilisations du Vieux Monde qui nous ont toujours dominées, nous voulons récupérer la foi en l’idée que nous sommes le Nouveau Monde qui a en main les clés d’un futur moins sombre pour les prochaines générations.

Voir en ligne : Carta Maior

[1Conférence internationale à propos des dérives du capitalisme et des droits de l’homme, ayant eu lieu le 25 et 26 janvier 2017 où était notamment présente Dilma Rousseff.

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