Quelles perspectives politiques et citoyennes au Brésil ?

, par Marilza de Melo Foucher

Il ne fait pas de doute que la destitution de la Présidente Dilma Rousseff a été planifiée au plan national et probablement avec l’aide internationale. Avec l’appui du quatrième pouvoir et des secteurs conservateurs du pouvoir judiciaire, une femme honnête a été mise en pâture. Le point dans un Brésil qui oscille entre le chaos et l’espoir.

Par Andressa Anholete

Le processus de destitution contre Dilma Rousseff a créé un dangereux précédent dans l’histoire politique brésilienne. Depuis le 12 mai, le Brésil a désormais deux présidents, l’un élu au suffrage universel et injustement destitué, l’autre, président par intérim, a pris la tête de l’Etat suite à la procédure dite d’ "impeachment". Avide de pouvoir, le président par intérim Michel Temer a commencé à agir précipitamment, il a nommé les ministres désignés par les députés et les sénateurs qui lui ont permis de prendre le pouvoir et qui sont pour la plupart inquiétés par le scandale de corruption de l’opération « lava-jato ».

Le président par intérim est doté d’une énorme soif de vengeance au point d’ordonner des mesures qui confinent la présidente Dilma Rousself dans une sorte d’exil politique, au sein même du palais présidentiel, au point de supprimer ses voyages, hors visites familiales, de lui retirer ses gardes du corps et contrôler ses frais d’alimentation. En peu de temps, le « coup de corrompus » a été démasqué par la même presse complice brésilienne qui publie la transcription de l’enregistrement d’une conversation datant du mois de mars, entre le ministre intérimaire de la planification Romero Juca et un ancien sénateur de son parti, Sergio Machado. La révélation des enregistrements démontre la véritable raison du coup d’état pratiqué contre la démocratie et contre le mandat légitime de Dilma Rousseff. Dans un témoignage, publié mercredi 15 juin par la Cour suprême brésilienne, Sergio Machado, ex-président de Transpetro, une filiale du géant pétrolier Petrobras, a passé un accord avec la justice pour réduire sa peine. Il confirme que le président par intérim du Brésil, Michel Temer, aurait profité du réseau de corruption monté au sein de la puissante entreprise d’Etat Petrobras.

La Banque du Brésil vient d’informer la commission de mise en accusation du Sénat qu’il n’y a pas d’actes compromettant la présidente Dilma. Cela confirme ce que dit Dilma et sa défense : comment peut-elle être pénalement responsable d’un acte qu’elle n’a pas commis ? Dans un entretien avec le journal Folha de Sao Paulo, le procureur général de la République, Rodrigo Janot, fait une déclaration emphatique : « Il était clair qu’ils voulaient interférer dans le processus électoral. L’avocat d’Alberto Youssef a commencé à pratiquer des fuites de manière sélective. J’ai prévenu que cela devrait arrêter, parce que la clause contractuelle dit que ni Youssef, ni l’avocat ne peuvent parler. Si cela continuait, je ne m’engage pas à ratifier la dénonciation ».

La société brésilienne a constaté que les représentants qu’elle a mis au pouvoir, les élus au Congrès sont plus aptes pour le cirque que pour l’exercice législatif au Parlement. Une bonne majorité des membres du Congrès, impliqués dans la corruption, sont plus préoccupés par les intérêts privés que par l’intérêt collectif.

Je dirais qu’il existe aujourd’hui une résistance démocratique mobilisée contre le coup d’Etat. Toutefois il ne faut pas crier victoire ! La défaite de la destitution de la Présidente Dilma n’est pas la défaite du coup d’Etat. Il existe un Plan B : l’impeachment de Rousseff et Temer par la Cour Suprême du Brésil. Les conservateurs du pouvoir judiciaire vont continuer à prioriser cette démarche. La Présidente Dilma ne pourra pas compter sur une majorité à la Chambre et au Sénat. L’opération « Lava jato » sera à nouveau à charge contre Rousseff et le PT. Elle va continuer à faciliter des fuites sélectives, des délations cherchant à affaiblir davantage un gouvernement déjà faible. Le monde des affaires, des médias et des partis de la droite brésilienne va continuer à se mobiliser contre toutes les mesures qui cherchent à inverser la politique d’ajustement néolibérale, omniprésente pour préparer le changement.

Face au danger, il ne faut pas oublier que la droite et ses alliés (médias traditionnels, monde d’affaires, juges conservateurs, militants de l’extrême droite) sont très organisés pour empêcher la continuité d’un projet politique de développement de l’inclusion sociale et de la souveraineté nationale.

Comment résoudre ces problèmes ? La simple réaffirmation du programme sur lequel Dilma Rousseff a été élue en 2014 ne suffit plus, car il ne prend pas en compte le contexte politique et économique en évolution après son investiture.

Une nouvelle articulation des forces politiques semble indispensable pour relever ces défis. La question est : quel type de renégociation [comme dit Dilma Rousseff] est à la hauteur des conflits en cours ?

Les mouvements sociaux ont bien compris l’enjeu politique, de lutte pour la préservation de leurs droits et de défense d’un modèle de développement avec inclusion sociale et défense de l’environnement.

Il faut noter que la majorité de ceux qui ont soutenu le coup d’Etat semblent paralysés face aux scandales de corruptions qui touchent les ministres désignés par le gouvernement provisoire et le propre Président. Ils sont pour la plupart inquiets face au scandale de corruption de l’opération « lava-jato ». Les brésiliens se rendent compte du coup de bluff monté lors du coup d’état, au nom de la restauration de la morale publique. Ils regardent incrédules l’impasse dans laquelle se trouvent gouvernement provisoire et sa majorité au parlement : les plus corrompus sont aujourd’hui au pouvoir !

Le Président du Centre de recherche IPEA : Jesse Souza a écrit : « nous sommes dans un monde contrôlé par un syndicat de voleurs de la politique, par des juges "justiciers" qui protège une élite de vampires et une société condamnée à la misère, à la pauvreté matérielle et spirituelle. Ce coup d’état, cette escroquerie, doit être comprise par tous. Il est le miroir de ce que nous devenons ». Je dirai comme Martin Heidegger : « Seul un Dieu peut nous sauver ». Marx, peut être plus modeste, a dit : « pour chaque problème, il y a toujours une solution ». Laquelle émergera-t-elle pour le brésil ?

L’espoir : une utopie du possible

Malgré la perspective des difficultés et les revers, la crise a favorisé le regroupement de la gauche. Il y a eu un sursaut de mobilisation populaire, un sursaut citoyen. Les jeunes commencent à discuter de la politique. Ils ont bien compris que le gouvernement Temer représente la perte des droits et des conquêtes sociales du gouvernement Lula et Dilma. Les intellectuels, les artistes se réapproprient le débat politique et dénoncent le coup d’état et le rôle des moyens de communication. Lula est légitimé dans son rôle de leader populaire sans précédent dans notre histoire. Malgré l´incessante campagne de diffamation, il demeure le meilleur candidat pour les élections présidentielles de 2018. C’est lui le grand articulateur qui a réussi à remobiliser la gauche contre le coup d’état. Il est clair que, même si la destitution de Dilma Roussef était le but immédiat, la cible principale est l´ancien Président Luís Inácio Lula da Silva. Son parcours sera intéressant pour l’analyse des politologues. Plus il est frappé par ses ennemis, qui veulent éviter sa nouvelle candidature, plus son soutien populaire se développe.

Un front populaire est né dans tous les états du Brésil, les discussions sur l’avenir de la gauche sont ouvertes. Quelles sont les alternatives futures pour renforcer la gauche dans la lutte politique ? Beaucoup de sujets sont mis sur la table : plébiscite pour la réforme politique, plébiscite pour des élections anticipées, retour de Dilma, démarche d’une nouvelle constituante. La Présidente Rousseff qui n’a jamais été populaire car trop technocrate, est aujourd’hui presque plébiscitée par la majorité des brésiliens. Selon la « Data Folha », organisme d’enquête, 98 % des brésiliens sont solidaires de Dilma Rousseff. Elle a surpris tout le monde par son combat et sa détermination pour défendre la démocratie. Le Hors TEMER est devenu le bonjour des brésiliens.

Le Front Populaire est aussi organisé au plan international, en France c’est un Collectif Solidarité France Brésil qui a été créé, il rassemble le Comité France Amérique Latine, le groupe du Parti des Travailleurs, Les amis du mouvement sans Terre, le MD18 Mouvement démocratique 18 mars, l’association Autre Brésil, Le parti Communiste, le Parti de Gauche. Tous les partis de gauche en France, excepté le Parti Socialiste, ont envoyé une lettre de soutien à la Présidente Dilma Rousseff.

C’est pour cette raison que je dis à tous les mouvements sociaux, à tous les partis de gauche en France, en Europe que le silence devrait être interdit quand une démocratie est menacée ici ou ailleurs.

Voir en ligne : Le blog de Marilza de Melo Foucher

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