L’implication de la dictature militaire brésilienne contre la nomination de Dom Helder Camara

DIAL consacre son numéro de mai à la publication de la traduction intégrale de ce rapport rédigé par la Commission d’État de la Mémoire et de la Vérité Dom Helder Camara de l’État de Pernambouc (Brésil).

Avant-propos des responsables de l’édition française, par José de Broucker et Gérard Panthier

Le Brésil a vécu sous régime militaire de 1964 à 1985. En 2011, une loi a donné naissance à une Commission nationale chargée d’établir la vérité sur les crimes et délits imputables à ce régime. En juillet 2012, l’État du Pernambouc a créé sa propre Commission Mémoire et Vérité pour enquêter, notamment, sur « l’action de la dictature militaire contre la candidature de Dom Helder Camara au prix Nobel de la Paix ».

Dom Helder était archevêque d’Olinda et Recife, capitale du Pernambouc, au nord-est du Brésil. Son nom a été porté quatre ans de suite (1970, 1971, 1972 et 1973), dans les formes requises, à la considération du Comité (norvégien) du Nobel de la paix par le lauréat de 1968 (René Cassin), des parlementaires de plusieurs pays européens, et l’importante Confédération latino-américaine des syndicats chrétiens (CLASC). Quatre ans de suite ce fut en vain. Que s’est-il passé ?

La Commission Mémoire et Vérité a produit un rapport éloquemment documenté adopté à l’unanimité le 25 septembre 2015 et publié à Recife (Compagnie éditrice de Pernambouc) le 18 décembre. Dial publie ici la traduction française de ce rapport. « Il est terriblement instructif, note un lecteur impressionné, et sur la dictature, et sur le prix Nobel, et sur la grandeur de Dom Helder. »

Sur la dictature : il y avait plus que des soupçons, fondés sur des sources médiatiques et rapportés par Nelson Piletti et Walter Praxedes dans leur biographie Dom Helder Camara : O profeta da paz [Dom Helder Camara : le prophète de la paix] (São Paulo : Editora Contexto, 2008). S’il pouvait rester des doutes, ils sont levés, preuves à l’appui. Le rapport révèle la perversité des œuvres et manœuvres occultes auxquelles la peur peut abaisser un pouvoir qui se dit fort. De tous les contestataires que la dictature a suscités, celui que les généraux ont le plus redouté a été le moins redoutable, le plus désarmé, le plus doux : le bispinho de Recife, le « petit évêque » comme il aimait s’appeler.

Sur le Nobel de la Paix : les cinq membres du Comité d’Oslo en quête de modèles pacifiques et pacifiants ne sont pas exempts de faiblesses humaines, ils ne sont pas indifférents aux intérêts de leur patrie, ils subissent des pressions. En temps de guerre, fut-elle froide comme dans les années 1970, le prix Nobel a du mal à survivre dignement : choisir Horace, c’est offenser Curiace, et réciproquement. La solution a parfois été l’abstention ; d’autres fois la contestation assumée ; dans le cas de Dom Helder, les dictateurs de Brasilia ont été plus forts que leurs homologues de Bangkok, de Pékin, de Moscou…

Sur Dom Helder : le prix Nobel ne comptait pas pour lui, mais il pouvait compter pour les millions de sans voix qu’il portait dans son cœur : « Je ne me sens que le petit représentant de toute une légion ». Son mot de la fin : « Je n’ai pas reçu le Nobel. Pourquoi douter du jury ? On doit accepter, respecter ». Du temps où il jouait au football, il a retenu qu’il est « très important et de savoir gagner et de savoir perdre » (Les Conversions d’un évêque, l’Harmattan, Paris, 2002).

Ce qu’il a gagné, c’est un « Prix populaire de la Paix » qui lui a été remis solennellement à Oslo puis à Francfort les 10 et 11 février 1974 …

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