Les indiens cernés par la crise politique au Brésil

, par Manuela Carneiro da Cunha

Le Brésil se targue d’une Constitution Citoyenne qui met à l’honneur les droits humains et la protection de l’environnement. À l’issue de deux décennies de dictature militaire, cette Constitution proclamée en 1988 affirmait l’espoir d’un régime de justice et de démocratie. En ces quelques trente ans, elle a subi toutes sortes d’entorses : les lois sont enfreintes, comme de tout temps ; mais, plus grave encore, des amendements constitutionnels et des décrets cherchent à la défigurer.

Des conflits endémiques.

Un grand nombre de conflits porte sur les terres et leurs formes d’exploitation. Les terres hors du marché foncier sont particulièrement visées. Ainsi les territoires attribués aux Amérindiens, aux descendants de noirs marrons, les quilombolas ou encore les terres de la Réforme agraire, sont dans la ligne de mire de ces nouvelles mesures.

En Amazonie, les grileiros, qui s’arrogent illégalement des terres grâce à des documents forgés de toutes pièces, les exploitants forestiers illégaux, pilleurs de bois noble, qui sévissent dans la région avec des méthodes de plus en plus sophistiquées, les orpailleurs et les intérêts miniers se glissent un peu partout dans les terres protégées. L’agrobusiness quant à lui réclame de nouveaux espaces pour ses activités. Déjà il occupe la majeure partie de cet autre écosystème précieux qu’est le cerrado et il empiète fortement sur l’Amazonie orientale, surtout dans l’État du Pará.

Les conflits ont aussi des sources plus lointaines. Ainsi la région centre-ouest du pays, qui comprend le Mato Grosso du Sud et l’ouest du Paraná, a été « colonisée » sous la poussée de l’État, dans les années 1940. Les peuples guarani ont été violemment délogés et parqués dans de petites réserves. Depuis plusieurs décennies, ils cherchent à récupérer leurs terres traditionnelles. Les propriétaires terriens, appuyés par des milices privées, les combattent. Les assassinats se succèdent. On peut suivre cette tragédie dans l’admirable film récent de Vincent Carelli, « Martyre ». Les conflits sont endémiques et pas seulement le fait des envahisseurs de terres publiques. Lors des débats à propos de la Constitution de 1988, l’industrie minière et ceux qui étaient intéressés pour des raisons diverses dans les travaux d’infrastructure s’opposaient déjà aux droits des Amérindiens. On peut depuis peu chiffrer les très profitables pots de vins impliqués dans des barrages et donc les liens entre les partis politiques et les promoteurs de ce qu’on appelle encore au Brésil le « développement ».

Empiétant à chaque fois directement sur des territoires amérindiens, la politique des barrages au Brésil date des années 1970 et de la période de dictature militaire. Elle est particulièrement importante pour l’industrie minière et pour l’agrobusiness. Reprise vers la fin du second mandat du président Lula, avec le barrage de Belo Monte sur le Xingu et deux barrages sur le fleuve Madeira, elle a à nouveau déplacé plusieurs sociétés indiennes. L’actuelle crise économique a mis en veilleuse un projet de cinq grands barrages sur le bassin du Tapajós, qui affecteraient directement les indiens Munduruku.

Des projets d’amendements constitutionnels (PEC de ses initiales en portugais) sommeillent depuis des années et même des décennies, en attendant le moment propice pour être convoqués à l’ordre du jour de la Chambre des députés. Le PEC 215, peut-être la principale menace qui pèse à présent sur les territoires indiens, date de 2000. Alors que la compétence en matière de démarcations a toujours été le fait du pouvoir exécutif, ce PEC prétendait l’attribuer au pouvoir législatif qui compte sur une forte représentation du lobby de l’agrobusiness farouchement opposé aux intérêts des Amérindiens. Il proposait même de soumettre au Congrès la ratification des Terres amérindiennes déjà reconnues et homologuées. Rejeté lors de son premier passage par la Commission Constitutionnelle, il a été ressuscité quinze ans plus tard par le président de la Chambre des députés, aujourd’hui en prison, et soumis à nouveau à la Commission Constitutionnelle qui, cette fois, l’a approuvé. Ce projet d’amendement peut donc, le moment venu, revenir sur scène et être voté. Or c’est justement, selon certains, le moment ou jamais.

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