Le pentecôtisme brésilien : expansion, variation, invention

, par Ronaldo de Almeida

Source : Marina Frúgoli / Couv : K. Penalba et M. Ishtar de Luca

Le Brésil connaît depuis quelques décennies un processus de transformation religieuse, dont les évangélistes [1] et, plus encore, les pentecôtistes sont les principaux protagonistes. Dans les systèmes classificatoires les plus courants, le pentecôtisme brésilien est considéré, au sein du christianisme, comme appartenant au milieu évangélique, aux côtés des protestants traditionnels et en opposition au catholicisme. Dans la littérature brésilienne sur les pentecôtistes, la métaphore la plus connue est sans doute celle qui a été proposée par Paul Freston (1993) selon laquelle ce courant religieux se serait propagé dans le pays par « vagues » successives au long du XXe siècle. Celles-ci seraient schématiquement au nombre de trois, chacune d’entre elles présentant un ensemble de ruptures et de continuités, mais toutes allant dans le sens d’une amplification de la portée du phénomène

La première correspond à la période d’implantation et d’enracinement, avec la création de la Congrégation chrétienne du Brésil, en 1910, et de l’Assemblée de Dieu en 1911. Au début des années 1950, une nouvelle impulsion est donnée avec l’arrivée de la Croisade nationale d’évangélisation qui donna naissance, en 1951, à l’Église quadrangulaire du Brésil, d’origine américaine, puis, en 1956, à Brésil pour le Christ et, en 1962, à Dieu est amour. À la fin des années 1970, une troisième vague, plus connue sous le nom de néo-pentecôtisme, introduit de nouvelles caractéristiques comme une plus grande permissivité morale, une plus forte diabolisation du monde, un intérêt nouveau pour la vie matérielle, une conquête des médias et de la vie politique, etc. (Mariano 1996 ; Campos 1999 ; Almeida 2009). C’est de cette époque que datent Renaître en Christ, Sara notre terre et la plus emblématique de toutes ces institutions, l’Église universelle du royaume de Dieu ainsi que ses avatars (Internationale de la grâce du royaume de Dieu et Église mondiale du royaume de Dieu).

Il convient d’ajouter que certains protestants réformés et catholiques charismatiques ont adopté différents éléments du pentecôtisme, tels que l’expérience extatique de la glossolalie et, dans le cas des catholiques, la conversion individuelle, typiquement évangélique, mettant l’accent sur la subjectivité et l’émotion. D’un autre côté, l’Église universelle du royaume de Dieu, d’obédience néo-pentecôtiste, a incorporé, comme nous le verrons plus loin, des composantes de la religiosité afro-brésilienne. Le pentecôtisme a aussi débordé de ses frontières institutionnelles et a admis des pratiques et des idées issues de religions situées hors du champ chrétien.

Dans ce contexte, cet article vise, d’un côté, à circonscrire un ensemble de questions contemporaines apparues au fil du temps et influant sur la configuration actuelle du pentecôtisme brésilien et, de l’autre, à comprendre dans quelle mesure ce cadre empirique a pu façonner les recherches sur la religion au Brésil.

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[1Les spécialistes francophones des mouvements évangélistes utilisent le substantif « évangélistes » pour désigner les pasteurs et les missionnaires de ces Églises et le substantif « évangéliques » pour désigner leurs fidèles. Cette terminologie a été conservée dans la traduction (Ndt).

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