La mise en oeuvre du programme de Temer implique la répression

, par Eduardo Maretti

L’un des coordinateur de Frente Brasil Popular (Le front Populaire Brésilien), le scientiste politique, Roberto Amaral, prévoit “un pays en conflit”, suite à la destitution de Dilma Rousseff. "Temer n’est pas un acteur dans le processus, c’est un fantoche", affirme-t-il.

Source : Rede Brasil Atual publié le – 31/08/2016
Traduction : Jean Saint-Dizier pour AutresBrésils
Relecture : Maïa Inzaurralde Nahson

Roberto Amaral : ’Le mandat de Temer dépend de la nécessité de perturber le système ou pas’. Source : Rede Brasil Atual.

Selon l’ex-président du PSB et l’un des coordinateurs du Frente Brasil Popular, Roberto Amaral, suite à la déchéance du mandat de Dilma Rousseff ce mercredi (31/09) les perspectives sont celles “d’un pays en conflit”. À son avis, le programme qui doit être lancé par le gouvernement, désormais plus considéré comme intérimaire, “va devoir faire appel à la répression du mouvement syndical en général, en particulier du secteur pétrolier, et des mouvements paysans”.

Amaral considère que, même “illégitime” et sous la menace de dénonciations [1] le gouvernement de Michel Temer, dans la conjoncture actuelle, intéresse le système, au moins jusqu’à la fin 2016. “Le régime se retient de destituer Temer parce qu’aujourd’hui, son investiture est importante en vue des modifications [2] qui pourraient avoir lieu. Il faudra alors organiser de nouvelles élections. À partir du 1er janvier 2017, cette substitution se fera au Congrès. Et ce Congrès-là pourra élire qui il veut.

Pour le professeur et politologue, les élites qui ont pris le pouvoir ont en main différents instruments pour compromettre le processus politique démocratique dans les prochaines années. “Ils ne permettront de nouvelles élections en 2018 qu’en l’absence de risques d’une victoire d’un personnage comme Lula”, dit-il. “Et d’ici là, ils peuvent adopter un certain nombre de mesures constitutionnelles. Ils peuvent, par exemple, réduire les pouvoirs du Président de la République, rendant ainsi inutile l’élection de n’importe quel candidat.”

Selon lui, face à cette situation, le mouvement populaire doit se montrer uni et, dans le cas des partis, adopter une politique frontale, unissant le mouvement syndical et les mouvements populaires d’opposition au gouvernement.

Voici son interview :

Programme du gouvernement Temer

Je m’attends à un pays en conflit. Le programme qui doit être annoncé et complété après l’impeachment est un programme de récession, anti-national, anti-populaire, qui ne passerait jamais l’épreuve d’un processus électoral, et qui en aucune manière ne peut être soutenu par le processus démocratique classique. Il va devoir faire appel à la répression du mouvement syndical en général, en particulier du secteur pétrolier, et des mouvements paysans. Il va restreindre les libertés. Nous sortons d’un conflit qui a visiblement divisé la société. Celso Amorim a déjà dit que l’impeachment de Collor [3] avait uni la nation, celui-ci l’a divisée. Il l’a profondément divisée, entre le progrès et la régression, et la régression ne s’installe pas sans résistance.

Mouvement de résistance

Le mouvement populaire a deux engagements à tenir : celui de l’unité, et celui d’une politique frontale que les partis, avec le syndicalisme et les mouvements populaires de résistance au gouvernement doivent adopter. Il ne s’agit pas que d’une simple opposition au gouvernement. Il s’agit d’une résistance à un gouvernement illégal, et surtout, illégitime. Ça n’a pas juste été un coup d’état parlementaire, la question n’est pas de savoir si on retire Dilma et si on met Temer à sa place. Ce qui s’est passé, c’est qu’on a mis de côté une politique approuvée par le processus électoral pour en mettre d’autres en place, sans consultation populaire. Ce qu’on est en train de dire c’est que, contrairement aux fondamentaux de la démocratie représentative, plus besoin d’élections pour arriver au pouvoir. Et ça c’est inacceptable.

On voit le comportement du gouvernement de l’état de São Paulo [4] (de Geraldo Alckmin, du PSDB). On voit les annonces de répression face aux manifestations contre le coup d’état. Tous les masques vont tomber. Les masques ne sont plus nécessaires.

Dictature constitutionnelle

Il n’y a dans notre histoire aucun précédent d’un gouvernement illégitime instaurant une politique anti-social qui respecte le processus démocratique. Le dernier précédent en matière de politique du retour en arrière, de récession, est celui du gouvernement Castelo Branco avec sa politique de Campos e Bulhões (référence à Otávio Gouveia de Bulhões, ministre de l’Économie, et Roberto Campos, ministre du Plan du premier président du régime militaire instauré en 1964).

Mais il s’agissait alors d’une dictature militaire. Nous ne nous dirigeons pas vers une dictature déclarée parce que jusqu’à présent il n’y a pas eu d’interventions des Forces Armées. Mais plutôt vers une “dictature constitutionnelle”. Le Congrès, à genoux, qui fut acteur du coup d’état, alimentera l’exécutif de toutes les mesures répressives nécessaires. En commençant par le vote de la PEC [5] (241), qui suspendra les investissements dans l’Éducation, la Santé, l’Assainissement pour une durée de 20 ans. Cela revient à décider du retard de ce pays pour un grand nombre d’années. Si on stoppe l’investissement dans l’éducation, les sciences et les technologies, le jour où on les reprendra, on ne redémarrera pas au point où l’on s’était arrêté. Notre retard dans le domaine de la recherche et des sciences sera irrécupérable. Et ça c’est un crime. Il est impossible de démanteler Petrobras et privatiser le Pré-sal sans réactions populaires et syndicales.

Travailleurs

Jusqu’à présent le gouvernement annonçait des mesures, mais restait dans l’attente de l’impeachment pour les appliquer. Il n’y a pas encore eu, au cours de cette crise, d’occasions pour un soulèvement syndical. Nous sommes dans un processus syndical encore en retard politiquement. Mais, dans le monde entier, y compris au Brésil, les travailleurs se révoltent quand leurs droits ne sont plus seulement menacés, mais commencent à être anéantis. Le mouvement syndical brésilien va très rapidement passer de la défense économique à la revendication politique. C’est inévitable. Nous sommes en pleine récession, il est naturel que la première préoccupation des leaders syndicaux soit celle de conserver l’emploi, jusqu’à ce qu’on assiste à une perte concrète des droits.

Mandat de Temer

Le mandat de Temer dépend de la nécessité ou pas pour le système, de contrarier le système. À partir de maintenant, le Congrès National, les assemblées législatives ou les conseils municipaux peuvent destituer n’importe quel président, gouverneur ou maire, sans aucune justification constitutionnelle. Temer est vulnérable sur ce point-là. Il sait bien que son nom circule parmi les délations récompensées [6]. Cela fragilise l’image de n’importe quel président.

Le régime se retient de destituer Temer parce qu’aujourd’hui, son investiture est importante, si des modifications ont lieu, il faudra organiser de nouvelles élections. À partir du 1er Janvier 2017, cette substitution se fera au Congrès. Dès lors, ce Congrès-là pourra élire qui il veut.

Temer n’est pas un sujet de ce processus historique, il n’en est pas acteur, c’est un fantoche. Il ne n’est là que par hasard et nécessité. Il est donc totalement à la merci du Congrès. Il est aussi entre les mains de l’ineffable Gilmar Mendes [7] . Une procédure est en cours au TSE à la demande du PSDB [8], en vue de la cassation de la liste électorale commandée par Dilma.

Si cette liste était invalidée, il serait lui aussi destitué. De plus, ce procès ne se terminera pas en 2018 à mon avis. Sérgio Mota et Fernando Henrique annonçaient 20 ans de social-démocratie. Tel a toujours été le rêve de la droite. Elle n’a jamais accédé au pouvoir par les urnes. En 1954 elle y est parvenue suite au suicide de Getúlio Vargas et a tenté de le conserver en essayant d’empêcher l’investiture de Juscelino Kubitschek. En 1961, idem avec la tentative d’empêcher celle de com Jango [9] .

Elections présidentielles de 2018

Ils ne permettront la tenue d’élection qu’en l’absence de risques d’une victoire d’un personnage comme Lula. Autrement dit, sans risque d’alternance du pouvoir. Et d’ici là, ils peuvent adopter un certain nombre de mesures constitutionnelles. Ils peuvent, par exemple, réduire les pouvoirs du Président de la République, rendant ainsi inutile l’élection de n’importe quel candidat. Ils peuvent aussi transférer au Congrès la responsabilité de la nomination du Ministre de l’Économie, du Plan ou du Président de la Banque Centrale afin de garder le contrôle sur les intérêts de l’économie, et cela, toujours sans aucun risque.

De plus, pour se mettre réellement à l’abri, ils vont tenter par tous les moyens de détruire Lula. Détruire l’image de Lula, le symbole, jusqu’à discréditer l’homme politique, avec toutes ces attaques en justice, pour tenter d’obtenir d’ici à 2018 une condamnation qui l’écarte définitivement du processus électoral. La partie est lancée de manière si évidente, les cartes sont si clairement posées sur la table que je ne comprends pas qu’il subsiste encore le moindre doute.

[1La plupart de ses ministres peuvent à tout moment tomber, dans le cadre de l’opération “Lava-Jato”

[2Dans la Constitution

[3Fernando Collor de Melo, président déchu en 1992 pour corruption.

[4Qui a déjà annoncé, à peine deux jours après le coup d’Etat parlementaire, qu’il allait intensifier la répression vis-à-vis des manifestations anti-Temer.

[5Projet d’Amendement Constitutionnel

[6De l’opération “Lava-Jato”

[7Président du Suprême Tribunal de Justice, dont la partialité est très nettement mise en doute dans certains dossiers de l’opération Lava-Jato, entre autres.

[8Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne

[9Joao Goulart

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