Fierté et préjugé : les religions afro-brésiliennes

, par Gabriel Leão

Source : Vice - 31/08/2015
Traduction pour Autres Brésils : Daniela Schmid
Relecture : Roger Guilloux

Photo :Autumn Sonnichsen

Le sang coule de la tête de Kailane Campos, 11 ans, laissant des taches rouges sur la tête et sur les vêtements blancs. Alors que la jeune fille rentrait d’une fête de candomblé avec sa famille, à Rio, elle a pensé qu’elle allait mourir. Sa grand-mère et la mãe de santo [1], Katia Matinho, l’ont secourue. De l’autre côté de la rue, deux hommes les invectivaient, brandissant une bible. Ceci s’est passé le 14 juin et a attiré l’attention des médias brésiliens, mettant en évidence le préjugé dont souffrent les religions d’origine africaine et notamment le candomblé et l’umbanda.

Dans les médias, la haine de ce qui est différent n’est pas réservée aux commentaires sur Facebook, les pages d’information et les blogs. En mai, les chaînes de télévision Rede Record et Rede Mulher ont été condamnées à produire et à transmettre quatre émissions, avec droit de réponse sur les religions d’origine africaine, en raison des propos offensifs diffusés dans leur programmation. Suite à la décision du juge de droit civil, Djalma Moreira Gomes, de São Paulo, chaque chaîne devra produire un programme d’une durée minimale d’une heure et devra mettre à la disposition de celui-ci, son espace physique, ses équipements et son personnel. Le babalorixá  [2] Kazi Kaòbátìná, spécialiste en anthropologie des religions à l’Université Paris-Sorbonne, estime que la décision de la justice représente un progrès. Kazi espère que la justice continue à œuvrer en faveur du peuple noir, aussi bien en ce qui concerne ses origines que sa culture, pour arriver à réparer les maux causés par l’esclavage.

O babalorixá Kazi Kaòbátìná. Archives personnelles.

« Je pense que la décision de la justice affecte de façon négative l’image des chaînes de télévision. L’association d’un média à une manifestation de préjugé est toujours problématique, notamment quand les questions religieuses et ethniques sont en jeu. Les deux chaînes ont déjà eu des problèmes en raison de leurs liens avec le mouvement pentecôtiste. La décision de la justice aggrave cette situation », estime le sociologue Cláudio Novaes (Université Cásper Líbero).

Le sociologue Cláudio Novaes

Récemment, l’acteur Eduardo Sterblitch, est apparu dans l’émission « Pânico ». Il a mis en scène une black face – acteur ou actrice qui se peint en noir – pour interpréter le personnage de « l’Africain », qui, par sa gestuelle et sa manière de parler, ridiculisait les Africains et leurs descendants. De plus, il « recevait les divinités » disait-il, donnant ainsi une image péjorative des héritages culturels sociaux et religieux des noirs. L’humoriste a utilisé sa page Facebook pour s’excuser le 10 août. L’émission « Pânico na Band » a fait savoir « qu’à aucun moment, elle n’a voulu insulter qui que ce soit, et même que, depuis que cette émission existe, le ʺPânico’s chefʺ interprète des personnages d’origines différentes, japonaise ou du Nordeste, par exemple, qui préparent les plats typiques de leurs régions d’origine et donc qu’aucun de ces personnages n’avait été créé pour insulter ». Dans une note la chaîne de télévision a maintenu la même position : « L’Africain, interprété par l’humoriste Eduardo Sterblitch, est une des caractérisations présentes dans la section ‘Pânico’s Chef’, une satire de l’émission MasterChef. Dans cette section, il y a … des Mexicains, des Chinois, des Arabes ». La Commission Nationale pour la Vérité sur l’esclavage noir, qui est liée à l’Ordre des Avocats du Brésil, a déposé une plainte au Secrétariat des Politiques de Promotion de l’égalité raciale (SEPPIR), organe du Gouvernement Fédéral.

À Rio de Janeiro,les trafiquants de drogues convertis aux religions évangélistes expulsent les pratiquants de candomblé des favélas et interdisent l’usage des colliers typiques de la religion (appelés guias) et le port de vêtements blancs. Une étude réalisée par l’université PUC-Rio et le gouvernement de l’Etat de Rio de Janeiro fait état de l’existence de 847 terreiros [3] dans l’Etat. 430 ont déjà souffert d’actions discriminatoires et 132 ont été attaqué par des évangélistes. Le Secrétariat aux Droits de l’homme qui relève du gouvernement fédéral, a mis en place, en 2011 un numéro spécial pour recevoir des plaintes. De la date de mise en place de ce numéro à 2014, 504 plaintes ont été enregistrées, 597 personnes ayant été victimes de préjugés (une même plainte pouvant concerner plusieurs victimes). Entre les 345 victimes qui ont indiqué leur couleur de peau, 210 sont noires ou métisses, soit un total de 60,8% du groupe qui a déclaré sa couleur et 35,2 du total des victimes. En ce qui concerne les auteurs de ces méfaits, les évangélistes viennent en deuxième position, représentant 27% du total alors que les religions d’origine africaine ne sont pratiquées que par 0,3% de la population, selon l’IBGE (Institut Brésilien de Géographie et Statistique).

La loi 7.716/89 indique que le crime d’intolérance religieuse n’est pas sujet à prescription et qu’il encoure une peine de détention d’un à trois ans et la loi 12.288/2010 prévoit que « La liberté de conscience et de croyance est inviolable, le libre exercice des cultes religieux est assuré et la protection des endroits destinés aux cultes et aux liturgies est garanti par la loi ».

Préjugé enraciné

Les religions afro-brésiliennes sont apparues avec la diaspora africaine en Amérique Latine et ont commencé à être propagées dans les navires négriers. Il y a des différences entre le culte aux orishas  [4] pratiqué au Brésil et celui pratiqué en Afrique. Les premières grandes maisons de candomblé ont été créées vers la fin du 18ème siècle à Salvador, Bahia. C’est le cas de la Casa Branca et de ses ʺdescendantsʺ, les maisons Gantois et Afonjá. De con côté, l’umbanda est apparue au début du 20ème siècle, et s’est propagée dans le pays en une union des médiums du candomblé et le kardécisme. Selon le babalorixá Kazi Kaòbátìná, « le préjugé s’inscrit dans un contexte de racisme dissimulé » ; ayant sa source dans la haine raciale, il dépasse la question de l’intolérance religieuse. Le leader religieux attire l’attention sur le fait que si les pratiquants des religions afro-brésiliennes sont victimes d’hostilités alors qu’ « on ne voit pas actuellement des cas d’agressions » contre les bouddhistes et les juifs. Le rappeur Emicida partage le même point de vue. Le 21 juin, il est monté sur la scène lors d’un événement culturel à São Paulo avec João Donato et Martinho da Vila (accompagné également du groupe religieux ‘As águas de São Paulo’), et a fait une déclaration publique sur les questions sociales touchant aux exclus, notamment le gens du candomblé : « Nous ne voyons pas que les temples bouddhistes, les synagogues ou d’autres temples partageant une foi différente du christianisme, sont victimes d’incendies. Les enfants qui croient en Vishnu ne sont pas reçus avec des pierres quand ils manifestent leur croyance dans leur manière de se vêtir. »

Le chanteur rappelle avec force que le racisme est une ʺconstruction séculaireʺ au Brésil, ce qui conduit la société à diaboliser le noir de façon récurrente et imperceptible pour beaucoup de blancs et certains noirs. Le rappeur est l’un des rares artistes de la nouvelle génération qui se manifeste à ce sujet ou sur les problèmes brésiliens d’une manière générale. Il croit que cela résulte d’un climat « de grande ignorance et agressivité », associé au « petit nombre de gens disposés à dialoguer », laissant l’espace aux positions extrémistes et superficielles. « Les médias ont une énorme responsabilité dans ce processus. Alors, moi, même si je ne suis pas d’accord, je comprends les raisons pour lesquelles mes collègues décident de se taire. Chaque fois que quelqu’un se manifeste en faveur de la pluralité d’opinions, il est victime d’une vague de haine – une haine virtuelle sur Internet - à laquelle très peu de gens savent faire face. »

Emicida. Photo d’Ênio Cesar.

La loi 10639/03 détermine que l’enseignement de l’histoire africaine est obligatoire dans les écoles brésiliennes, cependant, l’historien de l’Université de São Paulo, Ivan Poli, auteur du livre Anthropologie des Orishás, affirme que « ce thème est invisible dans l’univers académique brésilien », dénotant ainsi une mentalité de colonisés qui ne reconnaît des héros que dans l’histoire européenne. L’ethnomusicologue français Xavier Vatin, disciple du photographe Pierre Verger, a affirmé lors d’une interview à VICE : « Ce qui attire les chercheurs du monde entier au Brésil depuis plus d’un siècle, c’est la culture noire. Alors, comme nous sommes dans un contexte de discrimination et de racisme lié à l’intolérance religieuse et dans une période où le candomblé est victime de beaucoup de préjugés, il est important de montrer que la culture noire est valorisée à l’étranger alors qu’elle est tant stigmatisée au Brésil. » À ce contexte, Novaes ajoute les valeurs transmises par le processus de globalisation, fondés sur des concepts nord-américains et qui sont exportés par le biais des films, des chansons et des séries, laissant peu de place à une production culturelle locale. Ce phénomène est aggravé par le fait que les chaînes privées se préoccupent avant tout des retombées financières et non des questions culturelles, à la différence des chaînes publiques qui participent à la construction de l’identité brésilienne.

L’historien Ivan Poli

Pour le babalorixá Kazi Kaòbátìná, l’attitude de la presse vis-à-vis des religions africaines est celle « d’un marché d’information sans un positionnement sérieux » résultant d’une recherche effrénée d’audience, s’appuyant sur le sens commun et totalement dépourvue d’impartialité. Emicida affirme que la presse brésilienne a une vision à sens unique des stéréotypes et utilise des jeux des mots, « comme dans le cas de ce fou qui s’est mis à tirer en entrant dans une église aux Etats-Unis. La presse américaine appelle cela un carnage, mais pour la brésilienne, il s’agit d’un affrontement », explique-t-il. L’auteur de la saga Deuses de Dois Mundos (Dieux de deux mondes), PJ Pereira, structure la presse nationale en trois groupes : un petit groupe qui défend les positions afro ; un autre, encore plus petit, liés aux médias néo-pentecôtistes, qui les critique et un groupe majoritaire « qui ignore ces questions, je ne sais pas si c’est par manque d’intérêt ou par peur de créer de la confusion, car les gens qui sont en colère, font beaucoup de bruit. »

PJ Pereira. Photo Helena Wolfenson.

Ivan Poli affirme que les traditions africaines ont apporté des valeurs civilisatrices qui sont présentes dans le patrimoine de la culture brésilienne, indépendamment des religions. Emicida, lui-même, croit que sa musique « a sa source dans un rythme et une poésie que la culture africaine a disséminés de par le monde et qui a influencé tant de cultures ». L’artiste rappelle que le Brésil « a fait des emprunts non seulement à la culture afro, mais également à la culture indigène », dans les domaines de la foi et même de la gastronomie. Pour lui, « sans les percussions nous serions perdus ». PJ Pereira rappelle qu’à une certaine époque, on pouvait trouver de fortes traces de la mythologie africaine dans des œuvres culturelles, « tout particulièrement dans l’œuvre de l’écrivain Jorge Amado ». Cependant, cet intérêt est retombé et nous avons assisté à l’explosion des sectes néo pentecôtistes et leur discours de peur. L’africanité est devenue un symbole de la damnation.

La relation avec d’autres religions

Le pasteur Ed René Kivitz

Nous connaissons peu de groupes évangéliques ouverts au dialogue avec les religions africaines. Le pasteur Ed René Kivitz, de l’Eglise Baptiste Água Branca (IBAB), y est favorable. Il croit que : « aujourd’hui, au Brésil, les groupes religieux rivalisent sur le marché de la foi pour occuper une place au soleil, ainsi que pour l’hégémonie de la représentativité », mettant les religions en concurrence et même des groupes semblables dans les luttes de pouvoir et pour la conquête de fidèles. Selon ce pasteur, cette attitude s’éloigne des enseignements du christianisme et conduit certains fidèles à des actes violents provoquant des victimes. Elle s’oppose aux dogmes, aux rites et aux codes moraux de ceux qui s’écartent de leur matrice religieuse. « L’expérience spirituelle devrait contribuer à construire une société juste et pacifique, parce que toutes les traditions religieuses affirment la solidarité, le respect pour la dignité humaine et la générosité - et toutes affirment l’amour comme la plus haute vertu », dit-il.

Le babalorixá Kazi Kaòbátìná partage la même vision : selon lui, si les dirigeants néo-pentecôtistes prenaient une position contraire à l’intolérance, leurs disciples causeraient moins de problèmes, parce que, même quand les religions africaines ne sont pas l’objet d’incitation à la haine, elles souffrent d’une position de « connivence et de silence ». De plus, l’absence de dialogue et d’une connaissance profonde des autres religions propageraient des idées erronées. Ceci conduit le babalorixá à affirmer que beaucoup de religions assimilent l’orisha Eshu au diable chrétien et considèrent les pratiquants du Candomblé comme des sorciers et des macumbeiros  [5].

Il y a des décennies, les relations avec les autres religions étaient plus cordiales, comme, par exemple, quand Dom Lucas Moreira Neves a été photographié servant le café au roi de la nation Ketu, branche du candomblé de l’Afrique de l’Ouest liée à la culture yoruba. Kazi Kaòbátìná estime que le dialogue avec les dirigeants catholiques est plus développé et qu’il n’y a pas eu d’agressions de leur part. Kazi dit qu’ils se sentent même « biens accueillis » lors des campagnes de fraternité et les services œcuméniques. Il rappelle les noms de personnalités telles que Dom Helder Camara, Dom Paulo Evaristo Arns, Dom Pedro Casaldáliga, Fr. Betto et Fr. Carlos Mesters [6]. Cependant, le pratiquant du candomblé n’est pas bien perçu par les dirigeants néo-pentecôtistes.

Le père Julio Lancellotti. Foto : Guilherme Santana/VICE

Le père Julio Lancellotti également considère que les relations sont respectueuses, même s’il ne nie pas l’existence de conflits fondées sur l’intolérance. Il souligne la nécessité pour la société de rester vigilante pour que les minorités ne soient pas subjuguées par le fondamentalisme. Selon lui, le fondamentalisme existe dans toutes les religions et c’est un grand mal pour la société. « Les hommes tuent au nom de Yahvé, le Dieu juif, de Allah, le Dieu islamique et aussi du Dieu chrétien. Comme le disais (José) Saramago, ce qui tue ce n’est pas Dieu, c’est « le facteur Dieu », c’est-à-dire le Dieu déformé par les humains ».

État laïque et liberté religieuse

Lancement du Plan National de Développement durable des peuples et communautés traditionnelles d’origine africaine

En réponse à VICE, le Secrétariat pour la promotion de l’égalité raciale (SEPPIR) affirme coordonner le Plan national pour le développement durable des peuples traditionnels et des communautés d’origine africaine. Il travaille avec les institutions fédérales depuis 2013, mettant en place des actions de sécurité alimentaire et de reconnaissance officielle des terreiros comme patrimoine national. Il y a aussi la participation du Comité national pour le respect de la diversité religieuse : organisme créé par le Secrétariat pour les Droits Humains (SDH). Il est chargé de promouvoir la reconnaissance et le respect de la diversité religieuse et de défendre le droit au libre exercice des diverses pratiques religieuses. L’agence affirme également travailler en coordination avec le ministère de la Culture.

Cependant, il n’y a pas de représentants de religions africaines parmi les élus – à la différence des églises néo-pentecôtistes, dont les élus forment un groupe politique au Congrès. L’actuel président de la Chambre des Députés, Eduardo Cunha (PMDB), a déjà dirigé un culte évangélique à l’Assemblée nationale. Le prosélytisme, aussi bien au Congrès qu’au Gouvernement, constitue, pour Kazi Kaòbátìná l’un des principaux obstacles à la liberté religieuse.

Une telle position remet en cause la laïcité de l’État brésilien défini par l’article 5 de la Constitution. Selon le pasteur Kivitz, la nation brésilienne est, dans sa majorité, chrétienne, mais « la religion n’est pas quelque chose sur laquelle l’État doit légiférer. L’État ne peut pas imposer une religion aux citoyens, ni empêcher les citoyens de pratiquer leur croyance. Le gouvernement doit garantir cette isonomie et punir conformément à la loi tous les abus et les manques de respect ».

L’historien Ivan Poly (USP) souligne que « le moment actuel est l’un des pires pour les religions africaines et leurs traditions. L’agression contre la jeune fille à Rio est tout d’abord, une agression contre nos valeurs civilisatrices d’origine africaine et va au-delà de la seule intolérance religieuse, car en fait, celle-ci se produit pour des raisons d’imposition d’autres valeurs civilisatrices étrangères à notre tradition culturelle nationale ».

« Qu’est-ce que c’est, pour nous, la liberté religieuse ? Est-ce que le peuple a la liberté de vivre ? Y a-t-il une liberté et des conditions décentes de vie afin que les gens ne soient pas opprimés ? Parfois, la discussion sur la liberté religieuse est un peu élitiste. Alors, avant d’accéder à la liberté religieuse, nous avons besoin de la liberté humaine pour vivre dignement », affirme le père Júlio Lancellotti. Récemment, la mairie de Salvador a reconnu les droits juridiques et administratifs des terreiros de candomblé dans la ville.

[1Mãe de santo : ʺmère de saintʺ, nom fréquemment utilisé pour désigner une femme chef de terreiro afro-brésilien. Elle est responsable de la vie spirituelle et temporelle du terreiro (lieu de culte), dirige l’éducation religieuse des fils et filles-de-saint, le travail des auxiliaires et les cérémonies rituelles.

[2Babalorixá  : chef masculin d’un terreiro afro-brésilien. Il remplit les mêmes fonctions que la mãe de santo.

[3Terreiro  : terme généralement utilisé pour désigner les lieux de culte du candomblé. C’est aussi un lieu de regroupement social où se transmettent les traditions africaines.

[4Orishas  : Divinités des religions d’origine africaine.

[5Macumbeiro. A l’origine, personne qui pratique la macumba (mélange de cultes africains et chrétiens). Dans la langue populaire, le macumbeiro est celui qui peut jeter des sorts sur d’autres personnes.

[6Les trois premières personnes citées sont des évêques qui se sont fait connaître pour leur opposition à la dictature militaire (1964- 1984) et les deux suivantes sont des religieux. Tous les cinq sont connus pour leur esprit d’ouverture et la défense des pauvres.

Autres articles Sur les mêmes Thématiques

Annonces

Suivez Autres Brésils

Newsletter

Inscrivez vous
Entrez votre adresse pour vous abonner à notre lettre d’infos

La dernière newsletter :

>>> Autres Brésils a besoin de vous !

Réseaux sociaux

PNG - 2.2 ko
PNG - 2 ko

Flux RSS

PNG - 1.4 ko

Abonnez-vous au flux RSS