En réalité le coup d’Etat ne fait que commencer

, par Guilherme Boulos

Source : Folha de São Paulo
Publié le 01/09/2016
Traduction pour Autres Brésils : Roger GUILLOUX
Relecture : Maia INZAURRALDE NAHSON

Renato Costa/Folhapress

[Retour sur la destitution de Dilma Rousseff et les prévisions de Guilherme Boulos, leader du Mouvement des travailleurs sans-toit]

Par Guilherme Boulos

Ce mercredi 31 août, le Sénat a définitivement entériné le coup d’Etat contre le mandat de la Présidente Dilma Rousseff : 61 votes [1], par le biais d’une élection indirecte, ont annulés le vote populaire de 54 millions de citoyens. Mais ce n’est que le signe avant-coureur de ce qui nous attend. En réalité, le coup d’Etat ne fait que commencer.

Michel Temer, alors qu’il était Président intérimaire, avait reçu les premiers avertissements du marché lui faisant comprendre que le délai pour la mise en place de « mesures consistantes » en faveur de leurs intérêts, était la fin de cette année. Le monde de la finance exige le renvoi de l’ascenseur.

Et qui donc pourrait le faire ? Temer n’a pas été élu et tout indique qu’il ne prétend pas disputer une réélection. Il n’a de comptes à rendre à personne si ce n’est à ceux qui ont appuyé la manœuvre qui l’a conduit à la Présidence.

Quant au Parlement, la question se résout avec la distribution des postes, laquelle est déjà en grande partie réalisée. Cunha [2] est un cas à part et on peut s’attendre à une action ferme de Temer visant à adoucir sa peine et à éviter la prison.

Cette dette est d’abord vis-à-vis de l’élite patronale et financière qui a apporté un appui sans faille à cette destitution et qui exige la mise en place d’un ensemble de réformes régressives, un véritable coup allant à l’encontre des droits sociaux et des droits du travail.

Ces mesures antipopulaires se déploient sur trois axes principaux.
Tout d’abord une remise en cause de la CLT [3] (Consolidation des Lois du Travail). Eliseu Padilha [4] a déjà donné la clé de ce qui va advenir : il suffit de la rendre caduque.

C’est ce que l’on a l’intention de faire en apportant un soutien à l’approbation de quelques projets en cours au Congrès : le Projet de Loi Complémentaire (PLC) 30 qui autorise la généralisation des contrats précaires en permettant la sous-traitance des activités principales d’une entreprise, le Projet de Loi (PL) 4193 qui autorise la primauté de la négociation sur la législation, la PL 427 qui institue la négociation individuelle entre l’employé et le patron.

Avec l’approbation de ces projets, la CLT n’aura plus de poids ; dans la pratique, elle perdra toute effectivité. Ni même la dictature militaire, au long de ces 20 années sombres, n’osa s’attaquer à la CLT. Temer prétend le faire en deux ans.

Deuxièmement, une attaque contre le système de Sécurité sociale. La réforme qu’ils souhaitent approuver avant la fin de l’année est d’une perversité qui fait penser à l’ex-ministre japonais des Finances, Taro Aso, lequel choqua le monde en disant que les vieux devraient «  se dépêcher de mourir » afin de réduire les dépenses publiques.

Les principales mesures de ce projet sont la mise en place d’un âge minimum de 65 ans pour faire valoir ses droits à la retraite et la déconnection du réajustement du salaire minimum de celui de la retraite. C’est extrêmement triste et ça ne s’arrête pas là.

Le troisième grand coup est contre la Constitution de 1988 et son organisation de protection sociale. Le Projet d’amendement constitutionnel (PEC) 241 prétend congeler les investissements publics pendant 20 ans, portant atteinte aux dépenses concernant l’éducation, la santé et les programmes sociaux. Dans la pratique, il s’agit de constitutionnaliser la politique d’austérité.

Pour toutes ces raisons, ce jour ne marque pas la conclusion d’un coup d’Etat mais bien son début. Ce programme n’est pas sorti des urnes et ne le sera jamais. Il ne peut être appliqué qu’avec une limitation de la démocratie et l’annulation du vote.

Ce serait cependant croire aux contes de fées que de supposer qu’un coup d’Etat de cette dimension se déroulera sans résistance. Jusqu’à maintenant, la majorité des gens n’est pas allée manifester, ni en faveur ni contre, car elle pensait qu’elle n’était pas concernée. Quand elle va commencer à se rendre compte de ce qui est en jeu, le scénario va changer.

Voir en ligne : Folha de S.Paulo

[161 sénateurs sur un total de 81

[2Eduardo Cunha. Ancien Président de la Chambre des Députés. Accusé de fraude fiscale et de corruption, il est suspendu de ses fonctions de président, le 5 mai, déchu de sa fonction de député le 13 septembre et emprisonné le 19 octobre 2016.

[3La CLT (Consolidation des Lois du Travail), a été instituée en 1943 et régit, jusqu’à ce jour, le droit du travail.

[4Eliseu Padilha. Chef de cabinet du Président Temer

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