Dilma Rousseff affronte des putschistes en col blanc

, par L’humanité.fr


AFP

C’est aujourd’hui que s’ouvre à Brasilia, au sein du Sénat, le procès pour destitution de la présidente de gauche, qui assurera sa défense lundi. Pour les forces démocratiques, la vacuité des accusations à l’origine de son éviction temporaire est la preuve d’un coup d’État institutionnel. Verdict le 31 août.

Dilma Rousseff ne craint pas l’affrontement. « Je n’ai jamais eu peur de cela. J’ai enduré des tensions bien pires dans ma vie. C’est un exercice de la démocratie. » Il y a un demi-siècle, l’ancienne guérillera, emprisonnée et torturée durant la dictature (1964-1985), avait affronté ses bourreaux sans vaciller. Aujourd’hui, le contexte est tout autre mais l’adversité n’en est pas moins terrible. C’est aujourd’hui que s’ouvre à Brasilia, au sein du Sénat, le procès très politique pour destitution de la cheffe de l’État, après des mois de crise institutionnelle qui ont parfois viré à une grotesque pantalonnade. La présidente se défendra lundi devant une chambre haute qui, le 12 mai, l’a déjà écartée de manière temporaire du palais du Planalto. Mais quelle est la crédibilité de ces parlementaires dont la plupart ont maille à partir avec la justice pour des affaires de corruption ? L’opposition de droite cherche à évincer la gauche en usant de tous les prétextes, faute d’y être parvenue dans les urnes depuis quatorze ans.

Dilma Rousseff connaîtra-t-elle le même sort que les présidents hondurien Manuel Zelaya et paraguayen Fernando Lugo, victimes de coups d’État parlementaires en 2009 et 2012 ? Tour à tour, détracteurs et partisans de la dirigeante du Parti des travailleurs (PT – gauche) se succéderont à partir d’aujourd’hui à la tribune du Sénat transformée pour l’occasion en un tribunal présidé par la Cour suprême. La cheffe de l’État a indiqué qu’elle assurera elle-même, lundi, sa défense lors de son procès pour destitution, dont le verdict est attendu le 31 août. Un procès très politique, inédit dans l’histoire de ce pays continent. « Résistons tous ensemble », a exhorté mardi la présidente devant des militants réunis à São Paulo. « J’ai lutté toute ma vie : contre la torture, contre un cancer… Et je vais me battre maintenant contre toute injustice », a-t-elle assuré.

Quelques heures plus tard, la Cour suprême opposait une fin de non-recevoir au recours déposé par ses avocats visant à annuler le vote des sénateurs du 10 août, qui a ouvert la voie à son jugement, après l’avoir suspendue deux mois auparavant de sa fonction. « Ce que nous avons appris avec tout cela, c’est que la démocratie n’est pas garantie, comme nous le pensions, nous devons toujours être en alerte pour ne pas perdre ce que nous avons gagné », a-t-elle commenté, en allusion à la fragilité du régime, dont les institutions parlementaires sont minées par la corruption. À maintes reprises, elle a qualifié son éviction de coup d’État institutionnel.

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