Brésil. « Nous sommes otages de groupes et partis, même de gauche, qui ne veulent rien changer »

Brésil. « Nous sommes otages de groupes et partis, même de gauche, qui ne veulent rien changer »

Entretien avec Henrique Costa
conduit par Gabriel Brito

Non seulement le Brésil, mais la planète vit une décennie de crise économique avec de nombreuses retombées sociales, pour marquer une période historique de ce qu’on peut appeler le « capitalisme monopolistique ». Dans ce cadre contraignant, les débats sont épuisés entre les projets présumés « droite ou gauche », « populistes ou libéraux ».

C’est dans ce contexte que nous publions un entretien avec le politologue Henrique Costa, un authentique membre de la génération qui est née et a grandi sous l’égide des « démocraties de marché. » (Réd. CdaC)

Correio da Cidadania : Temer est resté [1]. Comment cela est-il possible, alors qu’il est noyé dans des schémas de corruption et qu’il est la figure la plus délégitimée et désapprouvée par la population que l’on puisse avoir en mémoire ?

Henrique Costa : Le gouvernement de Michel Temer croit qu’en s’attachant l’appui du Congrès et celui du capital, qu’en se compromettant avec l’agenda « physiologique », avec l’instinct de survie des parlementaires et avec les réformes antipopulaires, il réussira à se maintenir jusqu’à la fin du mandat (décembre 1918). Cette évaluation s’est montrée correcte jusqu’à maintenant, puisque la ploutocratie brésilienne est disposée à discréditer toute la légitimité restante du système de représentation afin d’obtenir des gains à court et moyen terme.

La domination de la machine publique par une élite parlementaire constitue un pouvoir extraordinaire, qui se vérifie par l’approbation d’amendements, de charges, etc. Et un politicien aussi habile et sans scrupule que Temer, qui sait manier ce pouvoir à son bénéfice et à celui de ses partenaires, peut le garder longtemps, même au prix de sa popularité. Malheureusement, alors qu’on assiste à ce festival de déception tous les jours, toute cette illégitimité, toute cette impopularité ne se sont pas transformées en mobilisation, et cela pour deux raisons.

La première est qu’après la chute de Dilma [en août 2016], la spirale de la défiance à l’égard du système politique a repris. La seconde est que la classe ouvrière précarisée est très occupée par la lutte pour la survie rendue très difficile par la crise économique. De plus, la classe dite moyenne, qui s’était agitée sur le scandale de corruption Lava Jato, voit maintenant que le pouvoir d’autoprotection de l’élite politique est pratiquement indestructible.

De toute façon, la population voit la politique à distance, autant par une sorte d’effet d’« immunisation » que par scepticisme. Il n’y a absolument rien qui connecte un minimum les gens avec elle. C’est une catégorie totalement décollée de la réalité du peuple et autophagique, qui se reproduit par la force du financement privé et du fond électoral. Aucun parti se risquerait aujourd’hui à s’autofinancer.

Au-delà de cela, il est bien clair que certaines organisations de gauche dont nous pensons qu’elles ont encore une capacité de mobiliser ont fait exactement le contraire : elles parient sur l’usure de Temer et sur le retour de Lula en 2018. Elles n’arrivent à envisager aucune issue à la crise qui ne passe par la stabilité du système d’autorégulation de la politique et elles craignent qu’une réaction populaire puisse leur enlever leur capacité de « protagoniste » (comme cela s’était produit en juin 2014 : mouvement sur les transports gratuits, etc.) par l’ouverture de possibilités différentes de celles dans lesquelles elles occupent une position dominante.

Voir en ligne : Brésil. « Nous sommes otages de groupes et partis, même de gauche, qui ne veulent rien changer »

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