Avant la tourmente

, par Mauro Santayana

On ne peut comparer un gaúcho [1] avec un goiano [2] bien qu’ils aient l’élevage comme principale activité économique. Chacun possède une histoire distincte, une vision du monde et de la politique spécifiques. Ces questions régionales peuvent donner le ton des alliances en 2006.

Peut-être que les acteurs politiques seront amenés aux nécessaires réflexions pendant le reste de l’année, mais, en février, les vents seront turbulents. Il y a, dans le processus électoral, deux facteurs qui peuvent se confondre ou non selon les circonstances. Le facteur partisan et le facteur fédérateur. Les partis, ils en sont tous conscients, sont amorphes et sans caractère (dans le sens philosophique du terme, c’est-à-dire sans personnalité affirmée), mais non les Etats. Les Etats ont des histoires distinctes, des activités économiques propres, des vues spécifiques de la vie et de la politique.

A commencer par le Rio Grande do Sul, qui a bâti son histoire à la frontière avec les Castillans. On ne peut comparer un gaúcho avec un goiano par exemple, bien que ces deux peuples aient l’élevage comme principale activité économique. A la frontière méridionale du pays, les gaúchos ont du se battre contre les étrangers et même contre l’Empire, au nom de leur droit à l’auto-détermination. Et il est curieux que l’Etat méridional ait, tout au long de son histoire, plus d’affinités avec les mineiros [3] qu’avec qui que ce soit d’autre, même avec les paulistas [4].

Les mineiros et les gaúchos, motivés par leurs affaires, ont frayé des chemins qui traversent São Paulo et le Paraná, qu’ils ont parcouru pendant une grande partie du 18ème et 19ème siècles. Lors des ces allées et venues, de nombreux mineiros sont restés dans le Rio Grande et de nombreux gaúchos sont allés dans l’Etat de Minas Gerais, soit pour étudier à Ouro Preto (comme les frères Vargas), soit pour s’établir dans les montagnes. Sur le plan intellectuel, cette compréhension a été profonde.

Érico Veríssimo [5] faisait partie d’une famille de Ouro Preto et le grand auteur moderniste mineiro Guilhermino César a vécu la plus grande partie de sa vie à Porto Alegre. On peut se rappeler l’union entre les mineiros et les gaúchos, qui on constitué l’Alliance Libérale, qui a décidé la Révolution de 1930 et l’a consolidée en 1932.

Nonobstant cette affinité, les mineiros et les gaúchos conservent des différences considérables. A présent, les trois Etats du Sud forment une région politique intéressante, surtout du fait d’être gouvernés par le même parti, le PMDB (Partido do Movimento Democrático Brasileiro). Requião, Luis Henrique et Rigotto [6] peuvent être très différents, dans leur personnalité politique, mais ils savent que, pour le bien de leur région, qui se distingue dans le pays par son développement économique et culturel, ils doivent trouver un terrain d’entente dans le processus électoral à venir.

Le PMDB vit ce moment singulier, celui de se distinguer dans le jeu politique en cours. Ce qui lui a nuit - être à l’écart des centres névralgiques de décision du pouvoir, pour n’avoir jamais exercé, en tant que parti, la présidence de la République - l’a préservé de l’usure pendant ces trois mandats présidentiels. Le fait que José Sarney [7] ait rejoint le parti ne signifie pas que celui-ci ait pleinement exercé le pouvoir, en période de transition constitutionnelle et d’alliances compulsives.

Le PMDB historique - auquel appartiennent les trois gouverneurs du Sud - ne parait pas enclin à accueillir la candidature de Monsieur Garotinho [8]. Le parti de Ulysses, Tancredo, Pedroso Horta, Franco Montoro, Martins Rodrigues et tant d’autres hommes sérieux ne peut s’en remettre aux commandements de l’animateur radio de Campos, qui fait les prêches politico-evangéliques que l’on connaît. Monsieur Garotinho est tout autant « péèmdébiste » que Monsieur José Alencar [9] est pasteur de l’Eglise Universelle, et Monsieur Mangabeira Unger citoyen d’une seule patrie [10].

Les ex-gauchistes, qu’ils soient du PT, du PPS, du PSB, du PSDB, ou de l’une quelconque de ces autres légendes effacées par le pragmatisme électoral, se sont retrouvés plus perdus que des collégiens dans les Andes. Certains ont perdu la direction, d’autres ont perdu les idées et il y a ceux qui ont perdu la honte. L’espoir est que, sur les légendes partisanes, qui n’ont plus de sens, les forces politiques régionales puissent se rejoindre, par le biais des gouverneurs, afin d’aller dans le sens d’une alliance qui rétablisse les valeurs républicaines.

Le fait est que la Nation, désillusionnée, affligée, n’accepte plus une période de stagnation économique et sociale. Le Brésil aspire à des juscelinos [11], qui l’amèneraient à créer et à construire sa grandeur et sa souveraineté avec enthousiasme, et veut se débarrasser des « honorables exécutants des compromis internationaux ».

Chávez et Kirchner sont là pour montrer que, gris ou rayés, les chats sont des chats ; ce ne sont pas des tigres, ni des jaguars.

Par Mauro Santayana - 6/12/2005

Traduction : Monique Sessin pour Autres Brésils

Notes : Autres Brésils

[1Habitant des Etats du Sud du Brésil

[2Habitant de l’Etat de Goias

[3Habitants de l’Etat de Minas Gerais

[4Habitants de l’Etat de Sao Paulo

[5Ecrivain gaúcho

[6Germano Rigotto, gouverneur de l’Etat du Rio Grande do Sul ; Luís Henrique da Silveira, gouverneur de l’Etat de Santa Catarina ; Roberto Requião, gouverneur de l’Etat du Paraná

[7Président de la République de 1985 à 1990. Actuellement sénateur. Egalement écrivain.

[8Anthony Garotinho, évangélique, ex-gouverneur de l’Etat de
Rio de Janeiro et ex-candidat à la présidence de la République en 2002 ; mari de Rosinha Matheus, gouverneur actuel de l’Etat de Rio ; actuellement dirigeant du PMDB de Rio ; pré-candidat à la présidence en 2006

[9Vice-président du Brésil, vient de prendre la tête du Parti républicain (PR) associé à l’Eglise Universelledu Royaume de Dieu. Devrait se présenter à la présidence en 2006

[10Roberto Mangabeira Unger, professeur de droit à Harvard, vient d’adhérer au PR de José Alencar

[11De Juscelino Kubitschek de Oliveira (1902-1976), président de la République de 1956 à 1961

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