Au Brésil, l’histoire du premier grand artiste noir célèbre au XVIIIe siècle

, par Judith Benhamou

Sublime. Ouro Preto. Perchée sur un ensemble de collines connues pour leurs terres glissantes se trouve une cité en blanc, bleu et doré, en sols pavés de grosses pierres aux contours accidentés, en fontaines et en églises, en rocailles, en Jésus et en Marie.

Nous sommes au Brésil , dans l’état du Minas Gerais (pour Mines Générales) à cinq heures de route de Rio de Janeiro et à 165 km du premier aéroport.
Le grand écrivain autrichien qui se suicidera au Brésil, Stéphane Zweig, a découvert Ouro Preto dont il parle comme de « la Tolède, la Venise, la Salzburg, les Aigues Mortes du Brésil ».

Dans les années 20 un autre homme de lettres fameux, Blaise Cendrars fait à trois reprises le voyage au Brésil et découvre précisément en 1924 ce bout du monde extraordinaire, en compagnie entre autres, de l’excellente femme peintre brésilienne moderne, ancienne élève de Fernand Léger, Tarsila do Amaral, (le Moma de New York lui consacrera une rétrospective à partir du 11 février 2018).
Blaise Cendrars avait pour projet d’écrire un livre sur le héro de cette cité du XVIIIe siècle : Aleijadinho.

Dès la première fois que je me suis rendue à Ouro Preto, il y a dix-huit ans, et l’expérience s’est renouvelée à plusieurs reprises, j’avais moi aussi envie d’écrire un livre.

Blaise Cendrars a vendu le sujet à son éditeur mais il n’est jamais passé à l’acte. Il confiera à Henry Miller qu’il était trop paresseux pour cela.
J’avais peur de suivre son exemple. Malgré la maladie et le décès en juin dernier de mon éditeur, le remarquable Xavier Douroux des Presses du Réel, une des rares personnes à connaître en France Aleijadinho, finalement le livre a vu le jour sous le titre « Aleijadinho. Les Brésil est un sculpteur métis ».
Et c ‘est seulement après cet événement que j’ai pu retourner à Ouro Preto.

Voici une petite promenade dans cette ville désormais classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Je conseille à tous les amoureux du beau de faire l’effort de se rendre à Ouro Preto.
Partout les paysages restés intacts depuis le XVIIIe siècle sont saisissants. Intacts car à la fin du XIXe siècle, l’administration mineira avait décidé de transférer la capitale de cet état dans une nouvelle ville, Belo Horizonte, qui permettrait l’éclosion du progrès technique loin des montagnes qui entravaient l’expansion et un envol vers la modernité.

Ouro Preto est donc restée dans son « jus » sublime et avec elle la légende d’Aleijadinho, connu au Brésil comme une des icones du pays, mais complétement ignoré à l’étranger.

Aleijadinho (de son vrai nom Francisco Lisboa certainement 1738-1814) est un affectueux sobriquet comme les brésiliens aiment les associer à leurs hommes illustres.
Aleijadinho ou« le petit estropié » c’est cet homme qui est mort d’une maladie dégénérative qui le prive progressivement de l’usage de ses membres et déforme son faciès. Au Brésil sa postérité est comparable à celle en France de Victor Hugo par exemple. Autrement dit tous les gens de la rue connaissent Aleijadinho même s’ils ne sont pas familiers de son œuvre.
L’histoire d’Aleijadinho est sublime à deux titres.
Parce que Aleijadinho est un artiste à la production hors du commun mais aussi parce que c’est un artiste noir (il est le fils d’une esclave africaine et d’un architecte portugais) qui réussit dès le XVIIIe siècle à être reconnu.
Plusieurs conditions étaient propices à son épanouissement artistique. Ouro Preto est née de la découverte et de l’exploitation pendant 70 ans de quantités colossales d’or qui abreuvèrent abondamment l’empire portugais.
Il fallait donc remercier dieu localement par des églises. A Ouro Preto même les esclaves avaient leur temple magnifique, Notre dame du Rosaire, un édifice tout en rondeurs, qu’on peut encore visiter tous les après midi.

En outre la nouvelle société brésilienne était le fruit d’une intense mixité, d’une « miscégénation » comme disent les spécialistes. Les portugais étaient venus en conquérants célibataires et il fallait occuper le vaste pays. Les enfants illégitimes allaient donc, dans une certaine mesure, obtenir une reconnaissance. Rien de tel n’aurait pu se passer aux Etats-Unis par exemple.
Rappelons cependant que l’esclavage est aboli seulement en 1888 au Brésil.
L’œuvre d’Aleijadinho s’exerça dans l’architecture mais surtout dans le domaine de la sculpture.

Voir en ligne : Au Brésil, l’histoire du premier grand artiste noir célèbre au XVIIIe siècle

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